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Quand les ouvriers découvrent la dignité

icone auteur icone calendrier 6 mai 2005 icone PDF DP 

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Six mois plus tard, un livre édité par L’Evénement
syndical raconte la grève de Swissmetal à Reconvilier. Quand la
«Boillat» était en grève tente le pari de la fable. Il était une fois
une usine, comme tant d’autres. Mais un matin de novembre 2004, les
ouvriers arrêtent les machines. Ils contestent le renvoi du directeur.
C’est la goutte qui fait déborder le vase. Car André Willemin est un
patron autoritaire, intransigeant. Cependant, il incarne une gestion
proche des hommes et des femmes arrimés aux chaînes de montage.
Or,
depuis l’arrivée de Martin Hellweg à la tête du groupe, génie de la
finance qui piétine la tradition des métallos jurassiens, la situation
se dégrade. Le capital exploite le travail sans vergogne. Le monde
rassurant du boulot bien fait, même payé chichement, s’effrite. Gilbert
Falbriard, ouvrier avec trente-trois ans d’ancienneté, regrette « ?les
petits avantages qui permettaient de compenser un peu nos petits
salaires. On n’a plus d’infirmière d’usine, plus de participation pour
le dentiste, plus d’assurance maladie collective, plus d’essence à
meilleur marché». La compensation du renchérissement part aussi en
fumée. «Je suis dégoûté, révolté» crache Marrucho Lopes, ouvrier, père
de deux enfants, dont l’un est handicapé.
La grève se nourrit
d’écœurement, de rage. Elle nargue la légalité. Sauvage, dit-on, hors
CCT. Les ouvriers s’en moquent. Leur dignité compte davantage. Assortie
d’un attachement suranné à l’usine. Elle reste la Boillat, contre cette
appellation bâtarde : Swissmetal, sans âme ni patrie. Car
l’enracinement à une terre, à une région, vaut bien une opération
financière réussie, voire plus.
Malheureusement, au moment où il
faudrait épouser la passion de la grève, plonger dans le drame avec les
témoins qui s’avancent sur la scène et interpellent les lecteurs, le
livre se dérobe. Il compile la litanie des négociations, des votes et
des séances. Et il égare le conte. «Il était une fois» vire au rapport
administratif. Même s’il cherche à photographier l’émotion du combat,
la peur au ventre, les tripes à nu. Les protagonistes s’effacent
finalement derrière les syndicalistes, les leaders, qui prennent la
parole. Le reportage s’évanouit dans les propos programmatiques,
nécessaires bien sûr, mais à mille lieues du souvenir encore marquant.
Il
traîne, par chance, toujours quelques bribes de vie, entre désespoir et
furie, parfois sexiste. «Une grève, c’est lourd à vivre, c’est un
mélange de crainte, d’espoirs, de doutes. En dix jours, j’ai peu dormi
et la nourriture ne descendait plus, à cause de la tension. J’avais
parfois l’impression que c’était irréel. ( ?) Je n’aurais jamais
imaginé que nous aurions les couilles de faire la grève. Mais c’était
la seule chose qui nous restait pour nous faire entendre.» confesse
David Brawand, après la signature de l’accord avec la direction.
Ensuite les machines reprennent le travail. md

Coll., Quand la «Boillat» était en grève, L’Evénement syndical, 2005.

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