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Un approvisionnement en électricité autonome et sûr? Alors abandonnons le nucléaire!

Revenir à l’essentiel du débat énergétique

Photo de Richard Brand
Photo de Richard Brand (licence CC)

Le débat sur l’énergie nucléaire est à nouveau ouvert, réactivé par le dépôt de trois requêtes pour la construction de nouvelles centrales (DP 1831). L’argumentaire n’a guère changé depuis la dernière campagne de 2003 sur les initiatives Sortir du nucléaire et Moratoire-plus.

Du côté des pro-nucléaires, on insiste sur la nécessité de répondre à une demande en hausse, sur la fiabilité des centrales et leur effet bénéfique pour le climat. Alors que les opposants mettent en avant les dangers du nucléaire – fonctionnement et gestion des déchets – et les possibilités offertes par les énergies renouvelables.

On parle moins de rentabilité économique et d’autonomie énergétique qui toutes deux parlent clairement pour l’abandon du nucléaire, deux facteurs qui pourtant devraient guider la politique énergétique.

A l’horizon 2035, Swisselectric, l’organisation des principaux producteurs helvétiques d’électricité, estime à 30 TWh l’augmentation de la demande d’électricité. Pour y faire face, la construction de deux centrales nucléaires, d’installations de pompage-turbinage et l’aménagement du réseau exigeront un investissement d’environ 30 milliards de francs. Les bureaux Infras et TNC ont calculé que la construction de grandes centrales ne serait pas rentable. Par contre l’investissement dans l’amélioration de l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables créeraient beaucoup plus d’emplois et une plus-value nettement supérieure, tout en contribuant à répondre à la demande.

L’alternative est relativement simple: mobiliser des moyens financiers dans des équipements d’une durée d’une cinquantaine d’années, fortement centralisés; ou profiter des innovations technologiques qui interviendront durant ce laps de temps et mettre en place un système décentralisé en multipliant les sources de production.

Les grands producteurs n’ont aucun intérêt à la décentralisation. Car derrière le discours sur leur responsabilité de garantir un approvisionnement sûr, c’est leur pouvoir et leurs profits qui sont en jeu.

Par contre une production décentralisée, couplée à des mesures assurant une meilleure efficacité énergétique, assurerait la sécurité et l’autonomie de notre approvisionnement. A condition bien sûr que le pouvoir politique joue le jeu en édictant les règles nécessaires à cette évolution – taxes d’incitation, normes de consommation, subventions initiales aux énergies renouvelables. Or actuellement plusieurs milliers de projets de production décentralisée sont bloqués, faute de moyens.

La sûreté de l’approvisionnement passe par la capacité de répondre à tout moment à la demande, notamment à la demande de pointe. Les sociétés d’électricité, c’est là leur intérêt, privilégient cette stratégie qui implique la mise à disposition d’installations de production susceptibles de supporter  ces pointes. Mais il est possible de réduire les pointes grâce à un réseau plus flexible et fiable (smart grid) et à l’action des consommateurs informés (par compteurs numériques) de l’évolution des prix au cours de la journée. D’ici une dizaine d’années, ce réseau intelligent devrait être mis en place. L’Office fédéral de l’énergie estime qu’un tel réseau permettrait une réduction de 15% de la demande, soit plus que ne produit la centrale de Gösgen.

A moins que la construction de deux nouvelles centrales nucléaires ne capte l’essentiel des moyens financiers et ne bloque pour des décennies tout progrès vers la décentralisation et l’autonomie énergétique.

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Discussion

  • Je suis également partisan de l’abandon du nucléaire.
    Toutefois, ni la décentralisation, ni l’innovation technologique ne suffiront à répondre à la demande croissante d’énergie de nos sociétés.Le bilan actuel des énergies renouvelables (éolien, géothermie, biogaz, solaire, etc.) et de l’amélioration de l’efficacité énergétique ne compense même pas l’augmentation de la demande en énergie des dernières décennies.
    La recherche scientifique aurait-elle également ses limites ?
    D’autre part, les 3 grandes crises à venir (énergétique, économique et climatique) nous placent dans une situation d’urgence. Il est donc risqué de placer notre espoir sur des technologies à venir.
    – Le nucléaire nous met en état d’alerte permanent, les risques ne cesseront d’augmenter dans un monde instable, il est donc nécessaire d’abandonner cette voie.
    – Les énergies renouvelables sont très dépendantes de ressources limitées et importées (cuivre, acier, etc.)  ainsi que des conditions climatiques (vent, ensoleillement, pluviométrie, etc.). Dans un monde en croissance, elles resteront marginales par rapport aux énergies fossiles.
    – L’efficacité énergétique nous montre ses limites et le temps joue contre nous.
    N’est-il pas temps de proposer une vraie politique de décroissance ?
    En mettant un frein à la consommation, en relocalisant complètement notre économie, en regardant vers le long terme, en réfléchissant aux limites de nos démocraties représentatives et en préservant les savoirs-faire.
    Il vaut mieux choisir maintenant de consommer moins, en réorganisant notre société dans son ensemble, que d’y être contraint dans un futur proche.

  • 2
    Benoit Genecand

    La lecture du document cité (bureau Infras) ouvre quelques questions :
    a) il y a une différence de 17 milliards entre le prix de construction des centrales selon les swisselectic (12 mia) et celui retenu par Infras (27 mia), comment un tel écart est-il possible?
    b) pour calculer le scénario « efficacité électrique » on additionne le courant produit et le courant économisé, l’économie réalisée de 19 TWH couvre 2/3 des besoins (30TWh) identifiés. Problème : au début de l’étude on nous dit que les deux scénarios sont basés sur les besoins estimés par swisselectric. Dit autrement, pourquoi les économies réalisées dans le scénario « efficacité électrique » ne pourraient pas l’être dans l’autre?
    c) un doublement du prix de l’électricité (au moins) est envisagé dans le scénario « efficacité économique ». On ne sait pas ce doublement est pris en compte dans le calcul de la VAN (valeur nette actualisée). Si oui, pourquoi ne pas le prendre en compte dans l’autre scénario?
    Bref, on retrouve ici ce que l’on voit dans tous les grands investissements: l’échéance lointaine et les énormes montants en jeu semblent justifier, de part et d’autre, ce que le bon sens appelle « aligner des noix sur un bâton ».

  • Je fais partie de la majorité qui a accepté le moratoire en 93 mais rejeté l’initiative anti-nucléaire en 03 car je doute, sans faire parler les chiffres, que dans un avenir proche on puisse se passer de cette source d’énergie en ruban, aussi détestable et risquée soit-elle. Les énergies renouvelables actuelles produites de manière décentralisée, toutes indispensables qu’elle soient, n’ont soit pas encore le potentiel économique soit pas la capacité énergétique de palier au besoin de base même avec un système smart grid régulant la production  par stockage d’énergie et la consommation par compteurs évolués et tarifs différenciés. Les industries fortes consommatrices sont déjà astreintes au contrôle du timing. Mais imaginez-vous que la population et les entreprises vont complétement modifier leur rythme d’activité, leur transports, leurs heures de travail, de repas, de loisirs pour s’adapter à la disponibilité de l’énergie. Visez-vous la pénurie, les coupures et la société de décroissance dont parle plus haut Yvan Luccarini dont je partage  l’analyse mais pas la conclusion.  La société envisagée serait élitaire et laisserait mondialement des millions de gens sur le carreau avec risque de graves troubles. Pensez-vous convaincre les pays en développement?
    Faire le forcing vers les énergies renouvelables en abandonnant le nucléaire ne me semble pas la bonne voie. Et continuons à améliorer l’efficacité énergétique malgré ses limites.

  • Encore un article risible qui prend ses désirs pour des réalités. Demain, on rase gratis.
    Un des problèmes récurrents, c’est l’augmentation de la  consommation d’électricité. Pendant une phase de désindustrialisation de 20 ans, la consommation d’électricité a augmenté malgré tout de 1,8% par an en moyenne. Et pourtant, on a aussi cherché à faire des économie (programme Energie 2000, p. ex.). On a aussi essayé de favoriser les énergies renouvelables, notamment par la recherche. Et ces dernières années, la RPC (rétribution à prix coûtant) pour les énergies renouvelables a été introduite. C’est un succès énorme qui a dépassé les fonds prévus. Mais quel est son influence sur la production d’électricité: 1%? Peut-être même pas.
    Des études disant n’importe quoi sur le futur, il en existe une quantité. Ils sont le plus souvent produits par des boîtes de consultants qui n’y connaissent rien au départ. Il faut plutôt se tourner vers des études sérieuses, produites par des universités et des instituts spécialisés, genre PSI ou EMPA. Et les faits sont têtus. Les prix (en 2005) selon l’origine de l’électricité sont calculés par l’Office de l’énergie (OFEN) et malheureusement, ils ne sont pas en faveur des énergies renouvelables.
    Photovoltaïque: 40 (2010) à 80 cts le kWh
    Vent: 27 cts
    Hydraulique: 8 à 12 cts.
    Pétrole: 16 à 18 cts
    Nucléaire: 3 à 6 cts (tout compris)
    En se concentrant sur les nouvelles énergies renouvelables, ces prix pourraient fortement augmenter dans les prochaines années. C’est une paille pour les bobos aisés financièrement, mais pour les ceux qui doivent compter, c’est une autre paire de manche.
    Le réseau intelligent? Il existe déjà. C’est le réseau électrique actuel. Il est déjà suffisamment compliqué comme cela. Et le rendre plus intelligent encore, ce n’est pas gagné d’avance. Regardez les systèmes automatiques actuels et dites moi s’il y en a un qui fonctionne à la perfection. Quant à un réseau européen qui permettrait des échanges importants, il devrait passer par des autoroutes permettant d’acheminer une énorme quantité d’énergie d’un point à une autre. Il ne sera ni aisé à construire (où le placer, par exemple) ni bon marché.
    La décentralisation de la production d’électricité? Malheureusement pour l’auteur de l’article, c’est un des grands problèmes de l’énergie renouvelable. Les besoins en électricité sont parfois aussi concentrés dans l’espace et le temps.
    Le plus grand problème des nouvelles énergies renouvelables, c’est d’ailleurs son intermittence. On a la plus grande production de chaleur (ou d’électricité photovoltaïque) quand on en a le moins besoin, en été. Alors, il faut trouver des systèmes de stockage qui peuvent tenir des mois. Pour le moment, on a pas encore trouvé de système satisfaisant. Pour quelques jours, on utilise des centrales hydrauliques ou des centrales à énergie fossile (charbon, pétrole ou gaz). Le coût de ces centrales devraient être ajouté aux coûts de production des énergies renouvelables.
    Dans le domaine de la recherche, on oublie aussi que les nouvelles énergies renouvelables ont fait l’objet de subventions importantes. Depuis une vingtaine d’années, les fonds pour le domaine se répartissent à raison de 30% pour les nouvelles énergies renouvelables, 30% pour l’efficacité énergétique, 30% pour l’énergie nucléaire (y compris la fusion qui est une toute autre technique que la fission) et 10% pour l’économie de l’énergie. Et malgré tout, on a rien trouvé de révolutionnaire qui pourrait remplacer l’énergie nucléaire.
    Et la recherche dans le nucléaire, elle existe aussi. Les systèmes de 4e génération devraient voir le jour aux environ de 2035. Ils ont pour objectifs d’utiliser une plus large palette de combustibles, d’éviter la prolifération nucléaire (cycle du combustible interne à la centrale), de produire moins de déchets radioactifs et moins dangereux, le tout à des prix qui devraient être très compétitifs.
    Bien sûr, comme pour les énergies renouvelables, la recherche dans le domaine nucléaire n’aboutira pas forcément aux objectifs fixés. Mais pour le moment, et pour pour une bonne cinquantaine d’années en tout cas, on ne peut malheureusement pas se passer d’une forme d’électricité qui produit encore moins de CO2 que les nouvelles énergie renouvelables.

  • Herman Scheer, député allemand , dans son livre « l’autonomie énergétique », démontre qu’il est possible d’arriver à l’autonomie en se passant du nucléaire, selon lui cela passera par la décentralisation, par des solutions multiples depuis la solution domestique jusqu’à la coopérative, régies diverses et réseaux parallèles , lignes moyennes te basses tension, solutions locales , nécessité de se dégager du secteur énergétique traditionnel en passe de devenir  un pouvoir au dessus des gouvernements et des états  dans l’avenir à cause du pouvoir immense qui serait remis entre ses mains, à l’instar d l’eau, les bien commun doivent être gérés par le s collectivités.Amory Lovins, lui met en place les économies , l’efficacité énergétique pour de grandes sociétés telle celle du secteur automobile, certaines ont leur propre système de cogénération qui leur permettent autosuffisance.
    Pourquoi, commencer toute discussion par ces mots: C’est impossible, l’imaginaire borné par ces mots, l’esprit colonisé par une pensée formatée , ce n’est certes pas ainsi qu’on fera avancer le schmilblic.

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