Photo de S. Shepherd (licence CC) Le Temps du 24 juillet consacre sa rubrique «Temps fort» à Lance Armstrong, un personnage qui n’illustre que la déchéance du sport infecté par les produits dopants. Non, le temps fort, on le trouve dans le courrier des lecteurs de l’édition du même jour, sous la plume de Ernst Zürcher. Cet ingénieur forestier de Bienne nous explique les causes de l’étiage des rivières helvétiques.
La sécheresse persistante bien sûr. Mais surtout l’utilisation intensive d’engrais de synthèse par l’agriculture. Ces substances détruisent la matière organique des sols et la faune qui y réside. La fertilité des sols en pâtit, tout comme leur capacité à retenir l’eau. Et l’auteur de plaider pour que cesse cette intoxication de la terre dont se sont sevrées, pour leur part, les méthodes agricoles biologiques ou biodynamiques. Les sols cultivés de cette manière regorgent de matière organique capable de stocker un maximum d’eau et de la maintenir pure.
Des propos de rêveur? Le dernier film de Coline Serreau, Solutions locales pour un désordre global, met en scène des pionniers qui appliquent les méthodes prônées par Ernst Zürcher. En Inde, au Brésil, en France, au Burkina Faso, en Ukraine, des cultivateurs ont abandonné les engrais de synthèse et les produits chimiques antiparasitaires, tout en obtenant des rendements satisfaisants. La séquence sur l’analyse comparée de terres cultivées selon les méthodes de l’agriculture moderne et de sols travaillés dans le respect de la matière organique est particulièrement parlante. Les premières sont mortes, compactes comme du ciment; elles ne servent que de substrat aux végétaux qui ne se développent que par l’apport d’engrais chimiques. Les seconds, légers et friables, fourmillent d’organismes qui préparent l’alimentation des cultures.
La raison parle clairement en faveur d’une réforme complète de l’agriculture. Seuls des sols vivants peuvent garantir une agriculture durable. Une qualité à laquelle ne peut prétendre l’agriculture dite moderne qui dépend fortement du pétrole, matière première des engrais de synthèse qui n’est pas inépuisable et dont le prix ne peut qu’augmenter. Contre cette raison, des intérêts à court terme dictent les règles. Les agriculteurs sont pris au piège des semenciers et de l’industrie chimique. Les Etats misent sur les cultures intensives pour doper leurs exportations. Et les agronomes sont formés dans un moule qui relaie ces intérêts; en France, la microbiologie des sols a disparu des plan d’études.
La raréfaction et le renchérissement du pétrole, le besoin accru en terres cultivables et la demande des consommateurs pour des produits alimentaires de qualité suffiront-ils à susciter cette réforme?
En vidéo: Coline Serreau parle de son film





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