Les travailleurs étrangers contribuent au bien-être
de la Suisse. Ils représentent plus d’un quart de la population active.
Deux immigrés sur dix environ bénéficient d’une formation supérieure et
occupent des postes bien rémunérés au sein des multinationales dans le
secteur de la recherche, ou encore auprès des organisations
internationales. Italiens et Espagnols, un tiers de tous les étrangers,
se situent dans une zone intermédiaire ; bien intégrés, ils profitent
d’une certaine mobilité professionnelle. On trouve enfin des Portugais,
des Turcs, des Africains, des Asiatiques et, surtout, une bonne partie
de ressortissants de l’ex-Yougoslavie (350 000 en 2001) qui souffrent
de conditions de travail et de séjour instables, voire précaires, en
tout cas subalternes. Pour ces derniers, comme l’a montré la journée
annuelle d’étude de la Commission fédérale des étrangers (CFE), le
travail produit discriminations et inégalités, en dépit des espoirs
d’intégration qu’il suscite (cf. la recherche menée par Yves Fluckiger
en page 7).
On gagne péniblement sa vie : 40% des travailleurs
étrangers touchent moins de 3 400 francs bruts par mois. Cantonnés dans
des emplois dévalorisés, répétitifs, victimes d’une ségrégation aussi
discrète qu’inexorable, ces étrangers travaillent trop souvent en
circuit fermé, asservis à la productivité des entreprises. Le bâtiment,
l’agriculture, l’hôtellerie, le commerce de détail, le nettoyage, les
services domestiques et sanitaires, et le para-social les recrutent Ã
tour de bras – mais les femmes font aussi l’affaire – histoire de
remplacer des nationaux défaillants, davantage tournés vers des
horizons professionnels plus gratifiants.
Quand on est engagé sur
appel pour conditionner des pizzas surgelées dans une cellule
frigorifique, l’intégration devient une chimère. Réduits à une force de
travail muette ou à une marchandise bonne pour les quotas douaniers,
selon l’indigne métaphore du «leguiste» italien Umberto Bossi, les
travailleurs immigrés, repoussés aux marges du système productif, font
les frais d’une logique purement économique. Les abus et les injustices
deviennent monnaie courante le temps d’une saison touristique, d’une
permanence interminable dans un EMS ou d’une cueillette de tabac – ni
vus ni connus, pareils à ces ouvriers polonais engagés au noir par
l’UDC vaudois Jean Fattebert.
Voilà pourquoi il faut combattre les
entraves à l’intégration, à l’image de l’effort louable de la CFE. Une
volonté politique forte doit voir le jour contre les discriminations du
marché du travail. Il faut des résolutions contraignantes pour les
entreprises qui font volontiers la sourde oreille, comme l’avoue
Francis Matthey, président de la Commission. Des mesures défendant la
dignité des travailleurs, déjà malmenée par des tâches parfois
humiliantes, dont les plus urgentes devraient être des salaires
minimaux et la lutte contre le travail au noir.
Edito : Quand le travail désintègre
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