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Union suisse des paysans : La peur de disparaître

Luzius Wasescha, ambassadeur de la Suisse auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), mise sur l’AOC, l’appellation d’origine contrôlée. Il vend les bienfaits des produits de niche à l’assemblée de l’Union suisse des paysans. Uniterre, l’autre syndicat dissident et contestataire, lui préfère José Bové, martyr mondialisé de la souveraineté alimentaire. Se faire petit et rusé face aux géants, suggère le commis du Conseil fédéral. L’ouverture des marchés menace, le drame aussi. Les frontières vacillent. La Suisse importe quatre carottes sur dix. Il est inutile de défier les Goliath de l’agroalimentaire sur leur terrain. Les David suisses doivent se diversifier, soigner la qualité et chérir les consommateurs. Promouvoir fruits et légumes du terroir, bio et de saison, à des prix flatteurs.
L’ambassadeur devine le ressentiment des délégués. C’est un peu le loup dans la bergerie. Il le sait. Il pèse ses mots lorsqu’il blâme les paysans hostiles aux négociations en cours. Un référendum contre les accords à venir isolerait la Suisse. Il agite le spectre de la voie bilatérale, marchander avec chaque partenaire des arrangements spécifiques, payés cher et sans véritable contrepartie. La salle mord sa langue. Taciturne, l’angoisse au ventre.
Diplomate, Luzius Wasescha rassure les paysans endimanchés. Le gouvernement soutient l’agriculture suisse. Avec toutes ses forces et quelques alliés (le groupe du G10 dont font partie le Liechstenstein, le Japon, la Corée du Sud, la Bulgarie, Taïwan, l’Islande, Isra‘l, la Norvège et l’Ile Maurice), même si Joseph Deiss n’oublie pas l’état des caisses fédérales et les sommations d’economiesuissse. La multifonctionnalité reste un mot magique (green box en anglais). L’exception intouchable au milieu d’intérêts commerciaux faméliques et de clientèles nationales armées jusqu’aux dents. C’est la version paysanne du réduit militaire. Tant qu’il résiste, tout n’est pas perdu, malgré l’abandon des subventions à l’exportation et la réduction forcée des droits de douane jusqu’à leur suppression, un jour.

L’orgueil de la terre
Assignés au Kursaal de Berne écrasée d’une brume grasse, les paysans suisses «proches de nous»- 65 000 exploitations en activité – dégainent leur fierté. Toujours prêts à se sacrifier pour leur terre et leur patrie, ils repoussent les attaques dont ils sont victimes. Hansjörg Walter, président rugueux de l’USP, se révolte avec modération. Il censure les donneurs de leçon, sinon les pourfendeurs du monde paysan. L’agriculture suisse se renouvelle dans la douleur. Pris «en sandwich» entre les marchés et l’écologie, les paysans doivent se métamorphoser en entrepreneurs combatifs, compétitifs et compétents – parole de Christoph Blocher. Assez pleurniché, au boulot. Cultiver des patates sans oublier business plan et marketing.
L’assistance fait la moue. Des hommes, peu de femmes, s’interrogent en silence. Ils compulsent les lignes directrices formulées par la direction. Ils tourmentent le programme d’action 2005. Ils hésitent. Le pragmatisme un peu morne sent le compromis, sinon la capitulation. Les engagements pris à l’OMC, remis en jeu à Hong Kong l’an prochain, pourraient anéantir les paysans. Jusqu’à deux milliards et demi de francs de recettes en moins. On tremble quand on sait que lait, céréales et viande dégagent un revenu de trois milliards de francs chaque année.
Alors non. Yves Pelleaux, président de Prométerre (Association vaudoise de promotion des métiers de la terre), se précipite à la tribune. Chaque pays doit nourrir sa population. L’économie de guerre contre la tyrannie de la globalisation. Vive les labels suisses. Assez du va-et-vient insensé des marchandises au profit des superpuissances agricoles : libérales à l’étranger, protectionnistes à la maison. «Doha» (cycle de négociation de l’OMC consacré à l’agriculture, aux produits industriels et aux services) va décimer les paysans du monde entier, Suisses compris. Sans parler des bilatérales qui pillent déjà le secteur. Le deuil des contingents laitiers commence à peine. Emu, il réclame des mesures d’accompagnements pour les exploitations en sursis, en deux mots de l’argent pour garantir le niveau des prix. A défaut, c’est le référendum. «On peut endurer quelques années de pluie, mais pas de longues périodes de grêle» craque un éleveur lucernois, vraiment fâché.

La démagogie bon marché
Hanjörg Walter console ses troupes. L’USP souhaite également une solution équilibrée. En revanche, il refuse l’affrontement. Persuasion et consensus, voilà la méthode. John Dupraz, conseiller national radical genevois et vice-président, promet d’en découdre si les résultats des négociations sont insatisfaisants. Pour l’heure, il vaut mieux soutenir l’effort du Conseil fédéral. Sans faire de vagues. A trop crier au loup, les consommateurs risquent de perdre patience. Les paysans doivent soigner leur image et courtiser la sympathie des citoyens.
Alors on vote à l’unanimité, par défaut, parce qu’il est midi, charte, programme, organigramme et résolution adressée aux sept sages contre les coupes budgétaires, au nom d’une agriculture polyvalente affranchie des diktats de l’OMC et de l’Union européenne. Quitte à se faire plaisir avec Max Binder, président du Conseil national UDC et paysan lambda, qui réclame et obtient que l’USP s’oppose à l’abrogation de l’impôt douanier sur les carburants qui rapporte aux agriculteurs soixante millions par an. L’amour-haine de l’Etat, dont on déplore les contraintes (taxes, lois, directives, contrôles) en encaissant paiements directs et subventions, court toujours.

www.bauernverband.ch/fr
www.prometerre.ch – www.uniterre.ch

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