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Genève: des logements, mais ailleurs

Nouvel affrontement autour de l’aménagement du territoire

Trouver un logement à Genève relève du tour de force. D’où la nécessité unanimement reconnue de construire, et rapidement. Même unanimité ou presque pour déplorer le manque de dynamisme des autorités, en particulier du responsable du département cantonal des constructions.

Sur le papier, des milliers de logements projetés depuis parfois des années, mais pas la moindre ouverture de chantier. Il faut préciser que voisins, communes et organisations de quartier ou prétendûment écologistes usent de touts les ficelles procédurales pour empêcher ou retarder les projets.

Dernier exemple en date le projet des Cherpines sur la commune de Plan-les-Ouates.

Le 24 septembre dernier, le Grand Conseil a décidé le déclassement de 58 hectares en zone agricole pour y construire 3000 logements, des écoles, un centre sportif et y implanter des activités artisanales. Le périmètre est idéalement situé dans  la zone sud du canton, en prolongement direct d’une zone déjà bâtie et desservie par les transports publics. Les exploitants agricoles se sont vus proposer une délocalisation.

Aussitôt le référendum est lancé par une coalition hétéroclite regroupant entre autres les Verts, l’extrême gauche, l’UDC, une coopérative maraîchère implanté dans le périmètre. Le discours des opposants intègre pêle-mêle la sauvegarde des terres agricoles, l’agriculture de proximité, la protection de la culture du cardon, la critique d’un projet insuffisamment dense qui ne résoudrait pas la crise du logement.

Bien sûr, on peut toujours imaginer un projet de meilleure qualité – la notion de qualité faisant d’ailleurs l’objet d’interprétations variées de la part des différents opposants – et prôner en priorité la densification de la ville qui recèle encore des zones villas. Où encore, à la manière de Malthus, prôner le gel de la croissance démographique. Mais cette palette à la Prévert de critiques et de solutions alternatives ne peuvent tenir lieu d’une politique propre à loger les résidents et à accueillir les migrants qui contribuent à la prospérité du canton.

La votation sur cet objet constituera un test: Genève voudra-t-elle se donner les équipements qu’exige son développement ou succombera-t-elle à la tentation d’un provincialisme qui finira par l’asphyxier?

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Discussion

  • 1
    Benoit Genecand

    Le vote sur les Cherpines est une bonne chose et sera gagné: les Genevois n’ont jamais renoncé à la croissance économique en construisant trop peu. Même ces 15 dernières années.

    La construction de logements s’est simplement déplacée. Au niveau de l’agglomération franco-valdo-genevoise, la production annuelle dépasse 6’000 logements. Ayant déjà bien consommé les territoires avoisinants, nous allons (devoir) rééquilibrer l’effort. De 1500-4500 (répartition actuelle des logements construits à Genève et logements construits sur France et Vaud), nous allons progressivement passer aux 2500-3500 visés, voire 3000-3000.

    Et contre cette tendance, l’alliance hétéroclite autour d’arguments romantiques verts ne tiendra pas. On ne devient ni malthusien ni décroissant par choix, on le devient quand les flux économiques cessent de vous irriguer (Jura) ou lorsque la démographie s’inverse (Japon). J’ai cessé de penser ou de craindre qu’une partie de la génération des baby boomers genevois réussirait à fermer les portes pour les futurs arrivants.

  • 2
    Raphaël Coquoz

    Il y a beaucoup de suffisance dans la description par Jean-Daniel Delley des besoins « unanimement » reconnus de logement à Genève et de la palette « à la Prévert » des opposants. Comme souvent, la nature et la justification des besoins de développement et de croissance ne sont pas explicités ; l’implication sur le long terme de ces besoins est tout simplement éludée. Si Genève a « besoin » de cette croissance aujourd’hui, elle en aura besoin dans 10, 50, 200 ans et au-delà. Est-ce bien vers une mégapole romande de plusieurs millions d’habitants que nous souhaitons aller? Moi pas. Cette croissance a-t-elle la moindre chance de perdurer ainsi indéfiniment? Aucune chance. Pour quels avantages stables et palpables, pour quelle « prospérité » durable, devrait-on sacrifier des espaces et de la qualité de vie? Je n’en vois aucun. Sous un atour raisonnable, cet article est un cache-sexe funeste à un refus de voir la réalité en face. Cette croissance est une fuite en avant qui sera de toute façon stoppée un jour au l’autre lorsque que les réalités des contraintes physiques et biologiques nous auront rattrapés. Les opposants volontiers qualifiés de « romantiques » n’ont en général certes pas de programme formalisé de réappropriation d’un futur plus équilibré. Mais les intoxiqués de la croissance démographique genevoise (et romande) ne présentent que leur incapacité à envisager une gestion de TOUTES les contraintes, pas seulement celle (qui sera à long terme mineure) de la « nécessaire » augmentation du PIB. Il nous faudra bien réussir à gérer la stabilisation de nos populations et la fin des ressources faciles (si possible sans une curée sur les restes). Cela nécessite d’aborder la difficile question de la maîtrise de l’immigration attirée par ce territoire artificiellement prospère? De réajuster les politiques publiques de distribution des moyens d’existence? De reformuler les mécanismes de répartition du travail? En effet, les défis sont énormes. Et les solutions sont plus que difficiles à concevoir. C’est là-dessus que nous avons besoin des compétences des cerveaux de Domaine Public, pas sur la transmission béates des idées reçues sur les « besoins » de Genève.

  • 3
    Jean-Jacques ISAAC

    C’est vrai, le projet des Cherpines est déjà bien élaboré et on en discute depuis pas mal de temps. C’est vrai, de nombreux Genevois ont mité le territoire français tout proche et ont ainsi sacrifié des terres arables. Pourquoi cela ne serait-ce pas notre tour ?
    Mais pourquoi ne remet-on pas en cause, parmi la majorité favorable à de nouveaux logements, la croissance démographique de la région ? Il semble établi comme une vérité incontournable, naturelle, que Genève doit s’agrandir, que les villes les plus dynamiques doivent continuer à augmenter leurs surfaces habitables coûte que coûte. Pourquoi ne pas raisonner dans une dimension plus large, celle de la Romandie, de la région franco-valdo-genevoise, suisse et européenne ? Ne peut-on pas répartir de façon plus équilibrée logements et entreprises ? Gros défi, certes, mais plus porteur à long terme. En quoi le fait pour Genève de stopper sa croissance serait-il une catastrophe ? Ces réflexions sont-elles vraiment si naïves ?
    De façon plus immédiate, j’ai de la peine à me sentir cohérent si je signe des pétitions pour préserver des terres en Amazonie et que je boude avec mépris le référendum de voisins “romantiques” qui voudraient sauver ce qui peut l’être de notre “bonne terre”, que certains peuples indiens protègent avec notre admiration…
     

  • 4
    Benoit Genecand

    Il est vrai que les partisans de la croissance économique ne s’impose pas souvent l’exercice du pourquoi? Pourquoi continuer de croître. Les ressources étant limitées, pourquoi ne pas freiner, voire stopper cette course? Questions profondes et troublantes. A l’inverse, les partisans de la décroissance sont peu explicites sur le comment. Comment se comporte une société qui doit non plus se partager les fruits en excédent mais diviser un gâteau qui diminue en taille. Comment gère-t-on cette transition au niveau de l’Etat (social)? Comment s’assurer dans ce processus que les jeunes générations ne sont pas sacrifiées sur l’hôtel des acquis des plus anciens. Il y a un côté infantile à penser que la croissance économique est la solution à tous les problèmes. Il y a un côté apprenti sorcier à plaider pour l’inverse sans reconnaître que les périodes de pénuries économiques ont presque toujours été associées à des troubles sociaux.

  • L’article de Jean.Daniel Delley est un peu rapide, trop peut-être pour pouvoir aborder le « paradigme » de cette affaire sous l’angle des contradictions (propres à tout projet) et sur celui de s’accorder un peu plus de cohérence mais aussi d’audace. Je n’ai pas hésité à dire aux verts (parti gouvernemental) que le référendum était pas bien… mais les architectes et les urbanistes, ici comme ailleurs, portent aussi la responsabilité de répondre aux nouvelles questions de la ville: le climat et l’environnement, l’inégalité sociale et spatiale, la mobilité. Aujourd’hui nous devons promouvoir l’idée d’une « ville poreuse » (Bernardo Secchi), une ville où les quartiers sont interconnectés, perméables, désenclavés, un espace public de la ville qui fédère différents usages, différentes affectations, une ville qui qui ne s’oppose plus à la campagne, qui s’ouvre sur elle et qui expérimente des nouvelles coexistences (mixité sociale, mixité d’affectation). Or la plaine de l’Aire pourrait être le champ d’une expérience nouvelle entre l’agriculture et l’urbanisme. D’ailleurs les postulats du « plan paysage » du projet d’agglomération vont dans ce sens. En ayant examiné les deux projets finalistes, je ne suis pas sûr que celui choisi offre cette perspective, alors que l’autre misait sur une coexistence possible en ménageant des césures d’espaces ouverts avec la même densité.

    Voilà donc qui complique notre affaire et qui nous obligera à discuter sur la nature de ce futur quartier. Certes il faut engager la mise en oeuvre d’une production de logement, mais nous devons aussi le faire en bonne intelligence (qualité) tant dans les formes urbaines proposées que dans les aménagements des espaces publics. Quant au référendum le risque d’une situation très bloquée peut aussi déstabiliser la synergie du projet d’agglo (qui vient de recevoir le grand prix d’urbanisme d’Europe), puis de nous entrainer dans des visions enclavées… Nous sommes donc remis dans une situation paradoxale dont l’issue est aussi imprévisible que celle qui sortira des urnes. Cette complexité de l’aménagement du territoire qui nous anime, nécessite aussi des repères culturels (savoirs) pour tenter de comprendre et répondre aux contradictions qui nous traversent. 

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