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Retour sur les «Années Schwarzenbach»

Ces étrangers qu’on ne voulait pas voir immigrer dans les années 70 et qu’on veut expulser aujourd’hui

Les «années Schwarzenbach» nous reviennent sous la forme d’un documentaire récent produit par la fondation Connaissance 3 (université du Mouvement des Aînés à Lausanne) qu’on peut voir lors d’une de ses projections publiques ou commander sous la forme d’un DVD.

Beaucoup de choses ont déjà été dites sur les initiatives Schwarzenbach de 1970 et 1974, mais c’est l’une des premières fois que la parole est donnée aux immigrants eux-mêmes. Tout au long des 52 minutes que dure le film, ceux-ci témoignent de l’époque, du recrutement dans leurs pays d’origine aux conditions de logement, en passant par le parcours du combattant pour obtenir un permis B ou C. Certains témoignages sont particulièrement poignants et les images de la sélection effectuée par la visite médicale obligatoirement imposée aux migrants italiens à la frontière restent longtemps en mémoire.

Cette plongée dans les années 70 nous rappelle que la politisation de l’immigration est depuis lors une constante de la politique suisse. Ces images semblent d’un autre temps, mais elles montrent qu’à l’époque déjà, on agitait des menaces sur l’identité culturelle de la Suisse et des soupçons sur l’importation d’idéologies étrangères comme le communisme. Comme le montrent les témoignages, ces initiatives ont instillé la méfiance entre Suisses et étrangers. Et si les initiatives Schwarzenbach ont finalement toutes deux été refusées, c’est parce qu’elles mettaient en danger le fonctionnement de l’économie suisse.

On peut naturellement s’interroger sur l’intérêt de faire explicitement le lien, en fin de documentaire entre les années 70 et les récentes votations portant sur des thèmes liés à l’immigration. Les deux périodes ont en effet autant de différences que de similitudes. Mais l’oubli faisant rapidement son effet, il est justifié d’inciter le spectateur à faire le lien. C’est d’ailleurs l’un des rôles de l’enseignement de l’histoire pour lequel ce film servira d’outil pédagogique. Aujourd’hui comme hier, les crispations sont liées à des accords avec les pays voisins. Pendant les années 60, la Confédération avait signé un accord permettant aux saisonniers d’obtenir une autorisation de séjour après cinq ans. Dans les années 2000, c’est l’accord de libre-circulation qui agite les esprits. Et le rôle des saisonniers des années 70 est désormais joué par des clandestins

Si l’UDC se défendra en prétendant se battre aujourd’hui en priorité contre des criminels étrangers, on rappellera que les années récentes ont vu fleurir des initiatives pour limiter la population étrangère à  18% et pour rendre plus difficiles les naturalisations. Et si le documentaire donne avant tout la parole à des gens qui ont réussi leur intégration, il ne faut pas oublier de mentionner que les réalisateurs ont essuyé de nombreux refus motivés par la honte, la peur ou le ressentiment.

Le lien entre le passé et le présent est donc légitime et ce documentaire devrait inciter à une réflexion sur l’actualité des rapports entre Suisses et étrangers. Une réflexion qu’on pourrait stimuler en demandant quel regard on portera dans trente ans sur les «années Blocher».

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Discussion

  • Un certain degré de « xénophobie » est probablement inhérent à la nature humaine. La Suisse n’est pas plus xénophobe que les autres pays. Elle est simplement plus démocratique et donc les sentiments de la masse peuvent s’y exprimer, ce qui n’est pas le cas ailleurs. En fait, l’exutoire donné par la démocratie directe aux craintes des « locaux » explique sans doute en partie la réussite de la Suisse en matière d’intégration, si on compare avec les pays verrouillés par les tabous politiquement corrects et antiracistes comme la France, dans lesquels la haine couve sous les interdits.

    Ce film relève-t-il que de très nombreux « secundos » des années Schwarzenbach sont aujourd’hui à l’UDC?

  • Quand cesserez-vous de faire des fixations sur M.Blocher?
    Dans 30 ans, on parlera AUSSI, si nous avons encore la parole, de la façon dont notre pays s’est vendu à l’envahisseur étranger , faisant de la Suisse le pays le plus décadent du monde occidental !!!
    Mais peut-être est-ce cela que vous voulez….

  • Je suis un ex-inmigre des anées soixante. Je me souviens toujours de la revision medicale qu’on nous a passé a l’hopital cantonal pour pouvoir travailler de mecanicien chez Hispano Suiza a Genève .J’avais déja passé avant une autre revsion chez moi, puisque je suis venu avec un contrat de travail. J’etais logé dans une barraque que Hispano avait a Bois des Frères a Chatelaine (Genève) Je suis retourné a mon pays (Catalogne) au but de huit ans- Malgré tout ça je garde un bon souvenir de Genève et la Suisse et quand j’ai l’ocasion j’y viens, cette fois comme un turiste. Salutations a tous.  Jaume Tortosa   

  • Pourquoi ne parle-t-on jamais des pays qui nous envoyaient ces personnes, 300000 Italiens en Suisse, c’était 3000000 personnes dont l’Etat italien n’avait pas à s’occuper et en plus ces mêmes personnes envoyaient de l’argent au pays.        
    Regardez le nombre d’entreprise que ces immigrés ont fondés en Suisse, je pense que les conditions n’étaient pas si terrible, regardez les archives d’époque et vous verrez dans quelles conditions on vivait à la campagne. 

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