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90 ans d’économie suisse

Le Seco analyse l’histoire économique de la Suisse depuis 1920

A l’occasion de son 90e anniversaire, La Vie économique, publiée par le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), propose un numéro (janvier 2010) consacré à «90 ans d’histoire économique de la Suisse». Ce retour sur l’origine de la richesse du pays, la croissance, le marché du travail, l’inflation, la politique monétaire, les finances publiques et le commerce extérieur met en évidence les facteurs qui ont fait la force de l’économie suisse et doit permettre de tirer «des enseignements pour aujourd’hui et demain».

Pour expliquer les performances remarquables de notre économie depuis près d’un siècle, les experts relèvent trois facteurs exogènes favorables: la préservation de la paix, la forte croissance des pays voisins depuis 1945 et une structure économique diversifiée héritée du XIXe siècle. Mais ils soulignent aussi deux atouts propres à la Suisse: la qualité de sa force de travail et une politique économique axée sur la stabilité. Au surplus, la chance d’avoir échappé à l’invasion en 1940 a offert à la Suisse une position avantageuse à la fin des hostilités: les industries d’exportation, les activités financières et le tourisme notamment en ont beaucoup profité.

La Suisse a su mettre à profit sa situation au centre de l’Europe et a bénéficié d’une immigration qualifiée permettant de compenser une relève indigène trop modeste dans de nombreux métiers. Les rédacteurs du dossier considèrent que l’absence de matières premières a été un avantage sur le long terme en favorisant une spécialisation dans des produits de niche à haute valeur ajoutée. Associée à des prix très stables en comparaison internationale et une imposition modérée, elle a permis de multiplier le PIB réel par 9,2 pendant que la population doublait. Sur toute la période, la productivité (calculée par personne active) a crû en moyenne de 1,5% par an.

C’est sur les questions relatives à l’immigration et à la force de travail que les rédacteurs du Seco proposent des réflexions qui éclairent l’actualité. L’immigration a généralement attiré une main-d’œuvre qualifiée, à l’exception de la période des Trente Glorieuses (1945-1975) qui a privilégié une main-d’œuvre à bas salaire permettant de différer le déclin inéluctable de certaines branches. Après être redescendue à 5%, la part de la population immigrée a été multipliée par trois pendant ces décennies. Cette nouvelle immigration était composée pour moitié de travailleurs peu qualifiés et de seulement 20% de diplômés de hautes écoles, contrairement aux périodes précédentes et à la période actuelle (depuis le milieu des années 90). Parmi les immigrés récents, on compte 50% de diplômés des hautes écoles et seulement 20% de non-qualifiés (les universitaires sont deux fois plus nombreux parmi les nouveaux étrangers que parmi les résidents plus anciens).

Les mutations rapides de l’économie depuis la fin des Trente Glorieuses ont fait passer le taux de chômage incompressible de moins de 1% à plus de 2,5%. Les causes de ce phénomène sont à chercher du côté de l’internationalisation croissante de la division du travail, de la tertiarisation du monde du travail et du fort impact du progrès technique dans la formation. Le taux de chômage de ces travailleurs peu qualifiés représente désormais trois fois la proportion observée chez les travailleurs qualifiés (auparavant, il ne représentait que le double). L’augmentation de la proportion des étrangers dans l’effectif des chômeurs s’explique par cette politique de recrutement inadéquate. Et non par les accords sur la libre circulation des personnes. Les experts restent cependant optimistes pour l’avenir en relevant l’augmentation actuelle du niveau de qualification.

Ces conclusions favorables à l’ouverture de notre économie concernent aussi le domaine du commerce extérieur. On observe que la quote-part des exportations dans le PIB a doublé depuis les années 60. De manière générale, ces exportations se dirigent principalement vers nos partenaires européens (la part continentale de nos exportations étant constamment restée supérieure à 60% depuis la deuxième guerre mondiale), contrairement à l’impression que peuvent parfois donner les médias. Cette forte intégration économique reste toutefois marquée par une très forte réticence à s’impliquer politiquement vis-à-vis de l’Europe. Dans ce domaine, comme le note le directeur du Seco Jean-Daniel Gerber dans son éditorial, rien n’est acquis.

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