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Le voile intégral cache surtout l’hypocrisie des partisans de son interdiction

Pour prendre un peu de recul sur la polémique du moment

Photo de Fabbio Venni
Photo de Fabbio Venni (licence CC)

Comment imposer à l’agenda politique un phénomène marginal? Et comment créer un véritable problème en voulant réglementer ce phénomène? Après l’interdiction des minarets, passons à celle du voile intégral.

Le scénario fonctionne: attiser la crainte fantasmatique d’une partie de l’opinion publique pour se prévaloir de prendre au sérieux cette crainte, sans souci aucun de l’impact réel des solutions proposées. Le seul intérêt d’un débat malencontreusement surexposé par les médias? Dévoiler les faux culs de la droite nationaliste et démocrate-chrétienne, soudain préoccupés de protéger les droits des femmes. Et mettre en lumière le peu de cas que font certain(e)s progressistes des droits fondamentaux.

Deux historiennes alémaniques (NZZ, 12 mai) rappellent à juste titre que la défense des libertés ne passe pas en priorité par des interdictions, mais implique d’abord des mesures qui permettent aux femmes d’exercer leurs droits. Par exemple la poursuite pénale systématique des violences faites aux femmes, la création et le financement de services d’appui aux migrantes exploitées sexuellement ou économiquement, la reconnaissance d’un droit d’asile indépendant de l’état civil pour les femmes étrangères victimes de violence, la non-discrimination des femmes voilées en matière de formation et d’emploi. Sur tous ces dossiers, les soudains défenseurs de la dignité des femmes se sont tus ou ont manifesté une farouche opposition.

L’appui de féministes et de progressistes à une interdiction du voile intégral est plus surprenant. Comment justifier une telle interdiction au nom de la défense des droits fondamentaux, alors que cette interdiction nierait le libre choix des femmes? Ces militants des droits de la femme ne voient-ils pas l’illogisme de leur attitude, une attitude qui par ailleurs conforte des milieux viscéralement anti-égalitaires?

Mieux que d’autres pays à structure politique centralisée, la Suisse a jusqu’à présent géré de manière pragmatique des comportements minoritaires, non conformes aux usages. Par le dialogue au sein de l’établissement scolaire et sur le lieu de travail, le cas échéant par des solutions au cas par cas, par des compromis. Et non par des règles générales et abstraites issues de débats sans fondements dans la réalité et porteuses de conflits plus que de solutions. Elle n’a aucune raison de s’écarter de ce chemin.

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Discussion

  • 1
    Claudia Cotting

    Cher monsieur,

    Je désapprouve votre vision de la problématique. Une personne masquée sur la voie publique représente un doute pour le citoyen. Qui se cache sous ce masque? Femme, homme, voyou, bandit de grand chemin…? Vous ne le savez pas plus que moi. Cette situation induit la crainte et le rejet. Je pense que l’interdiction des capuches, cagoules et autres masques du visage serait un bienfait pour la société. Ne soyons pas plus tendre que nos voisins et ayons le courage d’imposer un « dress-code » chez nous.

    PS: Les faux-culs n’ont pas de couleur politique!

  • D’accord pour ne pas hurler avec les loups (gris). Ce combat anti-voile dissimule souvent des opinions xénophobes. De plus, l’interdiction du voile pour les femmes favoriserait la pousse de la barbe chez… certains hommes.

  • 3
    Mireille Bandelier

    (Juste en préambule: dans la liste des mesures à mettre en vigueur en faveur des femmes, il faudrait toujours retaper sur le clou de la différence des salaires entre homme et femme!).

    Je tenais à apporter ma contribution à cette histoire de voile (intégral ou pas!).

    J’ai vécu à Renens pendant plus de 20 ans (je suis revenue au Jura en 2006) et me suis beaucoup investie dans les relations avec et entre les communautés. Parmi les femmes d’origine étrangère, j’avais beaucoup d’amitié pour une femme turque qui ne sortait pas sans son foulard. Mère de deux filles, elle a osé demander le divorce (elle avait été vendue par son père en contre-partie d’une dette!). Pleine d’énergie et de courage, elle a toujours décidé que l’avenir de ses filles était important et qu’elles avaient droit aux mêmes chances que les garçons. Elle les élevait en conséquence. Mais voilà, pour ce qui était du port de son foulard, elle n’arrivait PAS ENCORE à s’en passer! Elle attendait simplement que sa décision ait mûri.

    Peut-être l’a-t-elle aujourd’hui abandonné. Quoi qu’il en soit, elle reconnaissait elle-même que, rationnellemnent, elle ne disposait d’aucun argument en faveur ce couvre-chef. Simplement, elle aurait eu, à titre purement PERSONNEL, l’impression de se promener à moitié nue.

    J’ai toujours été touchée par ce témoignage qui démontre à quel point des prises de position dites démocratiques peuvent équivaloir à des actes de violence pures et simples.

  • En réaction aux propos de Claudia Cotting, on est d’accord pour dire que la grande majorité de la population et des musulmans aussi s’opposent à la burqa, horreur vestimentaire avouons-le, qui n’a rien à voir avec les préceptes de l’islam, donc qui n’a aucune justification religieuse selon le Coran.

    Par contre, légiférer ou pire faire voter le peuple sur l’interdiction de la burqa serait interprété comme une stigmatisation supplémentaire (après l’interdiction aberrante des minarets en Suisse) envers la communauté musulmane, ce qui serait parfaitement contre-productif.

    Si les quelques femmes résidentes en Suisse portent la burqa (à ne pas confondre avec le niqab « moins intégral ») constituent véritablement un problème avéré pour l’ordre public, alors on peut très bien envisager de modifier la loi existante (cantonale?) interdisant le port d’un masque ou de cagoule dans le but de dissimuler son identité afin de l’adapter aux femmes qui portent la burqa.

    Mais refusons résolument de faire le jeu des incendiaires de l’UDC qui jouent sur les peurs irrationnelles de la population et en font leur fonds de commerce électoral.

  • Personnellement j’ai voté OUI à l’interdiction des minarets et il m’a semblé que l’acceptation de cette initiative était un signal politique réjouissant, qui empêchera la Suisse de dériver vers une société multiculturelle donc multiconflictuelle, comme l’Angleterre et la France.

    Je note que l’interdiction des minarets ne remet nullement en cause la liberté religieuse, car elle ne restreint pas le libre exercice du culte, mais seulement l’expression publique d’un symbole de conquête, politique et non cultuel, étranger à notre culture.

    Les minarets étant interdits, l’essentiel est sauf et la question du voile me paraît secondaire. Il ne faut pas s’exciter, sinon on arrivera vite à interdire aux femmes de porter un foulard pour aller à la messe, ou on interdira aux religieuses le port de l’habit religieux, aux prêtres la soutane, etc.

    Il suffirait d’interdire les déguisements cachant entièrement le visage, qu’il s’agisse de capuche, capuchons, cagoules, ou autres, en évitant de faire apoparaître cela comme une brimade dirigée contre les femmes comme la dame turque dont nous parle Mme Bandelier.

    Pour cela, sauf erreur, les réglements de police existant suffisent.

    Je trouve choquante la surexcitation française et belge, imposant des brimades aux individus par laïcardisme purulent.En ce qui concerne l’actuelle majorité au pouvoir en France, c’est même pour des raisons purement électoralistes et démagogiques.

    Venant de ces pays, ce comportement leur interdira au moins de nous donner des leçons sur notre décision démocratique et raisonnable d’interdire les minarets.

  • Il est piquant de voir ceux qui ont contribué à répandre une hystérie antimusulmane venir stigmatiser « la surexcitation française et belge » (surtout quand on repense à certaines affiches, certains arguments, certains emportements…).

    Les règlements de construction réglaient la question des minarets tout aussi bien que les règlements de police règlent celle des visages cachés. D’autre part, il ne se cache pas plus de religion sous le voile intégral que dans les minarets…. et même plutôt moins!

    Le toupet de certains donneurs de leçons est tout simplement extraordinaire.

  • Apparemment les règlements de construction ne suffisaient pas pour empêcher la construction de minarets par des groupes extrémistes comme les loups gris, puisqu’un tribunal a eu le toupet d’ordonner la construction d’un minaret à Wangen près d’Olten, qui n’avait pas été permise par décision municipale et malgré une pétition de 90% des habitants.

  • C’est bien de cela qu’il s’agit : UN minaret et DIX burqas… On ne discute et légifère plus sur l’intérêt général, mais sur des cas très particuliers.

    Au-delà de ceux-ci, les règlements actuels suffisent.

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