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Journées cinématographiques : Soleure, la glace et le feu

Marco Danesi
4 février 2005
DP 
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Soudain, Alain Tanner crève l’écran. Pour fêter son quarantième anniversaire, les Journées cinématographiques de Soleure ont fouillé dans les archives des trois chaînes nationales. Avant chaque projection, de courts extraits d’émissions oubliées projettent des petites histoires d’un âge d’or révolu. Tanner avoue qu’il ne gagne pas d’argent avec ses films. Même si La Salamandre (1972) fait un tabac.

De rares bailleurs de fonds
Trente ans plus tard, télévision et Confédération, épaulées bien souvent par l’Union européenne (au moyen du programme Media d’aide à la diffusion, par exemple), assurent désormais la survie du cinéma suisse. SRG SSR Idée suisse exhibe fièrement le catalogue des coproductions (près de six millions pour la DRS, quatre pour la TSR et presque deux et demi dépensés par la TSI l’année passée). Berne, de son côté, vient de distribuer vingt-deux millions de francs en 2004. Sensible aux équilibres régionaux, à l’écoute des appels francophones, elle renforce cette année son engagement en faveur du cinéma latin. Huit cent mille francs de plus annoncés à Soleure. Les professionnels romands s’en réjouissent, ils en toucheront six cent mille. Morts de peur à l’idée que Zurich monopolise à jamais le marché (5,4% sur l’ensemble des films diffusés en Suisse contre 1,9% pour les productions romandes) via une nouvelle fondation dotée de huit cent mille francs annuels, avec un vote populaire à la clé.
Suissimage, qui défend les intérêts et les droits de la branche, propose à son tour des avances sur recettes à une dizaine d’œuvres avec des montants de trente à deux cent cinquante mille francs. Chaque franc payé au guichet des cinémas suisses rapporte ainsi dix centimes à la fondation qui les redistribue aux auteurs indigènes.

Beaucoup de projets
A la rareté des sources de financement répond l’abondance des produits. Il suffit de parcourir les kilomètres d’affiches placardées partout à Soleure pour découvrir une foule de labels et de sociétés, durables ou éphémères, tournant chaque année cent à deux cents pellicules tous genres et métrages confondus. Si un film s’appuie encore très souvent sur une structure de production spécifique, il est vrai aussi que depuis l’époque héroïque des nouvelles vagues dans les années soixante et septante, les maisons se multiplient, se professionnalisent et gagnent en influence et légitimité (cf. encadré). Toutes se battent pour décrocher les financements nécessaires, contenter les cinéastes qui rêvent d’un nom au générique et garantir une distribution brisant l’intimité régionale et l’isolement international des cinéastes suisses – les coproductions avec l’étranger deviennent monnaie courante. Quitte à satisfaire les commandes en films publicitaires, promotionnels ou d’information. Elles se paient bien et offrent des expériences formatrices.
Dans le gel de Soleure, un film suisse ne rapporte toujours pas d’argent, ou si rarement, et il reste cher. Comme Alain Tanner autrefois, les nouvelles générations le savent et s’en moquent. Assouvir le feu du septième art, voilà ce qui compte. Sans perdre de vue le travail anonyme et les combats quotidiens, entre administration, relations humaines, obstacles syndicaux et logistiques, pour réaliser un film. md

Les producteurs à la rescousse

Reinventée sur les cendres d’un collectif d’artistes en 1994 par Samir, pape de la scène cinématographique zurichoise, Dschoint Ventschr totalise trois à quatre films par an depuis une dizaine d’années, interculturalité et formes nouvelles en point de mire. Maximage, née en 1997 de l’association de Brigitte Hofer et Cornelia Seitler, met sur le marché fictions et documentaires dont Gambling, Gods and LSD de Peter Mettler qui a remporté en 2003 le Grand prix du jury du festival Visions du réel à Nyon. Zodiac Pictures, basée à Lucerne, profite pour l’heure du succès de Achtung, Fertig, Charlie ! Parmi les plus anciens, Ruth Waldburger et Vega Film zigzaguent entre opérations multinationales (Les Choristes) et cinéma d’auteur (Godard, en tête). Lang Film, lancée en 1980, milite depuis toujours aux côtés de Fredi M. Murer, Claude Goretta, Jean- François Amiguet, Christoph Schaub ou Markus Imhoof. T&C Film de Marcel Hoehn, trente ans d’activité déjà, a suivi d’un bout à l’autre la carrière de Daniel Schmid. Et Carac Film à Berne, où Theres Scherer-Kollbrunner en quinze ans a développé coproductions internationales, films pour la télé et un succès suisse (Novembre de Luki Frieden en 2003).
En Suisse romande, CAB productions aligne depuis vingt ans sous la direction de Jean-Louis Porchet et Gérard Ruey les œuvres de qualité marquées par le goût du compagnonnage (Alain Tanner et Dominique de Rivaz) et de la découverte (Tout un hiver sans feu gagnant du prix du cinéma suisse 2005). PCT Cinema de Pierre-André Thiébaud, champion des coproductions, a décroché la timbale avec Azzuro et Grossesse nerveuse de Denis Rabaglia. Saga Production de Robert Boner assure la relève avec Lionel Baier (Garçon stupide, 2004), Jean-Sthépane Bron (Le Génie Helvétique, 2003) et Ursula Meier (Pas les flics, pas les noirs, pas les blancs, 2001). Toute fraîche, même pas une année de vie, Box Productions de Thierry Spicher, ancien directeur du Théâtre Arsenic de Lausanne, s’attelle déjà au prochain long-métrage de Jean-Stéphane Bron.
Au Tessin, Amka Films Productions aux ordres de Tiziana Soudani tourne son regard vers l’étranger et l’Afrique en particulier. Promised Land, chassé-croisé à Hollywood de Michael Beltrami, a participé à la compétition du dernier Festival de Locarno. md

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