Mode lecture icon print Imprimer

Visite du président polonais: le protocole in corpore

icone auteur icone calendrier 24 septembre 2004 icone PDF DP 

Thématiques

La troupe musarde sur la Place fédérale. Un caporal vérifie l’alignement des souliers. Un deuxième les ajuste le long d’une droite imaginaire. Les curieux se pressent autour des barrières. Le beau carré vide de la nouvelle esplanade sent l’ordre. Le Palais fédéral flotte au vent. Empanaché, il jette son ombre sur les dalles grises. La police balise l’espace. Mais avec bonne humeur. Les agents, avec pistolet, gilet et casquette, répondent aux blagues des retraités à chapeau, heureux de l’aubaine. Il est 13 heures trente. On attend le président polonais. Une recrue passe du vernis noir sur les bottes des camarades. Il faut que ça brille, et ça brille. Les concierges déroulent les tapis rouges. On passe le dernier coup d’aspirateur. Ailleurs, un balayeur achève son travail. Il avale les derniers mégots. Le macadam étincelle. C’est le tour des médias. Les journalistes se regroupent sur les estrades. Dans le désordre. On parlote, on serre des mains. Tout le monde se connaît à vue de badge. Les photographes tripotent les objectifs zébrés de leurs appareils. Comme des bazookas. Prêts à tirer.
A 14 heures trente, la fanfare attaque son programme. Varié, exécuté proprement. On applaudit. Les officiels apparaissent par petites touches. La délégation polonaise babille bien rangée. Les conseillers fédéraux débarquent en solitude. Pascal Couchepin bouscule tendrement sa femme. Christophe Blocher et Hans-Rudolf Merz se tiennent par le bras. Samuel Schmid scrute les toits occupés par les grenadiers. La femme de Joseph Deiss girouette au cou de son mari. Moritz Leuenberger fait les cent pas et ramasse une épluchure volante. Micheline Calmy-Rey joue à cache-cache dans la voiture de l’hôte polonais.
14 heures quarante-cinq. Le cortège des berlines noires et bleues déboule sur la place. Le personnel décharge Monsieur et Madame Kwasniewski. C’est le moment des présentations, bonjour dzien dobry, une petite tape sur l’épaule, ça gesticule, par ici par là, on fait des manières. Les hymnes nationaux fendent l’air. Ils émeuvent les spectateurs et le peloton de Polonais agglutinés sous la bannière rouge et blanche (4 685 ressortissants établis en Suisse au début de l’année). Après, l’orchestre tarabuste Comme d’habitude de Claude François. Les jets de la nouvelle place improvisent un ballet d’eau. Mieux que les feux d’artifice.
15 heures, précises. Les adieux. Les autorités se sauvent et Guillaume Tell veille sur l’amitié et le marché entre les deux peuples (plus 32% pour les exportations et plus 35% pour les importations). Dehors, c’est fini. On démonte. L’armée regagne ses quartiers, elle bouge enfin. La population applaudit. Après deux heures immobiles, les hommes marchent sans élégance. Petits et grands, maigres et dodus, mortifiés et indifférents, bel exemple de consanguinité séculaire. Les musiciens plient leurs instruments. Tous en car. Le capitaine se félicite. Un bel après-midi pour le protocole et la musique. In corpore.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Un point de vue de gauche, réformiste et indépendant
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Chaque semaine, par courriel, sur papier ou comme eBook (gratuit).

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/1176
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/1176 - Merci
fleche imprimer Envoyer Envoyer

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.