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Bref concours d’urbanité au Conseil fédéral

Les régions urbaines abritent trois Suisses sur quatre. Et les quatre candidats au Conseil fédéral, qui ne s’en préoccupent pas trop

Photo de Bernard Lafond
Photo de Bernard Lafond (licence CC)

Le 20 août dernier, deux semaines tout juste avant le choix par les groupes politiques de leurs favoris pour la double élection au Conseil fédéral, le concours était ouvert: c’était à qui représenterait le mieux les villes à l’Exécutif fédéral.

Les radicaux Ruedi Noser (Wetzikon/ZH) et Peter Malama (Bâle) se revendiquaient ouvertement citadins. Eva Herzog rappellait son appartenance au gouvernement du demi-canton de Bâle-Ville, qui fait aussi office d’exécutif pour la métropole rhénane. Jacqueline Fehr s’honorait de faire de la politique dans la sixième plus grande ville de Suisse, qui vient de passer le cap des cent mille habitants (Winterthour). De son côté, Simonetta Sommaruga soulignait qu’elle avait fait partie pendant huit ans de la municipalité de Köniz (38 000 habitants), la plus importante composante de l’agglomération bernoise – à part la ville-centre évidemment. Et Karin Keller-Sutter signalait qu’elle aussi avait fait ses deux législatures d’exécutif en sa ville natale de Wil (18 000 habitants) avant d’entrer au Conseil d’Etat de Saint-Gall. Au point que Johann Schneider-Ammann s’excusait presque de diriger son « empire en béton » (3000 collaborateurs, dont 1250 en Suisse) depuis une modeste cité de 13 000 habitants appelée Langenthal. Dans cette belle chorale urbaine, Hildegard Fässler introduisait une note différente, insistant sur la solidité de son ancrage dans un village de l’extrême-orient saint-gallois, proche du Rhin et du Liechtenstein.

Depuis que les groupes radical et socialiste ont désigné leurs candidats, le langage a changé. La villageoise et les citadins affirmés sont désormais hors course. Place aux représentants de valeurs mieux reconnues. Karin Keller-Sutter, à la tête du département de Justice et Police du canton de Saint-Gall depuis dix ans, se voit le porte-drapeau de toute la Suisse orientale, constamment présente au Conseil fédéral depuis 1913 sauf entre 1959 et 1971. Johann Schneider-Ammann se présente comme un acteur de cette économie réelle qui reprend des couleurs maintenant que la finance a fortement pâli sous l’effet d’une crise dont elle est elle-même largement responsable. Simonetta Sommaruga retrouve ses marques de défenderesse des consommateurs et de socialiste exigeante tant à l’égard de l’Etat que du secteur privé. Jacqueline Fehr confirme ses convictions et priorités politiques, sans s’appuyer sur le dynamisme de Winterthour, où vient d’avoir lieu une vente d’une importance exceptionnelle: la société Sulzer Immobilière a cédé le solde de ses terrains en ville à l’entreprise générale Implenia qui s’offre une surface égale à celle du Vatican pour 80 millions de francs.

Voilà donc les villes remises à leur place, au ixième rang des préoccupations des élus. Certes, elles se trouvent momentanément à la mode et font même très tendance dans le cas des métropoles européennes les plus branchées, parmi lesquelles Zurich se profile avec succès. Mais, fondamentalement, elles sont tenues à l’écart, comme on l’observe à l’Exposition universelle de Shanghai. Le pavillon national enchante les visiteurs avec l’image d’une Suisse alpine survolée par un télésiège pris d’assaut. Quant aux trois plus grandes villes du pays, Zurich, Genève et Bâle, qui ont uni leurs forces pour présenter leurs meilleures pratiques urbaines en matière de gestion de l’eau, elles se retrouvent dans les pavillons thématiques, beaucoup moins fréquentés par le grand public chinois. Les villes disposent certes de leur lobby au Palais fédéral, mais il ne compte de loin pas parmi les groupes de pression les plus puissants. L’arrivée en 1995 du Zurichois Moritz Leuenberger au Conseil fédéral avait donné une majorité momentanée aux élus issus des villes, avec Jean-Pascal Delamuraz (Lausanne), Ruth Dreifuss (Genève) et Flavio Cotti (Lugano).

Et pourtant: trois habitants de la Suisse sur quatre résident en région urbaine, pour la plupart dans l’une des trente agglomérations reconnues par les statisticiens. Les plus grandes cités, qui tendaient à se dépeupler, bénéficient d’un mouvement de retour en ville (cf. DP 1788). Il y a quatre ans, les professeurs et chercheurs du « Studio Basel » de l’EPFZ tiraient un impressionnant Portrait urbain (cf. DP 1670) de la Suisse, histoire de contribuer à faire évoluer les images et surtout les esprits. Mais l’urbaphobie latente persiste, dans notre pays sans doute plus qu’ailleurs, fédéralisme et ferveur alpiniste obligent sans doute.

Toujours est-il que l’économie reprend le dessus. Sa remise en ordre de marche, symbolisée par la prochaine entrée de Daniel Vasella au Comité d’economiesuisse, passe par une nouvelle prise de responsabilités au sein des institutions. Y compris au Conseil fédéral, où les passages de l’économie à la politique ont de la tradition, en particulier dans les rangs radicaux. Le fils de Johann Schneider-Ammann, 59 ans, n’a que 31 ans, 24 de moins que Nicolas Hayek junior. Mais comment résister à l’appel de la patrie s’il est lancé par l’Assemblée fédérale?

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Discussion

  • Très d’accord sur l’importance des villes en Suisse et sur le fait que leurs intérêts n’ont pas toujours été bien défendus à Berne, quoi que, il me semble, la situation ait changée positivement dans ces dernières 10-15 ans (voir le financement des infrastructures de trafic dans les agglomérations, etc.).
    Mais j’ai l’impression de percevoir un fonds trop « essentialiste » dans cet article. Est-il vraiment nécessaire d' »être » un citadin pour « représenter » les intérêts des villes? Ou alors: Est-il vraiment nécessaire d' »être » une femme pour « représenter » les intérêts des femmes? Si je considère les choix du groupe socialiste aux Chambres fédérales (donc d’un parti qui a toujours défendu la cause des femmes au Conseil fédéral), dans ces dernières années, il me semble que cette préoccupation n’était pas vraiment présente: le soutien à Franz Steinegger (PLR) et non pas de la candidate officielle de l’UDC Rita Fuhrer en 2000 (laquelle, d’ailleurs, aurait barré la route à Christoph Blocher…), le vote en faveur de Joseph Deiss et non pas de Ruth Metzler au 4ème tour en 2003, le manque (probable) du soutien à Karin Keller-Sutter le 22 décembre [recte: septembre] prochain (tandis qu’un soutien pourrait garantir la majorité féminine au CF dans les prochaines 5-8 ans…). Je ne conteste pas forcément ces choix, car ils démontrent que les positions politiques des candidat-e-s comptent plus que leur identité (matérielle ou acquise). Mais je le constate.
    Pour revenir à la question des villes, je ne pense pas que la « majorité momentanée aux élus issus des villes », en 1995, soit en soi un indicateur que le CF de l’époque était plus ouvert aux problèmes des villes. (D’ailleurs, Flavio Cotti n’était pas de Lugano mais de Valmaggia.) Tout dépend des choix concrets des conseilleurs fédéraux et de leurs partis. D’ailleurs, à l’époque on avait un conseiller fédéral « paysan », Adolf Ogi, qui était favorable à l’ouverture à l’Union européenne, une attitude qui est d’habitude identifiée avec des gens « urbains »…

    Cordialement,
    Nenad

  • Tout à fait d’accord avec les considérations de Nedad Stojanovich sur les villes; j’ajoute qu’ il faut pas confondre le rapport des forces réelles avec l’image que l’on veut propagander à l’étranger (voir exposition de Shangai). Celle-ci est surtout en fonction du tourisme.

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