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Cinq idées non reçues sur le renvoi des délinquants étrangers

L’initiative de l’UDC se fonde sur des amalgames qu’il faut réfuter et dénoncer

Photo de Col
Photo de Col (licence CC)

Le débat en vue de la votation du 28 novembre 2010 bat désormais son plein. L’initiative a le vent en poupe; le contre-projet peine à convaincre. Le PS fait son choix politique cornélien entre le contre-projet et le double non le dernier week-end d’octobre lors de son congrès de Lausanne (DP 1886).

L’un de nos lecteurs a remarqué à la suite de cet article que la gauche manquait de pédagogie sur cette question de la délinquance étrangère. Comme si elle avait peur de remettre en cause les amalgames assénés par l’UDC comme des vérités de peur d’être taxée d’angélisme ou de vouloir nier le problème.

Si l’on prend la peine de quitter les slogans politiques pour s’intéresser aux faits, l’on constate que, tel qu’il se déroule, le débat propage en effet un certain nombre d’idées fausses tant sur ce groupe qu’on désigne comme les «étrangers criminels» que sur le contenu des propositions soumises au vote.

1. On ignore quelles sont les infractions réellement commises par des Suisses et par des étrangers

L’initiative et le contre-projet veulent s’attaquer aux délinquants étrangers. Il est donc normal de savoir s’ils représentent une partie importante des délinquants. La statistique de l’ensemble des infractions commises sur le territoire n’existe bien sûr pas. Le plus souvent, lorsque des chiffres sont cités, il s’agit de statistiques dites «policières» – soit les infractions recensées par la police – ou de statistiques des autorités de jugements – soit les infractions pour lesquelles un auteur a été condamné, sans d’ailleurs que ces deux données différentes soient toujours clairement distinguées.

Or, on oublie que ces statistiques ne sont qu’une photographie partielle – et parfois partiale – de la réalité puisqu’une partie des infractions restent inconnues des autorités de poursuite: impossible de savoir dans quelle proportion ces délits qui constituent le «chiffre noir» de la délinquance sont commis par des Suisses ou des étrangers. On sait par contre que les statistiques – surtout policières, un peu moins si elles sont judiciaires – peuvent souffrir de biais importants, liés par exemple au fait que la police intervient plus systématiquement lorsque l’auteur est étranger.

2. Les étrangers sont les seuls à pouvoir commettre certaines infractions

La statistique des condamnations d’adulte pour crime ou délit de l’Office fédéral des statistiques (OFS) tient compte uniquement des quatre lois principales que sont le Code pénal, la loi fédérale sur la circulation routière (LCR), la loi fédérale sur les stupéfiants (LStup) et la loi fédérale sur les étrangers. En 2008, 91’271 condamnations ont été prononcées dont 46’701 soit 51,2% concernaient des étrangers. Parmi ces condamnations, 10’474 – soit une part non négligeable – concernent des infractions à la loi fédérale… sur les étrangers, soit des délits dont la définition même exclut la plupart du temps qu’ils puissent être commis par des Suisses. Or, ces chiffres ne sont pas systématiquement expurgés des statistiques. Va-t-on proposer des mesures contre les conducteurs criminels puisque ceux-ci commettent plus de délits que les non conducteurs si l’on tient compte des infractions à la LCR?

3. Le délinquant est un homme jeune; l’étranger aussi

Même si on enlève les condamnations pour violation de la loi sur les étrangers, la proportion d’étrangers parmi les personnes condamnées reste élevée (environ 45%). Beaucoup comparent ce pourcentage avec la proportion d’étrangers dans la population résidente (22% en 2009). D’abord, cette comparaison ne tient pas compte des condamnations qui sont le fait de non résidents dont l’écrasante majorité sont des étrangers. Surtout, la structure de la population étrangère n’est pas la même que celle de la population suisse: la proportion d’étrangers est plus grande parmi les hommes jeunes (36,2% des hommes de 25-29 ans en 2009) que parmi les femmes âgées (5% des femmes de plus de 80 ans en 2009). Or, les hommes jeunes sont aussi surreprésentés parmi les délinquants: trouver une plus forte proportion d’étrangers parmi les délinquants que dans l’ensemble de la population résidente est donc statistiquement tout à fait normal.

4. Initiative et contre-projet: bonnet blanc, blanc bonnet

Sur la base des condamnations, l’OFS a estimé le nombre de personnes qui auraient dû être renvoyées avec l’initiative et le contre-projet s’ils avaient été appliqués en 2008. Selon cette étude, 4’200 personnes auraient été renvoyées en 2008 avec l’initiative et 2’128 avec le contre-projet. Les difficultés d’interprétation que posent les deux textes (DP 1857) rendent ces chiffres aléatoires en valeur absolue. Mais, certains pourraient tout de même en déduire que le contre-projet constitue une sorte de compromis – qui plaît généralement en Suisse – par rapport à l’initiative.

Une analyse plus fine de l’estimation montre qu’il n’en est rien. La différence entre l’initiative et le contre-projet dépend presque exclusivement d’un seul facteur. Pour établir son estimation, l’OFS a considéré que, selon le texte de l’initiative, toute personne condamnée pour une infraction à la loi fédérale sur les stupéfiants (exceptés les simples consommateurs) devrait être automatiquement renvoyée tandis que le contre-projet n’imposerait le renvoi que des auteurs d’infractions «graves» à cette loi. Le cas grave se distingue notamment par l’importance des quantités sur lesquelles porte un trafic. Or, il y a eu en 2008 2’090 condamnations LStup qui ne relevaient pas du cas grave.

S’il est vrai que le texte précis du contre-projet se réfère expressément au cas «grave» de l’article 19 LStup, le texte de l’initiative qui parle de «trafic de stupéfiants» laisse une marge de manœuvre. Si on limitait également les renvois imposés par l’initiative aux cas «graves» d’infraction à la LStup – ce que pourrait faire le Parlement dans une éventuelle loi d’application -, les chiffres des renvois seraient pratiquement identiques avec les deux textes. On arriverait même à un nombre plus élevé de renvois pour le contre-projet que pour l’initiative.

5. On renverra des personnes nées en Suisse et qui y ont toujours vécu

L’estimation de l’OFS est intéressante sous un deuxième aspect. En se basant sur les statistiques des condamnations, il était possible de connaître le statut des étrangers qui auraient dû être renvoyés si l’initiative ou le contre-projet avait été appliqué en 2008. Dans un cas comme dans l’autre, plus du tiers (38%) des personnes concernées auraient été des titulaires de permis B et C soit des personnes qui vivent généralement dans notre pays depuis un certain temps, et pour bon nombre d’entre elles depuis toujours. L’exemple du renvoi d’une personne née en Suisse et qui y a fait toute sa scolarité n’a donc rien de théorique.

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Discussion

  • « On renverra des personnes nées en Suisse et qui y ont toujours vécu. »

    Ca ne me dérange pas du tout. Les lois tendent aussi à la dissuasion, et dès lors qu’un individu ne se laisse pas dissuader, ce n’est pas la faute de la loi.

    Enfreindre la loi, c’est prendre un risque : ça passe ou ça casse, mais une fois que ça a cassé, c’est trop tard pour crier « Pouce! »

    Donc, il n’y a aucune contre-indication à renvoyer le coupable d’un délit majeur dans un pays où il n’a jamais vécu. C’est une des raisons pour lesquelles je voterai « OUI » des deux mains à l’initiative de l’UDC!

    • Imaginons deux jeunes hommes bien intégrés en Suisse, tous deux nés dans ce pays. Ils dealent de la marijuana, c’est de l’argent facile et de plus il existe beaucoup de demande. Les deux hommes se font arrêter. L’un d’eux finit par payer une amende et l’autre se fait interdire de remettre les pieds en Suisse pour les 10 prochaines années.
      La différence n’est qu’un papier.

  • On peut constater que la croyance parfaitement irrationnelle en la dissuasion pénale affecte encore les esprits. Si cela était vrai, la criminalité au Texas serait une des plus faibles du monde occidental à la place d’être une des plus fortes.
    De plus, la liste parfaitement lacunaire des crimes/délits prévue par l’UDC est absolument certaine de conduire à de grandes injustices. Mais cela, le parti de l’extrême-droite n’en a cure…
     

    • « On peut constater que la croyance parfaitement irrationnelle en la dissuasion pénale… »
      Mis à part un préjugé idéologique, je ne vois pas ce qui vous permet d’affirmer cela. Cet argument est aussi… léger que celui qui reviendrait à dire que le Code de la route est inutile, puisqu’il y a toujours des accidents.
      « Si cela était vrai, la criminalité au Texas serait une des plus faibles du monde occidental à la place d’être une des plus fortes »
      Pourquoi ? Parce qu’il y a de temps en temps une exécution capitale ? Soyons sérieux. Le Texas est une terre qui a une longue tradition de violence, et cela se traduit aujourd’hui encore dans les réalités quotidiennes de ses habitants.
      Pour ce qui est de la dissuasion, elle a été établie, dans le cas de la peine de mort, par trois chercheurs de l’Université Emory, d’Atlanta, Hashem Dezhbakhsh, Paul Rubin et Joanna Shepherd, ont démontré qu’aux Etats-Unis, une exécution capitale permet d’enregistrer, dans la période consécutive, une nette diminution des homicides (entre 8 et 28 selon le cas, si ma mémoire est bonne).
      Leurs travaux ont porté sur la période 1977-1996 et sur la totalité des comtés des Etats-Unis d’Amérique. Ils ont été publiés sous le titre “The Deterrent Effect of Capital Punishment : Evidence from a “Judicial Experiment”. Par la suite, Hashem Dezhbakhsh et Joanna Shepherd ont élargi leurs recherches à la période 1960-2000*.
      Par ailleurs, il reste que même si la dissuasion ne fonctionne pas, c’est celui qui ne se laisse pas dissuader qui dans son tort, que vous l’admettiez ou non. Il table aventureusement sur le fait qu’on ne le retrouvera. C’est comme un pari qu’il prend en sachant qu’il risque de perdre, on ne va donc pas le plaindre s’il perd.
      « …la liste parfaitement lacunaire des crimes/délits prévue par l’UDC est absolument certaine de conduire à de grandes injustices. »
      Il ne saurait y avoir d’injustices quand la loi est appliquée, du moment qu’elle est antérieure à l’acte réprimé. Si la loi dit « Le voleur de poires sera pendu » mais « Le voleur de pommes ne sera pas poursuivi », celui qui vole des poires ne doit s’attendre à aucune mansuétude ! C’est injuste ? Non, c’est la loi et nul n’est censé l’ignorer.
      * Ceux qui n’ont pas les mêmes certitudes que M. Moor, trouveront les rapports correspondants sur le web, par exemple pour Dezhbakhsh-Shepherd 2004 sous : http://law.bepress.com/cgi/viewcontent.cgi?article=1017&context=alea

    • J’ai pris l’exemple du Texas, parce qu’il est particulièrement gros, mais on peut en prendre beaucoup d’autres. D’ailleurs, de manière générale, la criminalité a diminué dans les pays européens au fur et à mesure de la suppression de la peine de mort et de l’humanisation des pratiques pénales. Pour ces pays, vous ne pouvez pas évoquer vos souvenirs de lecture de Lucky Luke et la prétendue “tradition de violence” de cet Etat.
      Je ne connais pas la recherche à laquelle vous faites allusion, mais les recherches qui ont été effectuées en Europe (cela ressemble plus à chez nous que le Texas, en effet…) montre elles que la dissuasion ne fonctionne qu’avec des personnes très bien intégrées à la société, donc précisément pas celles qui sont visées en priorité par l’initiative de l’UDC. Cela dit, je vous concède que la punition, lorsqu’elle est méritée, doit être suivie d’effet et que celui qui a fait le “mauvais pari” n’a plus à venir pleurer. Mais c’est vous qui avez parlé de “dissuader”.
      En admettant que la question de la dissuasion reste ouverte, on verra bien ce que cela donnera après l’acceptation de l’initiative ou du contre-projet. Avec l’initiative anti-minarets, vous et votre pseudo vous êtes répandus sur tous les forums en prédisant que cela allait mettre un terme aux revendications des musulmans. Or, c’est bien le contraire qui se produit depuis l’an passé… les gesticulations se multiplient comme quand on plante un bâton dans une fourmilière. Cela ne fait qu’exciter les esprits. De la même manière, on jugera de la prétendue efficacité des changements constitutionnels sur le terrain…

  • Votre analyse est intéressante, mais je m’interroge sur la pertinence de certaines de ces idées « non reçues », j’ai du mal à les recevoir moi-même 🙂
    Par exemple, vous dites que « la police intervient plus systématiquement lorsque l’auteur est étranger. » Malheureusement, cette affirmation n’est pas sourcée. J’aimerai savoir d’où vient ce concept que je trouve pour le moins saugrenu, et l’accusation très grave. Comment savoir qui est l’auteur de quoi préalablement à toute enquête, pour commencer? D’où tirez-vous cette information?
    Ensuite, vous évoquez que les étrangers sont les seuls à pouvoir commettre des infractions sur la loi sur les étrangers (ce qui me paraît assez logique quelque part) mais si vous comptez des « condamnations » vous vous gardez bien d’évoquer des peines de prison ou de réclusion résultant de ces « condamnations ». J’aimerai savoir quels sont les délits que seul un étranger peut commettre en regard de la loi sur les étrangers, et qui le mènerait en prison pour une peine de réclusion? Y en a-t-il seulement?
    Car voyez-vous, à moins de défendre l’idée que les magistrats envoient plus souvent les étrangers en prison que les Suisses pour les mêmes délits (ce qui convient peu à la « compréhension » à laquelle on assiste pour des criminels à la culture ou aux valeurs « différentes » me semble-t-il) il existe un moyen très simple d’avoir une photo de la criminalité étrangère ou helvétique, c’est de regarder la population des prisons. En 2009, 70.2% de la population carcérale est étrangère (chiffres OFS).
    Certes, les étrangers sont plutôt jeunes et plutôt des hommes, j’en conviens, une corrélation par classe d’âge serait intéressante à établir pour déterminer définitivement s’il y a une surreprésentation étrangère carcérale.
    Mais au bout du compte, ce débat intéressant est quelque peu hors sujet. Car la question n’est pas de savoir combien de personnes on expulserait dans telle ou telle hypothèse, mais si il faut expulser qui que ce soit, ou non.
    Livre-t-on un combat politique parce qu’il concerne plus ou moins de gens, ou parce qu’on l’estime juste?
    Si, comme moi, vous pensez que le débat devrait appartenir à la deuxième catégorie, alors il faut trouver des arguments justifiant que l’on garde en Suisse des violeurs ou des meurtriers à l’issue de leur peine. A mes yeux, c’est exposer la population helvétique à un risque difficilement justifiable, mais ce n’est que mon avis, n’est-ce pas!

    • 1. Le fait que la police n’intervient pas avec la même efficacité vis-à-vis de tous les auteurs et selon le type de délits est largement documenté en criminologie. Je n’ai pas connaissance d’une étude suisse sur la question mais je vous renvoie par exemple à cet article de Laurent Mucchielli qui cite lui-même plusieurs auteurs http://www.laurent-mucchielli.org/public/Delinquance_et_immigration_en_France_-_un_regard_sociologique.pdf. Ce n’est pas faire injure aux policiers (au contraire ils ont un travail particulièrement difficile surtout avec la pression politique) que de dire qu’ils auront par exemple tendance à privilégier la poursuite d’infractions où l’on peut voir un résultat, une certaine efficacité (comme par exemple lutter contre le trafic de rue tenu en général par des étrangers plutôt que s’en prendre au trafic de stupéfiants qui se déroule dans les milieux aisés ou parfois à l’intérieur des boîtes de nuit). Le but peut même être louable, mais il aura une conséquence sur les statistiques et sur les infractions dont on a connaissance. C’est tout ce que je voulais dire.

      2. Concernant les condamnations pour infractions à la loi sur les étrangers, on peut se référer à cette statistique de l’OFS selon laquelle 20.7% des condamnations pour infraction à la LEtr l’ont été sous forme d’une peine privative de liberté sans sursis. Cette autre statistique pour montrer qu’en 2008 95% des condamnations pour infraction à la loi sur les étrangers concernaient des étrangers, la plupart du temps parce qu’on réprime le fait de séjourner irrégulièrement en Suisse, ce pour quoi un Suisse ne peut pas être condamné (un Suisse peut par contre être condamné pour avoir favorisé un séjour irrégulier).

      3. Vous utilisez dans le débat un nouvel outil statistique soit la statistique carcérale (voilà le lien sur le chiffre que vous citez de 70.2% d’étrangers). Merci de me fournir cet excellent exemple pour montrer que les statistiques sont toujours intéressantes, mais qu’elles ne veulent pas toujours dire ce qu’on veut leur faire dire. La statistique carcérale est encore bien moins propre à mesurer la délinquance de étrangers que les deux premières (policière et de condamnations). La statistique que vous citez comprend les personnes détenues en raison de mesures de contrainte à l’égard des étrangers (il y a bien entendu aucun Suisse détenu pour cette raison), les personnes en détention préventive (le risque de fuite étant un motif pour justifier la détention préventive, elle est ordonnée et maintenu beaucoup plus fréquemment à l’égard des étrangers que de Suisses) et les condamnations (en raison de leur statut, les étrangers bénéficient moins souvent des mesures alternatives – arrêts domiciliaires etc – et des aménagements de peine – libération conditionnelle, etc). La statistique carcérale est sans doute le pire des instruments à utiliser à l’appui de la proposition que vous défendez!

    • 1. C’est bien ce que je pensais, vous n’avez (heureusement) aucune preuve de ce que vous avancez sur le sol suisse, juste une étude du sociologue d’extrême gauche français Laurent Mucchielli, celui qui explique l’augmentation des vols avec violence et les coups et blessures volontaires par “une révolte contre les institutions…” Et encore ne parle-t-il que de la France et de sa piètre police.
      2. Supposons qu’une partie des étrangers soit en prison pour une infraction sur la loi sur les étrangers. Les chiffres-repères concernant l’établissement de peines privatives de liberté 2009 établies par l’OFS nous donnent d’autres détails: 59% des détenus pour homicides sont étrangers, 54% pour les lésions corporelles graves, 57% pour les cambriolages, 62% pour les viols, 56% pour les séquestrations et enlèvements, 91% pour le trafic d’êtres humains. Peut-être qu’on s’éloigne un zeste du 70.2% global, mais on reste infiniment au-dessus du taux de 21.7% d’étrangers dans la population!! Et ces peines de réclusion ne sont pas du genre de celles qu’on peut échanger pour un bracelet électronique à la maison.
      3. Si cette statistique est aussi fausse que vous le prétendez, c’est à se demander pourquoi l’OFS en tient le registre. Ont-ils été infiltrés par des agents de l’UDC? Pour ma part, je pense qu’il y a moyen d’interpréter ces statistiques à la marge (la corrélation avec l’âge des délinquants et la proportion de jeunes étrangers me paraît tout à fait pertinente par exemple) mais pas au point de prétendre que la réalité est l’inverse du chiffre avancé, soyons sérieux.
      La réalité reste difficile à nier, même si de grands efforts sont entrepris en ce sens. Au fait, quelle est votre démarche vis à vis des 38% de socialistes (sondage SSR idée suisse) qui approuvent l’initiative?
      Je vous remercie en tous cas pour votre réponse.

    • Merci pour votre intéressante réponse. Permettez que je poursuive le débat sur cet aspect particulier des chiffres utilisés dans la campagne.
      1. J’admets que l’explication plausible d’un biais de l’action policière vis-à-vis des étrangers n’est pas documentée en Suisse (mais l’inverse non plus sauf erreur!). Mon propos n’était pas d’analyser le travail de la police mais de montrer qu’une statistique policière ne donne qu’une vision partielle de la réalité. On peut citer d’autres variables qui influencent (dans un sens ou dans un autre) ces statistiques : variation dans l’effectif des policiers, directives données aux forces de l’ordre, moyens pour constater des infractions, augmentation du nombre de plaintes etc. Trop souvent, on tire des conclusions hâtives de ces statistiques (“la criminalité a diminué ou augmenté” ou “elle est le fait des étrangers”). D’ailleurs, je constate que vous admettez aussi qu’il faut interpréter ces chiffres et je m’en réjouis.
      2. Je n’ai malheureusement pas retrouvé la source de la statistique que vous citez (s’agit-il d’une stastique carcérale ou plutôt comme je le pense des condamnations?). Quoiqu’il en soit, je n’ai pas exclu qu’il existe, au moins pour certaines infractions, une sur-représentation des étrangers parmi les auteurs, même en tenant compte des biais que vous admettez également. Plusieurs indices montrent que cela semble être le cas pour les lésions corporelles graves, par exemple. Mais il faut ensuite se poser la question du “pourquoi”: Est-ce dû à leur nationalité étrangère seulement? Y a-t-il une différence entre la “première et la deuxième” génération? Y a-t-il d’autres corrélations (par exemple avec le milieu social, le fait de vivre dans une famille nombreuse, de ne pas parler suffisamment bien la langue couramment utilisée etc)? Il me semble a priori que la nationalité (qui n’est pas l’origine) n’est pas l’explication la plus convaincante. On en revient à l’exemple des condamnations pour violation de la LEtr: le fait qu’il y a 95% d’étrangers parmi les condamnés ne signifie pas que les étrangers sont plus enclins à violer cette loi que les Suisses. Les différences entre les infractions montrent plutôt (ce n’est pas une surprise) que les explications et donc les moyens de lutter contre la criminalité doivent varier en fonction des infractions: on ne peut pas lutter de la même manière contre la délinquance routière, les infractions corporelles graves, les cambriolages, la criminalité en col blanc et la fraude à l’aide sociale. L’expulsion comme mesure de politique pénale (quoiqu’on puisse en penser sur le fond – c’est un autre débat) est relativement inefficace si la nationalité des auteurs n’est pas la bonne explication à ce comportement : les infractions vont continuer à être commises.
      3. Je n’ai jamais dit que la statistique était fausse ni qu’en réalité les étrangers seraient sous-représentés parmi les auteurs d’infractions. J’observe simplement que la statistique carcérale ne mesure pas la criminalité réelle mais pour le “stock” des détenus en Suisse à un moment donné: les différences sont telles qu’à mon avis la statistique carcérale est complètement inutilisable pour en tirer des conséquences sur la délinquance réelle.  Les chiffres – que vous citez également – relatifs aux proportions d’étrangers en fonction des condamnations à certains types d’infractions sont beaucoup plus proches de la réalité (en plus ils ont le mérite, par exemple, de ne pas tenir compte des infractions “spécifiques” aux étrangers comme la loi sur les étrangers).
      Vous voyez que je ne cherche pas à “nier la réalité”: au contraire, je regrette – comme vous peut-être – que nous ne disposions pas de meilleurs instruments statistiques et d’anlayses. Mon propos était juste de montrer que ce qui est présenté aux électeurs comme une évidence (les étrangers parce qu’ils sont étrangers commettent plus de délits que les Suisses) n’en est pas une.

  • Je recommande la lecture de cet article paru dans la presse anglaise (The Guardian) et qui nous apprend que la police anglaise, sur la base de ses pouvoirs d’exception dans la lutte anti terrorisme (section 44 du terrorism act, permettant des contrôles d’identité discrétionnaires) s’est mise à interpeller des Anglais blancs sans motifs, juste pour améliorer la statistique raciale, qui avait un peu trop tendance à montrer une trop forte proportion de Pakistanais et autres bazanés.

    http://www.guardian.co.uk/uk/2009/jun/17/stop-search-terror-law-met

    Cela montre à quel genre d’aberration peut mener le déni de réalité qui caractérise l’intelligentsia de gauche! Et à quelles pratiques contraires aux droits de l’homme la police peut se sentir contrainte  pour échapper aux reproches incessants des «antiracistes».

  • 5
    Benoit Genecand

    Curieux article! On part du constat du manque de pédagogie pour aboutir sur un débat hyper spécialisé où on enchaîne des pourcentages en un long collier bigarré.
    Alors qu’un consensus est vite dégagé sur la question de fond.
    Celui qui commet un crime doit-il être renvoyé chez lui? Les gens répondent oui dans leur immense majorité (je n’ai pas de statistiques pour étayer cette affirmation, c’est une conviction). La question qu’ils posent est plutôt celle-ci : peut-on les renvoyer sans passer par la case prison (en Suisse) pour faire supporter cette charge sur leur pays d’origine?
    La réponse pédagogique (de gauche) serait peut-être celle-ci : « oui, nous comprenons ce sentiment, oui certains de nos membres pensent exactement la même chose, cela dit, d’autres problèmes plus urgents nous occupent (les assurances sociales, l’éducation, le fossé qui se creuse entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas etc.etc.) et nous considérons cette manie UDC de sortir à chaque élection une campagne sur les étrangers comme ce qu’elle est : une diversion; nous ne prendrons donc pas parti et laisserons nos membres se faire une opinion ».
    Tous les pompiers du Sud de la France vous le dirons, les incendiaires choisissent les jours de Mistral pour jeter l’allumette. Que les Socialistes accueillent le prochain boutefeu par un silence glacial, on verra bien le résultat!

  • Il y a tout de même un biais utilisé par l’UDC qui mériterait d’être relevé, et ce n’est pas la première fois qu’ils l’utilisent. M. Montabert nous en a fait un peu exemple. Il parle et demande l’expulsion comme si elle n’existait pas actuellement.
    Il serait tout de même honnête d’arrêter de tourner le débat dans cette direction. Un violeur ou un meurtrier, aujourd’hui, peut être renvoyé dans son pays. Cette possibilité existe et est appliquée. Prétendre ou insinuer le contraire est malhonnête.
    M. Montabert, quant à vos statistiques, utilisez vous la même manière de les analyser que quant il s’agissait des étrangers « coupables » de viol? Où le % était vendu comme absolu alors qu’il ne concernait que la moitié des cas élucidés?
     

  • 7
    Giorgio Zürcher

    L’exposition est formellement correcte. Mais elle néglige le problème politique, c’est à dire quelle est le moyen d’empecher l’acceptation de l’initiative UDC.
    En général, la constatation que l’UDC ressemble de plus en plus au national socialisme allemand ne sert pas à elle seule à empêcher qu’elle arrive à modifier dans un sens illiberal notre Constitution.  Mais au moins il faudrait éviter de répéter les mêmes fautes des partis démocrates au début des années ’30 en Allemagne.

  • Il y a cette remarque qui me paraît totalement pertinente, qui affirme qu' »il faut trois générations pour faire un citoyen ».
    La première génération, qui demande et obtient la naturalisation, n’est intégrée qu’en surface. Cela ne met nullement en doute son honorabilité ou sa sincérité, mais le fait est et demeure que nous sommes tous le produit d’une société, d’un mode de vie, d’une mentalité, que nous portons dans notre chair et dans notre âme. On n’y peut rien. On est les citoyens honorables de cette nouvelle patrie, mais à la maison, on parle sa langue maternelle, on mange comme ses aïeux, on correspond avec ses parents et ses amis de jeunesse, que sais-je.
    La deuxième génération est tiraillée entre l’ancien monde et le nouveau, et n’a ses racines nulle part en fait. Et cette génération est en proie à des conflits qui sont la cause de désordres psychiques et de comportements anti-sociaux.
    La troislème génération enfin est totalement intégrée, n’a plus rien à voir avec ses origines ethniques. Trois générations donc, pour faire un citoyen à part entière.
    Un sondage parmi les étrangers dans ce pays nous révèle que l’écrasante majorité d’entre eux est en faveur du renvoi des étrangers criminels. L’écrasante majorité des Suisses s’est exprimée en faveur d’un châtiment exemplaire des ces jeunes connards qui ont assommé des gens à Munich.

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