Photo Télé-Blocher Le stratège en chef de l’UDC est mécontent. Il croyait en avoir fini avec la question de l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne. Et voilà que le débat semble repartir. Pour évacuer la question, il évoque dans son webcast hebdomadaire le lancement d’une initiative populaire qui interdirait l’adhésion à une organisation portant atteinte partielle ou totale à la souveraineté du pays.
En deux décennies, les ambitions européennes du Conseil fédéral ont connu une décrue constante. En mai 1992, le gouvernement dépose à Bruxelles une demande formelle d’ouverture de négociations en vue d’une adhésion de la Suisse. Le refus populaire de l’accord sur l’Espace économique européen (EEE), en décembre de la même année, refroidit les ardeurs et la demande d’adhésion est gelée. Dans le rapport du Conseil fédéral sur l’Europe publié en 2006, l’adhésion à l’UE, d’objectif stratégique qu’il était jusqu’ici, devient une simple option parmi d’autres.
Mais la complexité des relations bilatérales et la pression croissante de l’Europe pour que la Suisse suive l’évolution du droit européen imposent de reconsidérer nos rapports avec l’Union. Sont évoqués un accord-cadre, une idée caressée par la Suisse mais qui n’enthousiasme pas Bruxelles, une nouvelle tentative d’adhérer à l’EEE et même l’entrée au sein de l’Union.
Qu’Avenir Suisse, la boìte à idées des milieux économiques, se lance sans a priori dans le débat montre que les fronts bougent. Un mouvement que n’apprécient ni l’UDC ni son leader-stratège qui ne se sentent à l’aise que dans la glaciation. Les conservateurs nationalistes n’aiment pas le débat. Détenteurs autoproclamés de certitudes qu’ils croient solides comme le granit de nos Alpes et d’une volonté populaire qu’ils postulent invariable, ils lui préfèrent les slogans et les imprécations. Avec ce projet d’initiative, ils croient pouvoir noyer le dossier européen en constitutionnalisant l’état présent de l’opinion, tel que reflété par le dernier sondage d’Isopublic.
Déjà , la Constitution fédérale soumet déjà l’adhésion à une communauté supranationale au référendum obligatoire (art. 140): constitutionnellement, l’adhésion à l’UE serait donc nécessairement précédée par un vote. Mais notre loi fodamentale est un texte ouvert, susceptible en tout temps d’être modifié: point de verrou qui pérenniserait une situation. Même si l’initiative Blocher était acceptée, elle n’empêcherait pas que le peuple approuve une adhésion ultérieurement en abrogeant simultanément l’interdiction qu’il aurait préalablement décidée. Encore une fois, l’UDC jette de la poudre aux yeux du peuple.





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