Page d'accueil - 1 Navigation - 2 Aller au contenu - 3 Derniers articles - 4 Recherche - 5 Contact - 6

Elections cantonales : Le Tessin est un long fleuve tranquille

L’époque du grand bouleversement est révolue. C’était en 1991. La Lega dei ticinesi faisait une entrée fracassante au Grand Conseil. La gauche, désunie, perdait l’un de ces deux sièges au Conseil d’Etat ravi quatre ans plus tôt au Parti populaire démocratique (PPD). Le camp bourgeois, dominé par le Parti libéral-radical, sortait affaibli du scrutin sans pouvoir juguler l’érosion des voix commencée pendant les années huitante (de 72% à 62%). Le triomphe des leghisti sentait le populisme, la démagogie et l’opportunisme. Or les partis, aveuglés par le confort de la routine et le bon droit de la tradition, ont administré le canton en vase clos. Eloignés de la base, des gens, du peuple. Ces Tessinois qui sont l’alpha et l’oméga de l’action et du discours de la Lega.

La force de la provocation
Nantis de moyens financiers importants, propriétaires de journaux, sans attaches institutionnelles, ennemis des règles et de la bienséance, les chefs de la Lega ont nourri le ressentiment vis-à-vis de la politique politicienne, de la bureaucratie et du centralisme gouvernemental. Si Bellinzone, sa capitale, est le symbole de l’abus de pouvoir cantonal, Berne et la Confédération sont les jougs insupportables pesant sur le fédéralisme. Guillaume Tell et le mythe de la Suisse primitive ne sont pas loin. Le succès a été fulgurant. Le langage cru et vulgaire, l’intolérance et l’arrogance de ses représentants ont fait merveille de même que les actions culottées, les manifestations improvisées et les barrages routiers. Le scandale, le dérapage, le happening sont devenus des armes politiques.
C’est un vote de contestation, de protestation, disait-on, alors qu’il était l’ébauche de la présence durable d’un mouvement fondé sur la fermeture, la préférence régionale et le clientélisme. Réplique de la Lega del Nord bien implantée en Italie, la Lega tessinoise a occupé peu à peu le terrain, les postes et les institutions menaçant les baronnies et l’establishment politique.
En 1995, la Lega a confirmé son essor avec en prime un siège au Conseil d’Etat au dépens du PPD qui a poursuivi sa descente aux enfers. Elle est désormais le troisième parti tessinois devant les socialistes. Le temps passant, la Lega s’est incrustée dans le paysage politique. Son personnel participe aux affaires, s’installe dans les conseils municipaux. Si le canton l’assimile, elle s’adapte aussi aux règles des administrations publiques. Bien sûr, Giuliano Bignasca et Flavio Maspoli, ses leaders, mènent une carrière nationale bruyante, amusent la galerie et animent les tribunaux, mais ils ne sont plus l’âme véritable du mouvement qui s’est transformé, presque à leur insu, en un parti comme les autres.
La politique des petits pas
En 1999, les partis bourgeois ont continué de reculer (57%) à la faveur du parti socialiste cette fois (17%). La Lega a plafonné (18%). Mais les rapports de force sont restés les mêmes, assurant au canton une certaine tranquillité. Dépourvue de projets d’envergure, la politique des petits pas est de mise. Rien de spectaculaire mais des solutions raisonnables. A l’image de la planification hospitalière ou du développement d’un pôle universitaire au Sud des Alpes. En somme, le Tessin coule des jours heureux à peine dérangé par ses soucis budgétaires où les annonces, alarmistes bien sûr, brouillent la transparence de l’exercice dont le bilan est moins catastrophique que prévu.
La campagne électorale, insipide aux dires des observateurs, découle de cette atmosphère un rien printanière. Seule l’UDC, qui vaut historiquement 2% de l’électorat, semble en mesure de gagner trois ou quatre députés au Grand Conseil, à la barbe de la Lega dont elle emprunte les thèmes et l’ardeur mobilisatrice. Par contre, il lui manque encore le charisme, même repoussant, d’un groupe dirigeant désinvolte et batailleur capable de séduire un électorat distrait par les déboires des sociétés sportives sombrant dans la faillite avec son cortège de suicides et de disparitions.
La prochaine législature, en revanche, pourrait être le théâtre d’une révision des compétences entre le canton, les villes et les agglomérations. Les fusions et les remodelages territoriaux sont en effet à l’ordre du jour. Lugano, en passe de phagocyter les communes voisines, deviendra prochainement un centre urbain de 50 mille habitants dominant sans partage la région. Ce rapprochement d’envergure, marqué par un vote populaire unanime, en préfigure d’autres. En effet, l’état financier des communes, leur nombre excessif et leur taille paralysent une utilisation plus rationnelle des ressources et un développement économique harmonieux que tout le monde réclame de vive voix.

Recommander cet article
logo creative commmons license creative commons

La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/1088 - Merci

Discussion

Pas encore de commentaire.

Les commentaires sont fermés.

Le Kiosque de DP

RSS email icon

Das «beste Gesundheitssystem» wird zum Lazarett

Das Schüren von Angst macht krank. Ärzte wissen das. Trotzdem malen ihre Fachgesellschaften schwarz und machen Gesunde zu Kranken (Infosperber)

icone lien Lire l'article

Lackmusprobe für Bundesrat Alain Berset

Die Pharmaindustrie lobbyiert für höhere Medikamentenpreise. Der starke Franken mache ihr zu schaffen – in Wahrheit profitiert sie (Infosperber)

icone lien Lire l'article

«Um euren Finanzplatz mache ich mir keine Sorgen»

Griechenland wird laut Star-Ökonom Nouriel Roubini nicht das einzige Land sein, das die Eurozone verlassen wird. Weshalb er für die Schweiz deshalb kaum Gefahr sieht, erklärt er im Interview mit Tagesanzeiger.ch/Newsnet

icone lien Lire l'article

«Die Asylverfahren sind kafkaesk»

Migrationsexperte Thomas Kessler sagt, von der Schweizer Asylpolitik profitierten heute die Falschen. Er fordert einen Umbau unter linker Führung (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

«Die Politiker sind süchtig nach Moral»

Der Germanist Peter von Matt sieht die Affäre Hildebrand auch als Folge einer boulevardisierten Politik. Und gerade davon habe die Bevölkerung genug, wie die letzten Wahlen zeigten (Tages-Anzeiger)

icone lien Lire l'article

D’une grande crise à l’autre: quelles ruptures politiques?

Peut-on tirer les leçons de la crise de 1929 ? (Le Monde)

icone lien Lire l'article

Freie Hand für die Vermögensverwaltung der Bundesräte

Sous réserve de légères restrictions, les membres du Conseil fédéral sont libres de gérer leur fortune privée (NZZ Online)

icone lien Lire l'article

Le drôle de destin de la taxe Tobin, des altermondialistes aux libéraux

Drôle de destin que celui de cette taxe, imaginée par un économiste libéral aux Etats-Unis en 1972, popularisée par les altermondialistes d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne), et portée par les socialistes européens, avant de se voir aujourd’hui défendue par des gouvernements libéraux comme ceux de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel (Le Monde)

icone lien Lire l'article

2012-2015: les enjeux sociaux en Suisse

Ces quatre prochaines années, les débats seront vifs sur toutes les composantes du système social suisse : l’AVS, le deuxième pilier, la maladie, le chômage, l’invalidité et la pauvreté. Etat des lieux et des enjeux. Par Stéphane Rossini (Revue REISO)

icone lien Lire l'article