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Après l’école obligatoire : La longue marche vers un emploi

Les jeunes du nouveau millénaire étudient davantage que leurs parents. Leur parcours zigzague entre la prolifération des formations, la contrainte ou l’envie de retarder la première embauche et un marché du travail instable et exigeant. Les écoles confectionnent moins qu’avant des travailleurs prêts à l’emploi et les inégalités de chances ont la peau dure. Elles agissent dans les interstices du système éducatif, elles profitent des passages d’un niveau à l’autre ou rejaillissent au seuil d’un engagement.
Un rapport de l’Ufficio studi e ricerche, rattaché au Département de l’instruction publique du canton du Tessin, esquisse les résultats d’une enquête longitudinale pistant l’évolution des parcours scolaires et professionnels des jeunes Tessinois après l’école obligatoire. Le projet, qui a démarré en 1992, devait durer cinq ans. Un rapport, publié en 1999 – Volevi veramente diventare quello che sei ? (Voulais-tu vraiment devenir celui que tu es ?) – retrace les péripéties de 1 400 adolescents entre quinze et vingt ans. En 2002, face à la richesse des données assemblées, les chercheurs décident de questionner une nouvelle fois leur échantillon. Un travail de bénédictins leur permet de retrouver un millier de jeunes et de renouer le fil perdu de leurs itinéraires. Giovani a tutti i costi ! (Jeunes à tout prix !) reprend le récit là où il s’était arrêté en 1997.

Ce n’est qu’un au revoir
La première phase de l’étude découvre que tout commence à la fin de l’école obligatoire. Surtout au Tessin où l’hétérogénéité des classes freine la sélection. L’heure des choix s’éloigne. On se tâte. Un stage par-ci, une semaine de sensibilisation par-là, un séjour linguistique, parfois une pause de réflexion jalonnent la sortie du collège (scuola media). Une année de gymnase ou un début d’apprentissage n’excluent pas de revirements ultérieurs. Les destins professionnels se fragmentent. Ils perdent en cohérence. Ils ne durent pas toute une vie. On pourra changer de métier ou retourner en classe. Bref, les jeunes préfèrent attendre, ne pas fermer de portes, écumer les opportunités. La formation de base marque une étape du cheminement, non pas son aboutissement.
En revanche, la mobilité peut désorienter. Tout le monde n’arrive pas à saisir sa chanche. La compétitivité, la flexibilité, l’innovation, en dépit de leur diktat incantatoire, font beaucoup de victimes. L’échec scolaire vire facilement au chômage. Dix pour cent des jeunes, voire le double quand les embarras s’accumulent (nationalité, couche sociale, sexe), finissent sur les bas-côtés du marché du travail. Le risque de gaspiller cerveaux et compétences, formés à grands frais mais snobés par le système productif, aggrave la situation. Les nouveaux chômeurs croulent sous les diplômes. Malheureusement inutiles.
C’est pourquoi les chercheurs nuancent les bienfaits de la formation quand elle est coupée de l’intégration sociale et professionnelle des adolescents. Et se demandent, non sans ironie, s’ils deviendront adultes un jour dans un monde qui retarde à loisir les échéances et les repousse dans les limbes d’une jeunesse sans prix.

L’école infinie
Le deuxième volet de la recherche retrouve un peu plus de neuf cents jeunes. Un sur cinq fréquente toujours les bancs d’école dix après la fin du cycle obligatoire. Les certificats s’empilent souvent jusqu’au diplôme universitaire. Mais bon nombre des jeunes interrogés fréquente volontiers plusieurs filières de même niveau sans souci hiérarchique. Le parcours horizontal échappe à la logique verticale du système éducatif et prolonge à son tour la durée de formation, trois à quatre ans de plus en une seule génération.
Mario Donati, le responsable de l’enquête, remarque en revanche que la mobilité sociale semble grippée. Un bon titre n’ouvre pas, comme par le passé, les portes d’un bon poste avec un bon salaire. Le poids des inégalités reste écrasant. L’origine sociale continue de jeter son ombre sur l’école et gâte l’accès au monde du travail. A ce stade de l’étude, deux élèves sur dix de bonne famille ont déjà une licence universitaire. Et cinq sont sur le point de l’obtenir. Par contre, même pas un sur dix de conditions modestes n’est rentré à l’université, six se sont «arrêtés» au secondaire II (gymnase, apprentissages, etc.) et les autres se partagent entre des titres variés (maturités professionnelles, perfectionnements, HES, etc.) ou rien du tout. La sélection intervient certes plus tard – surtout dans les transitions vers les degrés post-obligatoires et lors des premiers contrats – mais elle défavorise obstinément les plus démunis.
Ainsi, l’influence de l’école obligatoire sur le futur des élèves s’essouffle renforçant la discrimination du milieu social. Les relations personnelles dans la branche visée ou la possibilité d’expérimenter des voies différentes sans la contrainte d’un revenu comptent autant qu’un diplôme pour décrocher un emploi. La démocratisation des études n’a pas démocratisé, aussi profondément qu’espéré, le travail, et par conséquent la société. De plus, la croissance spectaculaire des formations de base pourrait subir un coup d’arrêt. Mario Donati ne croit pas à son expansion infinie. L’inversion de tendance, certes douloureuse, pourrait néanmoins stimuler une floraison d’apprentissages jusqu’à la retraite et même au-delà, au lieu de s’accumuler avant la vie active. md

Mario Donati, Volevi veramente divenatre quello che sei.
La formazione dei giovani dopo la scuola media.
Ufficio studi e ricerche, DECS, Bellinzona, 1999.

Mario Donati, Giovani a tutti i costi, Bellinzona, 2005. www.ti.ch/decs/ds/USR/approfondimenti

L’étude TREE, Parcours vers les formations post-obligatoires.
OFS, Neuchâtel, 2003, (cf. DP n° 1605), soulignait également
l’importance de l’origine sociale sur la réussite scolaire une fois
quittée l’école obligatoire.

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