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Armée: le rapport du changement immobile et de la discorde

L’armée entre mythes et réalités, Ueli Maurer et le Conseil fédéral

Photo de Laurent Heiniger Photo de Laurent Heiniger (licence CC)
icone auteur icone calendrier 10 octobre 2010 icone PDF DP 

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Le rapport du Conseil fédéral sur l’armée 2010 ne manque pas de vigueur. Les effectifs se limiteront à 80’000 hommes, une réduction de 40% par rapport à la situation actuelle. Ce chiffre est impressionnant en regard des 625’000 hommes que comptait l’armée à la fin de la guerre froide, il y a 20 ans.

Ce radical dégraissage se fera dans le cadre limité de la neutralité, de l’armée de milice et de l’obligation de servir. Ces trois tabous politiques sont ancrés dans la Constitution et confirmés par le rapport insipide sur la sécurité de la Suisse (DP 1867). L’exercice est donc limité d’avance, en ignorant les très légitimes interrogations sur le bien fondé des principes hérités d’un autre siècle.

Mais le rapport irrite plus encore par son contenu véritablement schizophrénique. Le texte est visiblement écrit à deux mains. Il y a d’abord la patte du Conseil fédéral qui affirme vouloir remettre de l’ordre dans la maison en fixant des objectifs précis. Les dépenses seront plafonnées à 4,4 milliards par année et des effectifs bien déterminés seront affectés aux diverses tâches de l’armée. Mais lorsqu’on entre dans les détails, on lit alors des explications semant la discorde, visiblement rédigées par des représentants de l’armée.

Les coupes et les économies imposées par le gouvernement représentent de sérieuses menaces. L’immobilité dans le changement et la discorde apparaissent tout au long de ce rapport jargonnant à souhait. Voyons plutôt.

La tâche traditionnelle de l’armée est la défense du territoire. Bien qu’une attaque militaire soit «improbable sans être totalement exclue à long terme», il faut conserver la capacité et le savoir-faire de la défense. C’est le principe de précaution. Mais on réduira drastiquement l’effectif des forces prêtes au combat à 22’000 hommes, avec les armements. Or, pour faire des économies il faudrait peut-être supprimer l’artillerie, et pourquoi pas également les blindés, ajoute Ueli Maurer. Que resterait-il alors d’une défense terrestre désarmée que l’on prétend vouloir conserver?

La défense aérienne pose un autre dilemme. Pour assurer la sécurité du pays, 22 nouveaux avions sont nécessaires en remplacement des Tiger. Mais il faudrait y renoncer si l’on entend respecter l’enveloppe financière. L’alternative, une alliance avec nos voisins n’est pas possible à cause de notre neutralité. Cette impasse pourrait être levée si la Suisse acceptait l’idée qu’une alliance défensive est possible tout en restant neutre, comme le reconnaissent l’Autriche, la Suède, la Finlande et l’Irlande.

Comme l’affirme l’expert berlinois Otfried Nassauer, un accord de défense avec l’Autriche garantirait, sans nouvel avion, la sécurité aérienne de la Suisse. Quant à la menace à plus long terme des missiles intercontinentaux (DP 1881), elle ne pourrait être écartée que par une alliance défensive plus large.

L’examen des autres tâches de l’armée contient également son lot de polémiques. Le plus gros de l’effectif de l’armée de demain, 35’000 hommes, sera affecté à l’appui aux autorités civiles: garde d’ambassades, sécurisation de lieux sensibles comme les aéroports, les centrales nucléaires, aide en cas de catastrophe naturelle. Mais attention, danger. En cas d’attaque aérienne, doublée de menaces d’attentats terroristes, les effectifs seraient insuffisants. D’autre part, les économies imposées dans l’équipement de ces troupes compromettraient les prestations des engagés.

Le contrôle aérien, les services de renseignements, les radios d’ambassade et toute une série de prestations techniques au service des autorités civiles occuperont 22’000 personnes. Ce troisième volet d’activité de l’armée semble épargné par la rigueur des économies. Donc pas de polémique à ce sujet dans le rapport. Mais on peut se demander si ces activités hautement spécialisées peuvent être exercées par des miliciens. Le rapport est muet à ce sujet. On ne saurait remettre en question le principe de la milice, comme on ne discute pas d’un assouplissement de la neutralité.

Le rapport sur l’armée basé sur le refus de remettre en question les mythes helvétiques révèle un conflit entre le ministre de la défense et la majorité du Conseil fédéral. Il est aveuglant et provocateur.

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