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Marques suisses : Ricola : Le bonheur à sucer

icone auteur icone calendrier 22 avril 2005 icone PDF DP 

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Emil Richterich achète la boulangerie Bleile à
Laufon, près de Bâle, en 1924. Trois générations plus tard, une holding
vend au monde entier les Ricola inventés en 1940 par le grand-père.
C’est un rêve à 230 millions de chiffre d’affaires sur les berges de la
Lauffen, la rivière qui traverse le bourg plutôt voué au ciment et à la
céramique.
La boulangerie aligne une centaine de spécialités. En
tête d’affiche, il y a le célèbre Fünfermocken, une boule à cinq
centimes au goût de caramel et le Hustenwohl, une sucrerie à base
d’herbes contre la toux et le rhume. A partir de 1930, Emil fabrique
les confiseries de son magasin. Il fonde la Richterich & Co.
Laufon, dont les initiales accoucheront trente ans plus tard de
l’acronyme Ricola. Pour l’heure, les bonbons sortent d’une cuisine
chauffée au charbon, équipée de chaudrons, d’une table frigorifique,
d’une presse à vis et de tambours à dragées. Rosa Beck, la femme de
Richterich, forte de son expérience acquise au Café Singer, lieu de
rendez-vous des notables près de la gare de Bâle, traque les goûts de
la bonne société, tandis qu’Emil fait la tournée des clients à vélo.
Les affaires prospèrent. On savoure les confiseries Bleile bien au-delà
de Laufon.

La recette magique
Pour résister à la crise des
années trente – chômage et douceurs ne font pas bon ménage – Emil
mélange treize herbes du cru, en secret. La recette repose dans un
coffre, à l’abri des curieux et des concurrents. Plantain, alchémille,
sureau, guimauve, menthe, thym, sauge, primevère, marrube, pimprenelle,
véronique, mauve, millefeuille et mélisse se marient à gorge déployée.
Le chiffre d’affaires tient bon. Il résiste également à la Deuxième
Guerre mondiale. Les Suisses, malgré la pénurie, achètent les sucres
Ricola avec leurs cartes de rationnement. On les suce et on les dissout
dans l’eau bouillante pour soulager inflammations et angines.

Des bonbons bio et responsables
Aujourd’hui,
il faut un millier de tonnes d’herbes fraîches, cultivées sans
herbicides, pesticides, fongicides ni autres engrais chimiques, pour
produire l’assortiment annuel des produits Ricola, riche d’une gamme de
quarante-cinq variétés de bonbons et de tisanes.
L’artisan du début
se métamorphose en capitaine d’industrie, épaulé par le fils Hans
Peter. La première machine fait son apparition en 1954. Elle préfigure
l’automatisation à venir, soumise cependant au respect quasi religieux
des herbes chères au fondateur de l’entreprise. Ricola fabrique
elle-même les appareils nécessaires à l’extraction des essences. Même
si l’on arrache toujours à la main les mauvaises herbes, dans les deux
cents exploitations agricoles indépendantes qui bénéficient d’un
contrat d’achat ferme de leur production. Et l’on colore les petites
pastilles transparentes avec des jus naturels de betterave, de carotte
ou d’épinard. Le label Bio Suisse est à ce prix.
Tout comme la
responsabilité sociale à l’égard des quatre cents collaborateurs qui
empilent 160 millions d’emballages chaque année est ancrée dans la
conscience collective «de participer au maintien d’une qualité
exemplaire» selon la formule imaginée par le service de presse. Le
grand-père connaissait tous ses employés. De nos jours, des cours de
formation continue ou des contrats de travail sur mesure remplacent le
paternalisme d’antan. Sans oublier le traditionnel pique-nique –
destiné autrefois à la récolte des herbes – qui réunit patron et
salariés le temps d’une journée anachronique où le ciel semble à portée
de main avec une gorge en bonne santé.

Le sucre aux herbes et rien d’autre
Avec
Hans Peter à la barre, le fils d’Emil, Ricola trouve son nom et
concentre sa production. Il réduit l’assortiment aux bonbons et à la
boule au caramel. Le choix porte ses fruits. Désormais, les spécialités
à base d’herbes effacent la diversité disparate d’origine. L’infusion
calme refroidissements et grippes à partir de 1968, alors que la fièvre
contestataire enflamme les continents. C’est aussi l’époque des
premières tentatives d’exportations vers l’Italie. Le succès dans les
kiosques de la péninsule entraîne Ricola au Luxembourg, en Allemagne et
en France, avant de s’envoler à la conquête des Etats-Unis et du Japon.
Cinquante pays sucent maintenant huit bonbons sur dix sortis de l’usine
de Laufon. Emil applaudit et meurt en 1973, fier du travail accompli.
Avec
les années nonante et le petit-fils Felix, Ricola regroupe les sociétés
indépendantes qui la composent en une holding dont les actions
appartiennent à la famille Richterich. Sur la lancée, elle ravit en
1992 Disch à Nestlé, neutralisant ainsi un concurrent séculaire, et
s’établit durablement en Asie via une filiale basée à Singapour depuis
1994. Si la recette reste la même, elle se décline de manière
différente, voire exclusive, selon les goûts des marchés et des pays.
Elle est à la fois multiforme et globalisée. En un mot, cosmopolite.
Comme la beauté des bâtiments de la société – exaltée par le génie des
architectes Herzog et de Meuron qui détournent volontiers les Ricola en
pâte à modeler – et le mécénat artistique – nourri par la Fondation
Emil et Rosa Richterich-Beck.

www.ricola.ch

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