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Congrès du Parti socialiste : La solidarité sans paroles

icone auteur icone calendrier 29 octobre 2004 icone PDF DP 

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La longue marche du Parti socialiste continue. A
Naters (7 834 habitants dont 20% d’étrangers et 19% de retraités),
faubourg à l’ombre de Brigue, le peuple de gauche, à défaut de grand
timonier et de vision messianique, étale sa vitalité désordonnée. Peter
Bodenmann veut l’Europe. Le réalisme d’accord, mais il faudrait adhérer
avant la Turquie. La tentation de lui faire un triomphe saisit la salle
du Zentrum Missione. Tout de suite étouffée par le front syndical qui
brandit la sous-enchère salariale et le démantèlement du service
public. Micheline Calmy-Rey, consensuelle, collégiale, femme d’Etat,
apaise la fronde entre les deux camps. On adopte la résolution du
comité directeur. D’abord Schengen/Dublin, ensuite place aux
négociations avec l’Union. «Une Suisse sociale dans une Europe sociale»
manifeste une banderole gigantesque. La contradiction ébranle la base.
L’UE évoque à la fois le bien et le mal, le diable et l’eau bénite, le
baldaquin et l’épée de Damoclès. Elle réjouit et effraie le cœur
cosmopolite du militant. Elle remplit à merveille le rôle de bouc
émissaire et d’argument ultime. Pas de croissance économique durable en
dehors de l’intégration, démontrent agacés les pragmatiques ;
liquidation néo-libérale des droits des travailleurs sur l’autel de la
compétitivité communautaire, accusent les gauchistes de la gauche. La
solidarité a besoin de l’Europe ou doit-elle la craindre ? Pour
l’heure, les bilatérales suffisent à la peine du Parti, même si elles
semblent à la botte de la droite.

Harmoniser ou cantonaliser
La
réélection de Hans-Jürg Fehr, à la barbe des procédures et dans une
pagaille indisciplinée, rassemble un temps le Congrès. Une fois les
mondanités statutaires terminées, la réforme de la péréquation (RPT)
rallume la dispute. Oubliée l’hésitation entre opposition et
gouvernement, les socialistes s’empêtrent dans le fédéralisme démodé du
pays, ennemi du «social» tant aimé. Stéphane Rossini, conseiller
national valaisan et professeur multiple, maudit un projet de droite
qui va exaspérer les inégalités. Grave et sérieux, il exhorte les
camarades à refuser le hold-up des riches. Car la justice sociale doit
miser sur la solidarité fiscale, cantonale surtout.
Ralph Lewin,
conseiller d’Etat de Bâle-Ville, salue en revanche l’équilibre promis,
bien au-delà du gain comptabilisé par son canton. Une analyse
dépassionnée, un rien scolaire, des pertes et profits absout la
péréquation. Elle ménage le centre et la périphérie. Et puis, il n’est
pas question de jouer le jeu de Zoug et de l’UDC.
Soudain, le Parti
se presse à la tribune. Le vacarme couvre la dialectique. Ursula Wyss,
vice-présidente, se fâche. Pierre-Alain Gentil, conseiller aux Etats
jurassien, sourit quand il dénonce un fédéralisme financier digne du
xixe siècle. Le président des socialistes grisons imagine le fracas
schizophrénique de vingt-six trésors cantonaux souverains. Jost Gross
(Thurgovie) se demande affligé si un peu de monnaie vaut l’âme sociale
du Parti. Il y a bien des Uranais et des Soleurois pour revendiquer une
approche raisonnable. L’histoire du PS se méfie d’une contestation sans
lendemain. L’avancée progressive, pas à pas, voilà la méthode. Surtout
quand rien de mieux ne pointe à l’horizon. Michel Beguelin, conseiller
aux Etats vaudois, balaie la résistance. Le report des charges
pénalisera les communes jusqu’aux personnes les plus démunies, sans
parler du coup mortel porté à l’autonomie cantonale et à la démocratie.
Les handicapés font également barrage. Epaulés par les jeunes
socialistes, au chevet des bourses d’étude. Christine Goll, conseillère
nationale zurichoise et syndicaliste, invoque le péril qui guette la
sécurité sociale. Après le renvoi de la 11e révision de l’AVS, le rejet
de la péréquation coule de source. Bref, il ne faut pas céder à
l’hystérie des économies budgétaires. Peter Vollmer, conseiller
national bernois, défend une dernière fois l’embryon d’une réforme à
venir. Avant de répéter résigné qu’un refus ferme la porte à
l’harmonisation fiscale rêvée. On vote. Le Congrès dit non. L’assemblée
est ravie. Mais une question court toujours. Où la solidarité a-t-elle
davantage de chances ? Dans le giron de la Confédération ou auprès des
cantons ?

Un long chemin sans réponse
Les cellules souches
récoltent un oui pragmatique. Contre les hésitations du comité
directeur, favorable à la liberté de vote. L’éthique démotive les
militants. Malgré l’intervention rassurante de Ruth Dreifuss ou
l’inquiétude un rien apocalyptique de Simonetta Sommaruga, conseillère
aux Etats bernoise. Il faut la folie assoupie de Moritz Leuenberger,
métamorphosé en Manga, icône vivante d’un socialisme désenchanté, pour
déclencher l’enthousiasme des délégués à bout de souffle. Le culte de
la personnalité reprend du service.
Le traitement bureaucratique des
inégalités sociales refroidit l’atmosphère et galvaude le cœur même de
la mythologie socialiste. Il trahit l’embarras à l’égard de la
solidarité, désormais sans domicile fixe. La courte discussion sur la
révision du programme du Parti, vieux de vingt-deux ans, est
exemplaire. Stéphane Rossini réclame un instrument de combat électoral.
Clair, efficace, tranchant. Hans-Jürg Fehr lui oppose la sagesse du
temps. La gestation d’une parole de gauche appelle la durée. Le
cheminement prime sur le résultat, pour le moment. Il faut s’affranchir
des échéances, croire au long terme, chers camarades. Chanter
l’Internationale en karaoké le poing levé, entassé sous la scène du
Congrès pour satisfaire le cadrage télévisuel et dissimuler la
débandade de l’assistance, cache à peine le désarroi heureux du progrès
social en marche. Ou en mouvement, comme le PS, porte-parole d’une
«Suisse qui bouge».

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