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Ni la libéralisation ni le statu quo ne sauveront La Poste

Le maintien du monopole des lettres se justifie. Mais le service universel doit s’adapter aux nouvelles exigences

Photo de 1suisse Photo de 1suisse (licence CC)

Les syndicats et la gauche veulent « une poste forte » qui conserve le monopole du courrier jusqu’à 50 grammes. Ils viennent de déposer une initiative populaire dans ce sens. La droite, elle, milite pour une libéralisation complète du trafic postal dont elle attend une baisse des tarifs. Le Conseil national tranchera au cours de la session d’automne. Pourtant l’avenir de La Poste ne se jouera pas d’abord sur le statut du trafic postal, mais sur la capacité du géant jaune à répondre aux besoins des usagers.

Rudolf Strahm, l’ancien surveillant des prix, en a fait la démonstration rigoureuse (Tages Anzeiger, 25 mai 2010) : la fin du monopole sur le trafic des lettres conduira à une hausse des tarifs. Le trafic des lettres est une technologie sur le déclin. En une décennie, le volume traité par La Poste a diminué de moitié. Et la concurrence de la communication électronique accentuera cette évolution à la baisse. Avec la libéralisation, à savoir le partage du marché entre plusieurs prestataires, l’amortissement des investissements consentis par la régie pour rationaliser le tri – 1,3 milliard de francs – imposera des tarifs plus élevés. Cette logique implacable touchera également les opérateurs privés qui devront mettre en place une infrastructure coûteuse. Pour preuve, ces derniers revendiquent l’accès aux centres de tri, aux offices et aux boîtes aux lettres de La Poste. Dans la même logique, ils devraient également exiger de pouvoir emprunter les camions postaux ! Et Strahm de conclure que dans un marché en déclin exigeant des investissements lourds, la concurrence ne peut conduire qu’à une hausse des prix.

Les syndicats et la gauche militent donc à juste titre pour le maintien du monopole des lettres. Mais ils se trompent lorsqu’ils exigent le maintien du réseau des bureaux de poste, de plus desservis exclusivement par les employés de La Poste, au motif de préserver le service postal universel. Les besoins et les pratiques des usagers changent à grande vitesse. Déjà les agences postales gérées par l’épicerie du village offrent un meilleur service qu’un bureau postal ouvert deux ou trois heures par jour. La survie de La Poste dépend de sa capacité à s’adapter à ces besoins et pratiques. Le courrier digital – la lettre papier est scannée par La Poste et transmise électroniquement à son destinataire -, domaine où la poste suisse fait figure de pionnier, supplantera tôt ou tard la distribution du courrier à domicile. Vouloir figer l’entreprise dans son fonctionnement actuel, c’est à coup sûr signer son arrêt de mort. Si, comme le revendique l’initiative des syndicats, La Poste doit pouvoir bénéficier d’une licence bancaire – tiens, la droite ne veut pas entendre parler de concurrence dans ce domaine ! – ce n’est pas pour financer un secteur du courrier déclinant, mais pour diversifier ses activités.

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Discussion

  • 1
    Bridel, Laurent says:

    C’est exactement la ligne à défendre pour que les services postaux soient encore accessibles à tous.

  • 2
    Benoit Genecand says:

    L’argument contre la licence bancaire de la poste est la distrorsion de la concurrence : un acteur bénéficiant de la garantie étatique (la poste) , les autres (ubs, cs, banques cantonales…) non; après le sauvetage massif par les pouvoirs publics de ubs (les banques cantonales l’ayant été dans les années 90) , cet argument est désormais vide de sens.

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