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Hausse du franc: un risque plus qu’une chance

Le dilemme au cœur de l’action menée par la Banque nationale

bns

Lorsque la Banque nationale suisse veut empêcher la hausse du franc, elle achète des devises et donc vend du franc. Prenons un exemple. Lorsqu’elle achète pour 30 milliards d’euros à 1.50 CHF et que le cours du franc tombe à 1.30, la BNS enregistre une perte de 6 milliards de francs dans sa comptabilité.

Prétendre dans ce cas, comme le font certains, que la population suisse a perdu cet argent est un peu court. Pour acheter ces 30 milliards d’euros, la BNS a simplement fait marcher la planche à billets. Elle a créé, ex nihilo, 45 milliards de francs qu’elle a utilisés pour acheter de l’euro. Ces euros ne lui ont donc, en un sens, rien coûté. La Suisse et les Suisses ne se sont donc pas appauvris mais enrichis de 30 milliards d’euros. Certes, à ce jeu, la confiance dans notre monnaie pourrait s’en ressentir, ce qui ferait alors baisser le cours du franc.  Or c’est le but de l’opération et c’est ce qui permettrait, accessoirement, à la BNS de revendre à bon compte ces 30 milliard d’euros et de rééquilibrer ses comptes.

Une banque centrale n’a pas pour vocation première de réaliser des bénéfices. Et si la BNS s’est refusée durant des décennies à distribuer des bénéfices pourtant faramineux, c’était pour éviter que l’appât de gains faciles conduise le monde politique à l’empêcher de remplir son véritable objectif: la stabilité de la monnaie.  Reprocher aujourd’hui à la BNS ses pertes plutôt que de l’encourager à lutter contre la hausse de la monnaie nationale, comme le fait la Chine à grande échelle (elle est critiquée par Obama) et comme a fini par le faire même le Japon, c’est faire bon marché de cet objectif.

En réalité, le dilemme est ailleurs. Un franc fort permet aux Suisses d’acheter des produits et services étrangers à un meilleur prix. Mais il renchérit ce que nous produisons en Suisse par rapport aux biens et services produits à l’étranger: nos prix ne sont plus compétitifs, à l’exportation comme sur le marché suisse.

Certains y voient un stimulant incitant à rationaliser, à investir et à comprimer les coûts. Pourtant pour beaucoup d’entreprises, un renchérissement du franc signifie la perte de marchés, la réduction des marges bénéficiaires, l’incitation à délocaliser et parfois la faillite. A chaque poussée de fièvre du franc, ce sont des emplois perdus et des entreprises qui disparaissent. A l’inverse, la baisse des taux de change ouvre de nouvelles perspectives, de nouveaux marchés, stimule la relance et l’emploi. Aujourd’hui, l’Europe, et notamment l’Allemagne, notre premier partenaire économique, profitent directement de la baisse de l’euro.

La stabilité des monnaies est un atout considérable. D’où la création de l’euro et la coordination internationale des politiques monétaires. La Suisse n’a donc pas à se réjouir de l’attractivité de sa monnaie et de se retrouver seule à la défendre (DP 1882).

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Discussion

  • 1
    Christophe Schouwey

    Comme l’article l’explique très justement, la BNS peut faire baisser le franc autant qu’elle veut: cela lui permet même de gagner des devises. La question est donc: pourquoi la BNS laisse-t-elle le franc s’apprécier. Sans avoir étudié la question mais néanmoins sans hésiter, je peux affirmer que c’est parce que le franc fort fait des heureux, comme par exemple les entreprises qui importent des produits étrangers ou qui en achètent, ainsi que les entreprises qui veulent investir à l’étranger. En revanche, l’industrie exportatrice y perd. Avant de se demander si le franc fort est bien ou pas pour « la Suisse », il faut donc d’abord établir au cas par cas la liste des perdants et des gagnants.

  • Comme vous le savez, la Suisse est no 1 mondial au niveau de l’innovation et dans le cortège de la compétitivité, elle figure dans les premiers rangs. Grâce à la taille de ses industries et à leurs remarquables capacités d’adaptation , elle réussit à passer les chocs économiques avec moins de dégâts et notamment dû au fait que son endettement général est bien moindre que tous les autres pays dits à monnaie forte (l’€uro n’en étant pas une, à voir les derniers hauts faits de l’Irlande!).
    Et il serait faux de croire que cet €uro-là, montage politique s’il en est, a de beaux jours devant lui: ce n’est qu’une création monétaire synthétique hautement fragile et dont les Etats membres sont tous, à l’exception de l’Allemagne et des Pays-Bas, endettés à des niveaux plus qu’inconsidérés: les deux derniers exemples de la Grèce et de l’Irlande sont frappants à cet égard à plus d’un titre!
    Il serait illusoire et mensonger que de vouloir faire accroire que la zone €uro est enviable par les temps qui courent. Laissons donc notre BNS assurer la défense du franc qui reste LA monnaie que le monde entier nous envie (voyez les jaloux et la prolifération des traités de double imposition). Et SURTOUT, GARDONS NOTRE OR en réserve comme garantie ultime de notre monnaie fiduciaire.
    Que les gens sensés ne veulent pas voir disparaître de sitôt, avec tout ce que cela implique dans le concert des nations !!!

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