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L’euro: obstacle rédhibitoire ou planche de salut? DP ouvre le débat avec une contribution de Lucien Erard

Photo de Daniel Greene Photo de Daniel Greene (licence CC)
icone auteur icone calendrier 11 septembre 2010 icone PDF DP 

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La crise de l’euro a aggravé le sentiment anti-européen en Suisse. Elle a fait fleurir les arguments isolationnistes. Le pays à la monnaie saine qui maîtrise ses dépenses et sa dette publique devrait écarter l’idée même d’adhérer à l’Union et à sa monnaie malade. Mais lorsque la monnaie saine, devenue refuge, se réévalue fortement, d’autres craintes surgissent. D’obstacle infranchissable, l’euro deviendrait-il une planche de salut pour l’économie suisse? DP ouvre le débat avec une contribution de Lucien Erard.

Curieux pays où l’art, en politique, vise à nier les réalités qui pourraient fâcher l’électeur. Pas question de relever les dangers de l’isolement de la Suisse en Europe. Le silence est assourdissant sur la hausse du franc et ses conséquences pour nos entreprises et sur l’emploi. Alors que le monde politique s’écharpe des années durant pour des fractions de pourcents de TVA ou de cotisations sociales qui soi-disant risqueraient de compromettre la compétitivité de nos entreprises, silence total sur une augmentation de prix de plus de 20% des produits suisses exportés sur le marché européen et, pire encore, sur une baisse potentielle de quelque 20% des prix des marchandises importées de pays membres de la zone euro et qui viennent concurrencer les produits helvétiques.

Certes les entreprises les plus dynamiques y survivront. Leur marge bénéficiaire et leur capacité d’innovation sont suffisantes. Mais les autres? La concurrence risque de réduire leur chiffre d’affaires et leurs marges brutes. Heureusement pour nos politiciens à la petite semaine, c’est silencieusement qu’elles vont progressivement disparaître et même les statistiques de chômage ne permettront pas d’en faire l’inventaire.

Pourquoi ce silence gêné? Parce que la seule mesure efficace contre la spéculation, c’est le passage à l’euro. Longtemps ceux qui spéculaient sur les taux de change se tournaient également vers le mark et le yen, et plus tard vers l’euro en plus du franc suisse. Aujourd’hui nous sommes bien seuls à offrir une monnaie solide, et surtout bien seuls pour défendre notre monnaie contre une hausse si dangereuse. L’équipe précédente à la BNS avait réussi à le faire: une banque centrale peut en effet vendre de sa monnaie sans limites. Elle n’a cette fois pas osé aller jusqu’au bout. La montée du franc suisse lui a fait alors perdre de l’argent sur les devises achetée, et certains s’empressent de le lui reprocher.

Sur un marché financier mondialisé, les montants consacrés à la spéculation sont tels que l’état de l’économie réelle n’a plus guère d’influence sur le cours des changes. Notre pays ne peut plus, seul, y faire face. Les Allemands, pourtant si fier de leur mark l’ont compris. Il serait temps que nous y songions aussi.

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Discussion

  • 1
    Achille Tendon says:

    Avant que de parler d’une monnaie saine, il faudrait peut-être se pencher sur sa santé réelle. En d’autres termes réussir à déterminer quelle est son exacte parité de pouvoir d’achat: ces trente dernières années, si on prend en compte l’indice des prix à la consommation, notre CHER FRANC SUISSE  a perdu près de la moitié de sa valeur, malgré sa hausse face aux autres monnaies.
    Donc les grandes théories réductrices de vouloir faire partie de la zone €uro, donc de l’Union européenne, sous prétexte d’un franc fort ne tiennent pas debout une seconde et sont malheureusement une des dernières cartouches de tous ceux qui continuent à nous voir être partie intégrante dans ce qui est devenu (et nous n’en sommes qu’au début!…) une pétaudière sans nom.
    Pour votre information avec des chiffres très précis quant aux parités des monnaies, je vous invite à faire un saut sur le blog de Olivier Crottaz qui éclairera, si besoin est,  quelque peu votre lanterne, soit:
    http://blog.crottaz-finance.ch/?p=3809
    http://blog.crottaz-finance.ch/?p=3740
    De nombreuses informations font état de mécontentement grandissant vis-à-vis de l’Union européenne et de son €uro dans certains pays, dont:
    -l’Autriche où une initiative circule pour que le pays puisse reprendre son autonomie, sa neutralité et sa monnaie originale, le schilling et dont vous pouvez lire les détails dans Horizons et Débats:
    http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=2309
    -l’Allemagne, où une nouvelle tendance s’est fait jour de vouloir recoter les actions allemandes en DM, à voir sous:
    http://www.leblogfinance.com/2010/06/allemagne-quand-la-cotation-en-mark-devient-realite.html
    Et il serait bon de se souvenir que le marché des changes représente un volume journalier de 4000 milliards de $, donc très liquide, le plus liquide de tous les marchés de valeurs mobilières du monde et que,  par conséquent, celui ou ceux qui veulent spéculer et infléchir les marchés n’ont pas les reins assez solides pour ce faire! La preuve: à aujourd’hui AUCUNE banque centrale n’a réussi à être efficace dans des interventions de soutien de sa monnaie. C’est pourquoi la Banque du Japon hésite depuis fort longtemps à laisser des plumes dans des interventions dont les résultats sont plus que sujets à caution.
    De plus, comment expliquer, malgré les affres momentanées de notre Franc suisse (il en a vu d’autres) que notre pays soit le premier au classement de la compétitivité mondiale, qu’il soit le plus inventif également et que probablement il ait les finances les plus saines qui soient dans les pays développés ???

  • 2
    Victor Giordano says:

    L’article de Lucien Erard sur les effets de la baisse de l’euro est riche de contradictions. L’auteur regrette que la Suisse ne soit pas arrimée à l’euro et ne profite donc pas de la baisse de ce dernier.

    Comme si cette baisse n’avait pas aussi des conséquences néfastes. L’évolution excessive des changes, que ce soit l’euro ou une autre monnaie, a des effets pervers, mais nul ne peut s’en prémunir, sauf au moyen de couvertures financières dont les entreprises usent d’ailleurs assez largement. C’est d’ailleurs pourquoi la récente hausse du franc n’aura pas les conséquences catastrophiques que vous semblez attendre.

    Mais le comble est  votre affirmation selon laquelle la seule mesure efficace contre la spéculation est le passage à l’euro. Quid alors d’une spéculation contre ce dernier, si nous l’avons adopté comme monnaie de la Suisse? Le remède que vous préconisez n’en est pas un; il comporte aussi des effets très fâcheux comme la hausse des taux d’intérêts qui, sur le plan hypothécaire, aurait des effets très dévastateurs en Suisse.

    Enfin, votre affirmation que la BNS a perdu de l’argent en  raison de son achat d’euros est pour le moins inexacte. Cette perte est pourtant l’instant virtuelle et peut fort bien se muer en gain en cas de remontée du cours de l’euro, remontée qui n’est pas exclue.

    Quant à savoir si l’Allemagne a eu tort ou raison d’adopter l’euro, c’est une question qui est loin d’avoir trouvé une réponse. le front des Allemands qui regrettent ce choix fait ne cesse en tout cas de s’élargir. Et si demain d’autres pays européens sont en panne comme la Grèce – Italie, Espagne, Portugal, Irlande, France  – ces regrets s’aviveront encore.

    L’adhésion de la Suisse à l’UE garde toute sa pertinence à plus ou moins long terme, mais sans adopter l’euro…

Les commentaires sont fermés.