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Web : Wikipédia : L’église du savoir

icone auteur icone calendrier 29 avril 2005 icone PDF DP 

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Au début, il y a eu Wiki. Ensuite, Wikipédia, l’encyclopédie en ligne, a séduit les cerveaux du monde entier (une trentaine de Suisses y collaborent à ce jour). Depuis l’automne 2004, un million d’entrées – cent mille en français – se bousculent en une centaine d’idiomes dont l’espéranto (23 000 articles), le romanche (68) et le suisse alémanique (474), en une holding de connaissances multilingues. Wikipédia fait mieux que Britannica, la référence dans la branche, qui compte à peine huitante mille occurrences, largement compensées par leur indiscutable qualité scientifique. Professeurs et experts côtoient amateurs et étudiants. Ils inondent le site de définitions en se corrigeant mutuellement dans un happening infini où le meilleur et le pire se croisent allégrement.

Le réseau utopique
Le mot Wiki signifie rapide en hawaïen. Ward Cunningham, créateur du système Wiki en 1995, a choisi ce terme pour désigner le premier site utilisant ce principe, le WikiWikiWeb. L’idée est simple : une communauté – des forcenés du web surtout, à mille lieues de l’usager type qui se contente de consulter l’encyclopédie – façonne un contenu. Concrètement, n’importe qui a la possibilité de transformer la page qu’il est en train de lire. Les modifications sont ensuite enregistrées et toutes les versions restent accessibles. Un auteur rédige un article, un second le complète, puis un troisième, un quatrième, autant que l’on voudra, rectifient les erreurs repérées. ‚a va vite et ça change en temps réel, seconde après seconde.
Jimmy Wales – un milliardaire spéculateur en devises, amoureux d’Internet et philanthrope dans l’âme – a lancé l’encyclopédie en 2001 en investissant cinq cent mille dollars. Depuis, c’est la ruée. On s’inscrit, avec mot de passe et pseudonyme, et l’on passe à l’écran. C’est gratuit et ça ne rapporte rien, ou alors un peu d’amour-propre. Voilà pourquoi les appels de fonds se succèdent. Et les dons affluent, grands et petits, pour alimenter un budget annuel d’un demi-million de dollars (2005) destiné essentiellement à augmenter la puissance des serveurs, déjà à la peine en raison des sollicitations incessantes.
Les plus assidus se connectent quotidiennement dans un flux intarissable d’érudition. Ils livrent du nouveau ou révisent l’existant. Pour chaque domaine défilent son état actuel, l’historique – contribution par contribution avec dates et signatures – et un forum où les internautes s’apostrophent mutuellement. On discute les sources ou le développement d’un sujet. Les anglophones ont inventé une bourse aux savoirs. On échange ainsi articles et connaissances en investissant des économies fictives. Un exposé sur l’armée suisse vaut dix wikicrédits ou wikimonnaies qui financent une dissertation sur la vie et les miracles du pape Benoît XV.
Si le blog magnifie l’individu plongé dans la fièvre de la toile en quête de reconnaissance, Wikipédia jaillit de l’exubérance d’un groupe d’anonymes. Chacun peut intervenir, modifier, parasiter, copier, reproduire la matière en ligne. C’est le règne du copyleft. L’absence de propriété.

La gestion de la liberté
L’anarchie apparente passe cependant par une organisation efficace. Une fondation enregistrée en Floride, Wikimedia, coiffe l’encyclopédie et d’autres initiatives telles qu’une banque d’images libres de droits, un dictionnaire ou une agence de presse. En 2003, elle a hérité la totalité des noms de domaine et des copyrights qui appartenaient auparavant à Bomis Inc., la société de Jimmy Wales à l’origine des projets Wiki.
Un conseil d’administration, désigné en partie par le fondateur et en partie par les utilisateurs, qui votent à coups de souris, nourrit son métabolisme à la fois despotique et démocratique. La fondation s’engage à promouvoir le savoir libre et à le distribuer publiquement et gratuitement. Elle veille sur l’encyclopédie, sur ses succursales linguistiques, et, surtout, sur sa neutralité – de la science plutôt que de la politique, non sans une bonne dose de naïveté – sans en prendre en revanche les commandes. Personne ne dirige Wikipédia, malgré la présence gargantuesque du père, dit Jimbo, son pape plus que symbolique qui laisse planer son autorité éclairée sur la communauté. L’église du savoir accueille tout le monde. Elle s’autogère dans le va-et-vient des connexions. Il suffit de respecter quelques règles de rédaction, clairement affichées, et le tour est joué. Toutefois certains participants ont davantage de pouvoir : ce sont les administrateurs, environs quatre cent pour l’ensemble des versions. Les candidats font campagne sur le site et les autres usagers expriment leur préférence en ligne. Ces fonctionnaires d’un type nouveau ont droit de vie ou de mort sur les pages éditées, voire sur les autres «contributeurs», quand les Wikipédiens le réclament, avec des arguments soumis à l’approbation collective. En cas de conflit, un comité d’arbitrage tranche définitivement. Tout abus peut déboucher sur la mise au ban. Car on ne plaisante pas avec le rêve de liberté et de communion des sciences. Pour le bonheur de Diderot et D’Alembert, et leur descendance électronique. md

en.wikipedia.org/wiki (anglais)
fr.wikipedia.org/wiki (français)
als.wikipedia.org/wiki (suisse alémanique)
rm.wikipedia.org/wiki (romanche)
eo.wikipedia.org/wiki (espéranto)

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