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Livre d’Etienne Piguet, Flux migratoires (2) : Bonheurs et malheurs de l’intégration

Avec le temps, l’immigration devient plurielle tout
en se stabilisant, à la barbe d’un retour rapide promis, espéré mais
rarement réalisé. Parallèlement à la présence continue et discrète des
Français, des Allemands et des Autrichiens (13% de tous les immigrés),
Italiens et Espagnols, deux tiers de la population étrangère au début
des années septante, partagent désormais la place avec les Portugais,
les Turcs et les ressortissants d’ex-Yougoslavie. Les Balkans font même
jeu égal avec la Péninsule. Par ailleurs les cadences des migrations se
resserrent. L’Italie a fourni de la main-d’œuvre pendant vingt-cinq
ans, alors que Portugal et ex-Yougoslavie ont livré leurs quotas de
travailleurs en moins de dix. Si l’origine se diversifie, la
destination sur le marché du travail varie peu. Bâtiment, hôtellerie et
agriculture occupaient jusqu’en 1995 neuf saisonniers sur dix. Les
emplois stables, outre les trois secteurs traditionnels, se comptent
également dans les services domestiques, dans l’industrie textile et
dans le domaine de la santé. Les activités techniques et scientifiques,
plutôt marginales, attirent depuis une dizaine d’années davantage
d’étrangers bien qualifiés et friands d’une mobilité accrue.

Tous permis C
Séjours
durables, foisonnement des nationalités, craintes de la population
autochtone, poussent l’intégration, longtemps négligée, sur le devant
de la scène. Etienne Piguet, dans L’Immigration en Suisse depuis 1948
(Seismo, 2005), explore également le degré d’insertion des migrants
dans la société suisse. Il laisse de côté les aspects culturels (modes
de vie, langues, systèmes de valeurs), trop complexes pour les
indicateurs statistiques à sa disposition, parfois fragmentaires.
Tout
d’abord, le permis C se généralise (trois quarts des résidants immigrés
aujourd’hui, contre 25% en 1960). En même temps, la proportion des
étrangers nés en Suisse, la durée de séjour et les naturalisations ont
pris l’ascenseur. Seule exception, les ressortissants des pays
européens voisins, champions d’incursions rapides sur le marché du
travail helvétique.
Plutôt jeunes à leur arrivée, les migrants ont
vieilli au fil des saisons et mis au monde des enfants (plus de 800
000). Les âges des Suisses et des étrangers se sont rapprochés. Même si
les Turcs qui dépassent cinquante ans sont rares, en raison d’une forte
natalité et d’un certain penchant pour la naturalisation. Et les
Nord-Américains affichent plutôt entre trente et quarante ans,
trahissant l’importance de séjours de courte durée. Parallèlement, les
mariages mixtes contribuent au brassage des individus et des
nationalités, surtout pour les groupes culturellement proches des
Suisses. Les Sri Lankais se marient neuf fois sur dix entre eux, les
Italiens choisissent au contraire six fois sur dix un conjoint suisse.

Des formations élémentaires
Quant
au niveau de formation, bien qu’il s’améliore d’une génération à
l’autre, tout autant que la maîtrise de la langue d’accueil, notamment
pour les «secondos» espagnols et italiens, il reste le plus souvent
sommaire pour les ressortissants des régions du sud de l’Europe et de
la planète. Plus grave encore, les élèves turcs, portugais et
d’ex-Yougoslavie, souvent nés en Suisse, souffrent davantage de
difficultés scolaires liées à leurs origines sociales modestes,
alourdies par l’apprentissage problématique du français, de l’allemand
ou de l’italien. Lacune qu’ils partagent avec les Anglo-Saxons, qui
profitent cependant de l’usage diffus de l’anglais en Suisse.
Finalement, peu parmi ceux-là accèdent aux fonctions dirigeantes.
L’emploi non qualifié reste pour la plupart la règle. Tout le contraire
des Européens et des Américains du Nord, riches en diplômes et destinés
aux sommets des hiérarchies et des revenus.
Dans l’ensemble, les
travailleurs immigrés, et surtout leurs descendants, quittent peu à peu
les activités économiques de leurs débuts pour investir l’ensemble des
branches. Mais le mouvement est lent à se dessiner et ne touche pas
tous les groupes de la même manière. Si Italiens et Espagnols s’en
sortent honorablement, désormais embauchés dans les banques et les
assurances, Portugais et ex-Yougoslaves piétinent toujours aux marges
du système productif, victimes d’une ségrégation tenace et des bas
salaires, légués par une scolarisation défaillante.
En conclusion,
des séjours et des statuts stables améliorent les chances d’une
intégration réussie. Mais le temps n’est pas tout puissant. Des
interventions s’imposent toujours. Des cours de langues aux droits
politiques, l’action en faveur de immigrés doit se renforcer et engager
toute la société. md

La naturalisation en question

Devenir
Suisse n’est pas simple, malgré les facilitations introduites au fil du
temps et des combats politiques sur le plan fédéral et cantonal. Or
Etienne Piguet remarque qu’en l’absence de toute naturalisation les
résidents étrangers représenteraient un quart de la population totale
(20% aujourd’hui). Par contre, avec un droit du sol pour les enfants et
une naturalisation automatique après cinq ans de séjour pour tout le
monde, la proportion d’immigrés chuterait à 3%.
Toutefois, c’est
le recours massif à la naturalisation qui a presque effacé des
statistiques les 14 000 réfugiés d’ex-Tchécoslovaquie accueillis en
Suisse à partir de 1968. A l’heure actuelle, leur effectif ne dépasse
guère les 4 000 personnes.

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