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Congrès du PS : La fête du réalisme

Du rouge au jaune via l’orange, la scénographie des couleurs donne le ton. Les socialistes sont multiples, multicolores. Pragmatiques, syndicalistes, gauchistes, altermondialistes, tout le monde embarque sur le même paquebot. Les délégués arrivent par gorgées. La Foire de Bâle les aspire. La messe peut commencer.
Les amis de Werner Marti d’un côté, la claque de Hans-Jürg Fehr de l’autre agite un petit carton : «Fehrplay». Les deux candidats à la présidence finalisent leur campagne. En chair et en os, ils se ressemblent davantage.
La géographie des tables renverse l’univers socialiste. La délégation bernoise, abondante et plutôt en jambe, occupe la gauche de la salle. Jura, Neuchâtel, Vaud et Valais briguent la périphérie droite. Zurich vise le centre, pas loin de Genève. Les petits drapeaux transforment la salle en un Risiko grandeur nature. Même si la bataille ne menace pas.
Les invités envahissent le balcon. Le parterre fait le spectacle. L’assurance maternité laisse le radical Leutenegger en couches, «Wie warten nicht, bis Filippo schwanger ist» (Nous n’attendrons pas que Filippo soit enceint). Plus de 1 500 personnes. Un record. A peine perceptible dans la brume du matin. Bâle flotte dans la grisaille. La ville boude entre pudeur et indifférence. Les trams ferraillent sur la Messeplatz, vide.

Trois conseillers fédéraux
Christine Goll, toujours vice-présidente, rappelle à l’ordre les délégués trop heureux de faire causette. A vos marques, prêts, partez. Barbara Schneider, conseillère d’Etat de Bâle-Ville, lance une promotion multimédia de la ville, du parti, de l’avenir. Contre la restauration entamée le 10 décembre 2003 par la droite, voilà résistance, rébellion et renouveau. C’est drôle et noir et blanc. On rigole quand Max Binder, président UDC du Conseil national, répète à l’infini sa grimace patriotique sur l’écran géant.
Christiane Brunner monte à la tribune. Sûre de son effet, elle se demande «à quoi bon discuter de la participation socialiste au Conseil fédéral ?» On soupire dans les premiers rangs. Le parti doit toujours repenser son rôle et son action politiques. L’UDC et l’élection au Conseil fédéral précipitent cette réflexion, mais il n’est pas question de quitter le gouvernement. En gros, utilisons toutes les ficelles institutionnelles à notre disposition et en 2007, avec 30% des voix, nous aurons un troisième conseiller fédéral. Soulagé, le parti applaudit, débout et reconnaissant. Ce n’est peut-être pas de l’amour viscéral, mais de l’affection, oui.
Le petit carré d’irréductibles livre son dernier assaut. Jean-Claude Rennwald engage tout son corps pour une gauche vraiment à gauche, loin des compromis et du pouvoir. Les Jurassiens exultent. Bernois et Zurichois l’ignorent polis.
Christine Goll dicte le rythme de la procession. Trois minutes chacun. Une trentaine d’orateurs, c’est trop et à 18 h 00 on ferme. Forum et les téléjournaux du soir veulent des nouvelles. Les délégués se succèdent comme on égrène le rosaire. On écoute plus ou moins. A part les jeunesses socialistes, tout le monde semble d’accord : on reste. Le besoin de parler agace l’appareil qui voudrait conclure, à tort. Ce n’est pas un débat, mais un feuilleton où la même histoire se raconte de mille façons. On veut participer.
Puis vient l’heure des conseillers fédéraux. Moritz Leuenberger explique la mécanique de la concordance. Il trahit le drame du pouvoir suisse. Et démontre la nécessité des socialistes au Conseil fédéral, sans qui la droite n’aurait plus de concurrents. Micheline Calmy-Rey fait la leçon aux petits camarades. Elle est vexée. Ni pot de fleur, ni alibi de la droite, elle se bat malgré les mauvaises langues. Avec un parti gagnant et dynamique, les conseillers fédéraux socialistes seraient encore plus influents. Alors «je compte sur vous pour nous renforcer.»

La victoire de la raison
C’est ici que l’opposition constructive se métamorphose en opposition progressiste. En un tour de main on vote et on reste, quitte à évaluer la stratégie du parti dans un an ou deux. Un dénouement raisonnable qui ravit Christiane Brunner.
On passe à l’élection du nouveau président. Hans-Jürg Fehr, vice-président en titre, veut le poste. Trente ans d’engagement plaident pour lui. Historien du mouvement ouvrier, président de la section de Schaffhouse, président du groupe socialiste au Grand Conseil, conseiller national. Le Parti socialiste est l’horizon de sa vie.
Werner Marti rêve d’un autre pays. Il était Monsieur Prix. Il s’intéresse au produit maintenant. Le parti est un instrument. La Suisse doit changer, se réformer, à gauche.
On imagine un président à deux têtes. Mais il faut choisir. On compte et recompte. Hans-Jürg Fehr gagne avec 531 suffrages contre 360. Fleurs, ovations pour l’un et l’autre. Au nom de la continuité et de la collégialité, Fehr, l’homme-orchestre, écarte la tentation de l’homme-fort à la Bodenmann. Le marathon voit le bout, huit heures après. On chante encore pour saluer Christiane Brunner. On reste, on reste. Et l’on se souvient de Pierre-Yves Maillard, en allemand pour une fois, quand il dénonce les dividendes milliardaires qui d’un coup assainiraient toutes les dettes de la Suisse et sauverait son service public. Dehors, la nuit semble aussi «klar-sozial» que le non au démantèlement de l’AVS épinglé sur toutes les poitrines.

Christiane Brunner
Elle était , il y a dix ans, telle qu’elle est aujourd’hui. Ses qualités de rassembleuse suscitent l’admiration : participer à Arena tout en gardant une pointe d’accent genevois. Ce qui frappe, c’est son pragmatisme. Dans le débat, elle entre en matière convaincue qu’une solution peut se dégager de la discussion. Elle croit aux vertus persuasives de la conviction. Il lui est même arrivé de se tromper en prêtant à ses adversaires la même qualité ; la réduction de la durée du travail dans la métallurgie n’a pas pu être négociée comme elle le souhaitait contre une plus grande flexibilité. La droite craignait en elle l’idéologue. C’est plutôt elle, pragmatique, qui a découvert les intransigeances idéologiques de la droite. Elle s’est révélée, dans le sens plein, une sociale-démocrate.

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