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Crépuscule de la presse

Une étude de l’Université de Zurich sonne l’alarme. Des remèdes existent pourtant

Photo de hugovk Photo de hugovk (licence CC)
icone auteur icone calendrier 23 août 2010 icone PDF DP 

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Pas de démocratie vivante sans des médias de qualité. Pour exercer leurs droits politiques, citoyennes et citoyens ont besoin d’informations diversifiées, approfondies et sûres, et d’analyses qui restituent l’actualité dans son contexte. Voilà pour le principe.

Dans les faits, le lecteur, l’auditeur et le téléspectateur critiques observent avec inquiétude et agacement la place toujours plus importante faite à l’information divertissante, anecdotique au détriment des thèmes politiques, économiques et culturels. Priorité aux articles-choc, à l’actualité immédiate, à la personnalisation de l’événement qui suscitent les émotions et place congrue au suivi des dossiers.

Une récente étude de l’Université de Zurich confirme cette observation. De plus elle constate une provincialisation des médias helvétiques, qui ont réduit le nombre de correspondants étrangers, et le caractère lacunaire et superficiel de l’information économique.

En cause le manque de moyens financiers, en partie provoqué par les grands groupes de presse eux-mêmes qui aspirent la manne publicitaire au profit de leurs publications gratuites. Journaux et presse en ligne gratuits, centrés sur l’événementiel, le sport et le divertissement et particulièrement prisés des jeunes, occultent le fait que l’information de qualité et le journalisme d’investigation ont un coût.

L’étude reconnaît que la plupart des journaux suprarégionaux et la radio publique garantissent encore une information diversifiée et de qualité. Mais pour combien de temps? Déjà la presse régionale a succombé aux charmes du scoop insignifiant. L’évolution des médias américains – tirages et taux d’écoute en chute libre, groupes de presse en faillite, grandes villes privées de quotidien – préfigure-t-elle notre proche futur?

En Suisse, la densité médiatique est encore forte. Mais l’audience de la presse écrite s’effrite. cette dernière n’a pas encore pris conscience de la révolution que représente l’Internet; l’accès instantané à l’information permet de se passer d’un support papier et les nouvelles générations rechigneront à débourser le prix d’un abonnement pour un produit accessible tout de suite et gratuitement sur la Toile. Trois quotidiens nouvellement lancés – au Portugal, aux Pays-Bas et en Suède – montrent un issue de secours possible (DP 1838): miser sur la qualité, offrir une valeur ajoutée par rapport au déferlement de l’information fournie par de multiples canaux; des enquêtes approfondies, des reportages originaux, une présentation qui ne craint pas l’esthétique. Le succès de ces trois publications montre que l’intérêt public peut parfois recouper l’intérêt du public.

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Discussion

  • 1
    Jeanprêtre Francine says:

    L’article sur l’état des médias est intéressant. C’est un sujet hautement sensible , tant la médiocrité des journaux actuels interpelle. Ne faudrait-il pas aussi que les jeunes soient formés en classe à la lecture de la presse écrite ? J’ ai été effarée de voir, il y a peu , dans une salle des maîtres, Le Matin et 24 Heures comme seule lecture offerte par le budget de l’ Etablissement(sic). ..

  • De nombreux enseignants (j’en fais partie) se battent à contre-courant de la tendance dominante de notre société du « tout, tout de suite » et du « tout est facile, vous paierez plus tard ». Pas toujours facile, lorsque tout le monde, adultes compris, lit des journaux gratuits et s’en félicite. Pour mes élèves, cela ressort souvent sous la forme de « les enseignants n’aiment pas les journaux gratuits » (comme si nous étions les seuls!).
    Si on attend de l’école seule une résistance à ce phénomène, c’est une forme de démission totale de tous les autres secteurs de la société. L’école est trop seule…

  • Les journaux gratuits sont mauvais, mais les payants ne sont pas beaucoup mieux. Certes il y a beaucoup de bons journalistes, mais ces professionels mal payés et menacés de licenciement à tout bout de champ dans le contexte de marasme économique de la presse, n’ont pas la possibilité d’une pensée indépendante par rapport à la doxa pro européenne voulue par les éditeurs, tout comme par le service public.

    C’est très inquiétant pour la liberté de pensée et la diversité des opinions.

    Pour la presse écrite, il est à noter qu’il s’agit d’un quasi monopole, disons un duopole. A part des exceptions absolument pas significatives, comme le fait que le plus grand collectioneur de T du pays,  – le Dottore Tito Tettamanti – ait récemment investi dans la Basler Zeitung, que la Weltwoche ait été reprise par un journaliste eurosceptique, et le cas très particulier du Nouvelliste, du au micro climat valaisan, on peut dire que le 90% de la presse grand public est contrôlée par deux familles oligarchiques, depuis que la famille Lamunière a vendu Edipresse et que le colonel de Grafenried a vendu la Berner Zeitung. Il ne reste plus que la famille Coninx-Supino (Tamedia) et la famille Ringier. La ligne éditoriale imposée par ces deux éditeurs  duopolistiques ne laisse aucune place à aucune opinion divergente par rapport au conformisme de l’establishment, notamment en matière européenne. Les bonnes soeurs de l’oeuvre de Saint Paul (La Liberté), ne font pas exception.

    Quant à la SSR, depuis la nomination de l’euroturbo Roger de Weck, les inquiétudes les plus graves sont permises quant à l’impartialité de cette institution officielle.

  • Lorsqu’un quotidien ou hebdomadaire dépend de la publicité ou de ses
    financiers pour tourner, il n’est plus indépendant. Point final.

  • À New York, lors d’un banquet, le 25 septembre 1880, le célèbre journaliste John Swinton se fâche quand on propose de boire un toast à la liberté de la presse
    « Il n’existe pas, à ce jour, en Amérique, de presse libre et indépendante. Vous le savez aussi bien que moi. Pas un seul parmi vous n’ose écrire ses opinions honnêtes et vous savez très bien que si vous le faites, elles ne seront pas publiées. On me paye un salaire pour que je ne publie pas mes opinions et nous savons tous que si nous nous aventurions à le faire, nous nous retrouverions à la rue illico. Le travail du journaliste est la destruction de la vérité, le mensonge patent, la perversion des faits et la manipulation de l’opinion au service des Puissances de l’Argent. Nous sommes les outils obéissants des Puissants et des Riches qui tirent les ficelles dans les coulisses. Nos talents, nos facultés et nos vies appartiennent à ces hommes. Nous sommes des prostituées de l’intellect. Tout cela, vous le savez aussi bien que moi ! » (Cité dans : Labor’s Untold Story, de Richard O. Boyer and Herbert M. Morais, NY, 1955/1979.)

    depuis 1880 les choses sont devenues pires pour la presse mais les  choses ont changé : internet !!   il y a plus rien a gagner à mentir car les contributeurs du net sont bénévoles .On a plus de verité sur le net que dans une presse sous influence . Vous pouvez faire toutes les études que vous voulez mais la presse est morte … à moins qu’elle renoue avec la vérité

Les commentaires sont fermés.