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Une exigence linguistique qui pourrait se retourner contre les francophones

Les modalités d’une politique de recrutement de l’administration
fédérale évitant de défavoriser les langues minoritaires ne sont pas
faciles à mettre en place

C’est à Helvetia Latina qu’on le doit! Cette association fondée pour défendre les minorités latines n’a rien trouvé de mieux que d’exiger que les cadres de la Confédération maîtrisent activement deux langues nationales et aient une connaissance passive de la troisième. Elle pense ainsi éviter que les hauts fonctionnaires germanophones ignorent le français. En réalité cette mesure risque bien de pénaliser les candidatures romandes.

Il faut être conseiller national fribourgeois et baigner depuis trop longtemps dans le marigot fédéral, comme le président d’Helvetia Latina Dominique de Buman, pour croire que tous les Suisses sont polyglottes. Certes, quelques Romands sont bilingues, mais le réservoir est limité et la majorité de nos concitoyens francophones connaît mal l’allemand et ne pourrait donc plus accéder à un poste de responsabilité à Berne. 

Les mauvais résultats de l’enseignement de l’allemand sont connus. Outre la difficulté de la langue, ils proviennent aussi du peu de possibilités de pratiquer la langue apprise à l’école dans un pays où la langue maternelle, celle que l’on parle, est le suisse allemand. Nos compatriotes suisses alémaniques n’ont pas ce handicap et maîtrisent plutôt mieux notre langue que nous la leur. La meilleure façon d’améliorer l’accès des francophones est donc au contraire d’exiger que ceux-ci puissent entrer au service de la Confédération avec les connaissances linguistiques acquises à l’école. Cela implique que chacun puisse véritablement écrire et s’exprimer dans sa langue. Cela implique ensuite un effort et un soutien pour perfectionner ses connaissances linguistiques, y compris en suisse allemand, ainsi que des services de traduction du français à l’allemand pour tous les textes qui doivent être publiés – et donc traduits.

Promouvoir ou nommer en fonction des seules connaissances linguistiques serait souvent se priver des personnalités les plus compétentes et frapperait d’abord les francophones, les Suisses allemands et surtout les Tessinois ayant de bien meilleures connaissances linguistiques qu’eux. Or une présence francophone active est absolument essentielle si l’on veut que la Confédération puisse tenir compte de la culture, des sensibilités et des courants de pensée de notre coin de pays.

Lire aussi: Pourquoi les Romands sont-ils les mauvais élèves du plurilinguisme? Par Alex Dépraz

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Discussion

  • 1
    Jean d'Hôtaux

    Vous avez parfaitement raison de tordre le coup à ce mythe qui consiste à faire croire que la majorité des Suisses seraient polyglottes. La maîtrise d’une seconde, voire d’une troisième langue nationale est de plus en plus rare. Cette évolution se fait en faveur de l’anglais.

    En revanche vous êtes dans l’utopie en vous imaginant que l’administration fédérale mettra en place des services de traduction du français vers l’allemand « pour tous les textes qui doivent être publiés ».

    Il y a plusieurs raisons à cela:

    1° L’immense majorité des textes publiés par l’administration fédérale sont conçus, pensés et rédigés en allemand par des germanophones. Ils ne sont traduits qu’ensuite en français, en anglais et en italien, avec une priorité qui dépend avant tout de la nature des publication. Très rares sont les textes pensés et rédigés en français par des francophones. On ne parle même pas des textes rédigés en italien.

    2° La traduction est un métier et une fois traduits, les textes doivent forcément être relus, adaptés et corrigés par des spécialistes du domaine traité eux-même locuteurs de la langue de publication. Or tout cela a un coût et en ces temps de vaches maigres, il n’y a aucune chance pour que l’administration fédérale change sa pratique. Celle-ci consiste à rédiger les textes en allemand puis ceux-ci sont confiés à un collègue francophone ou italophone, spécialiste du domaine traité, pour traduction.

    Ces traducteurs occasionnels, issus des minorités linguistiques, jouent un rôle ingrat. Ils ne participent pas à l’élaboration du document et du fait du rôle dans lequel ils sont confinés, ils n’ont guère de possibilités progresser dans la hiérarchie.

    Consultez les organigrammes des différents services de l’administration fédérale pour vous en convaincre. Vous pourrez constater que les germanophones, les Bernois en particulier, y sont surreprésentés dans les hautes sphères, à l’exception peut-être du DFAE. Il en va de même des organismes fédéraux autonomes, telle la FINMA (autorité de surveillance des marchés financiers) par exemple.

    Cette réalité découle d’un rapport de forces, lui-même accentué par l’usage généralisé du dialecte.

    L’usage généralisé du dialecte en Suisse alémanique, et notamment au sein de l’administration fédérale, est un réel handicap pour les francophones et italophones, ainsi que pour la cohésion du pays. Voir à ce sujet l’article rédigé par le conseiller national Antonio Hodgers et publié par « Le Temps » du 23 mars 2010.

  • 2
    Pedro del Río

    Une chose m’agace dans cet article : la réduction des Suisses italiens aux Tessinois. Je ne comprends pas pourquoi ceci arrive toujours dans la presse romande et alémanique. On dirait que les journalistes du nord des Alpes ne soient pas allés à l’école en Suisse. Que dirait-on en Romandie si on appelait tous les Romands Vaudois?

    Sinon j’ai une remarque. Exiger que chacun puisse s’exprimer et écrire dans sa langue dans l’administration fédérale implique que les Romands apprennent aussi l’italien pour comprendre les collègues Suisses italiens. Après être né et avoir grandi au Tessin, avoir vécu 8 ans à Zurich et 15 en Romandie et avoir travaillé 5 ans à Berne, il me parait évident qu’il est immensément plus probable de trouver des connaissances d’italien parmi les Alémaniques que parmi les Romands. Que les Romands, qui sont les handicapés linguistiques du pays, se mettent un jour à apprendre l’italien, je n’y crois pas.

    D’où vient cette incapacité romande d’apprendre les langues? Pour des italophones l’allemand n’est pas a priori plus facile à apprendre que pour des francophones, pourquoi donc l’apprenons-nous mieux que vous? Je ne sais pas dans les Grisons, mais au Tessin on n’a pas plus d’ans d’allemand à l’école qu’en Romandie. A mon époque on était censé pouvoir faire des études universitaires en allemand après avoir appris cette langue pendant 5 ans à l’école (et ceux qui allaient au lycée avaient aussi en total 8 ans de français et beaucoup y ajoutaient 5 ans d’anglais facultatif; je parle du lycée scientifique pas du linguistique). Le fait d’avoir un enseignement d’allemand basé sur la pratique ne nous a pas empêchés de lire Max Frisch, Heinrich Böll, Arthur Schnitzelr, Ödön von Horváth pendant les cours. Et à l’école publique, pas dans un institut privé élitaire. De plus, la plupart des Suisses italiens de ma génération (j’ai 50 ans) ont appris l’italien standard à partir de l’école de l’enfance et par la télévision, parlant un dialecte lombard dans la vie quotidienne extrascolaire; une ultérieure complication que les Romands n’ont plus depuis maintes générations (pour qui ne le sait pas: les dialectes lombards, comme presque tous les dialectes d’Italie, sont aussi éloignés de l’italien standard que les dialectes alémaniques de l’allemand écrit).

  • Ce débat est très intéressant. Il ad’ailleurs amené Antonio Hodgers à être provoqué en duel journalistique par le prof. Andreas Auer. C’est d’ailleurs la première fois de ma vie que j’ai été à 100% d’accord avec ledit prof. Auer.

    Vous avez raison: imposer des quotas linguistique sous prétexte de protéger les langues latines, en les opposant à la langue de Goethe, pourrait aller à fins contraires.

    D’autre part, l’apprentissage de l’allemand par les welsches devient de plus en plus un pensum, d’autant plus que l’allemand n’est, de fait, absolument pas la langue maternelle de nos chers Confédérés qui sont des Alémaniques. et non des Allemands.

    Leur vraie langue est non celle de Goethe, mais celle de Johann-Peter Hebel , Jeremias Gotthelf (même si les passages en Bärndütsch de ce dernier avaient de son vivant été censurés par son éditeur berlinois), August Corrodi, Rudolf von Tavel, Otto von Greyerz et tant d’autres grands écrivains et poètes.

    Je fais donc une proposition, certes cum grano salis, mais elle résoudrait complètement le problème et donc certainement elle mettra tout le monde d’accord:

    Premièrement la langue alémanique devrait être ENFIN reconnue pour ce que qu’elle est: c’est à dire une LANGUE européenne à part entière au même titre que le Danois, le Suédois, le Néerlandais, etc. Il s’agit là d’autant d’idiomes germaniques qui n’ont rien de plus pour eux que le suisse alémanique.

    Il existe d’ailleurs assez de dictionnaires du suisses allemands (schweizerisches Idiotikon, etc.) Une académie alémanique pourrait éventuellement être fondée, avec des écrivains alémaniques de talent, – ils sont nombreux -, y compris alsaciens, badois, württembergeois et vorarlbergeois. Cette académie veillerait à maintenir la diversité interne de la langue alémanique, tout en clarifiant quelques points quant à son usage officel.On aurait là un important instrument de rayonnement culturel de la Suisse.

    Du même coup ce serait une décision politique allant complètement dans le sens européen actuel, particulièrement dans l’esprit de la charte européenne des langues régionales du Conseil de l’Europe. Ce serait aussi dans l’esprit des accords de Karlsruhe sur la collaboration transrégionale (puisque l’Alémanique est aussi la langue de l’Alsace, de la Souabe, et du Vorarlbverg et que nous sommes liés, dèjà, avec ces régions par les accords de Karlsruhe que la Suisse a signés et que les Cantons frontaliers ont ratifiés).

    Ainsi on réussirait le tour de force de mettre d’accord à la fois les euroturbos et les lecteurs du journal Schweizerzeit de M. Schlür.

    Bien entendu la constitution et la législation fédérale devraient être traduites en langue alémanique, et l’ancienne version en Hochdeutsch abandonnée progressivement.

    Le « Hochdeutsch », « Schriftdeutsch » etc., langue importée de l’Allemagne ne serait donc plus une langue nationale. Bien entendu l’enseignement de la philologie allemande serait encouragé dans les universités pour les étudiants qui le désirent, mais les petits romands seraient libérés de l’apprentissage contre productif de l’allemand.

    Comme langue commune à toute la Confédération, étant donné que l’espéranto, le vollapück, etc., sont des fumisteries ridicules; étant donné qu’il est exclu de privilégier une des quatre langues nationales que seraient le français, l’ alémanique, l’italien et le romanche; et étant donné que l’utilisation officielle de l’anglais serait indigne, une solution s’impose tout naturellement et elle évidentemment:

    Le latin devrait être proclamé langue officielle de toute la Confédération, de l’administration fédérale, de l’armée, de l’administration fédérale, des programmes informatiques fédéraux, etc.

    Ainsi on résoudrait le problème de la sous représentation de telle ou telle minorité. Le recrutement des fonctionnaires devrait simplement respecter un certain équilibre régional, non linguistique. La cohésion confédérale serait ainsi renforcée.

    Le latin rénové serait enseigné à l’école à tous les enfants sans exception, comme une langue vivante et de façon excessivement ludique afin que le latin redevienne une langue parlée permettant à tous les Confédérés de se comprendre et de fraterniser.

    Il y a un précédent célèbre: Le peuple juif, à l’initiative d’un linguiste génial nommé Eliezer Ben Yehouda, n’a-t-il pas réussi à retransformer en langue vivante, l’Ivrit, une langue morte: l’hébreu liturgique, en le modernisant? Aujourd’hui tout le monde parle couramment Ivrit en Israel.

    Je ne doute pas que ces quelques propositions de bon sens ne s’imposent rapidement et règlent la question assez mal posée par Helvetia Latina, qui , en se ralliant à mes propositions, ferait honneur à son nom.

    Liens

    http://als.wikipedia.org/wiki/Portal:Alemannisch
    http://als.wikipedia.org/wiki/Johann_Peter_Hebel
    http://hls-dhs-dss.ch/textes/f/F11835.php
    http://als.wikipedia.org/wiki/August_Corrodi
    http://als.wikipedia.org/wiki/Rudolf_von_Tavel
    http://de.wikipedia.org/wiki/Otto_von_Greyerz
    http://www.coe.int/t/dg4/education/minlang/default_fr.asp
    http://www.espaces-transfrontaliers.org/juridique.php
    http://www.eda.admin.ch/eda/fr/home/topics/scoop/sclaw.html
    http://mishauzan.blogspot.com/2009/02/la-creation-de-lhebreu-moderne.html

  • @curieux:

    Le latin rénové existe, il se nomme espéranto (voir aussi cet article).

    Et seuls les parfaits ignorants de la réalité de cette langue osent soutenir qu’il s’agit d’une « fumisterie ridicule ».

  • 5
    Pedro del Río

    @curieux:

    1- Quel latin utiliserait-on comme langue officielle? Celui de l’Eglise catholique romaine qui n’est pas à ressusciter car il n’est pas mort, étant employé aujourd’hui au Vatican? Le latin du moyen-âge qui servait de lingua franca sur tout le continent et qui n’était pas égal au latin de l’Eglise d’aujourd’hui? Le latin classique qu’on écrivait à Rome à l’époque de Virgile et qui probablement n’était même pas parlé par les romains et qui ressemblait très peu au latin écrit dans la même ville 200 ans plus tôt? Le latin n’est jamais mort mais a évolué comme toute autre langue; on le parle aujourd’hui dans des variantes régionales qu’on appelle italien, sicilien, piémontais, français, arpitan, castillan, portugais, sutmiran, puter, etc. Finalement, quelle variante de quelle époque et de quel lieu devrait-on choisir? Moi, je serais pour une variante nord-italienne actuelle.

    2 – L’utilisation du latin pénaliserait la majorité germanique qui compte trois quart de la population du pays.

    3- Cette idée d’une académie de la langue alémanique peut venir seulement à un francophone. Une langue n’a pas besoin d’une académie. L’anglais n’en a pas et se porte plutôt bien; après avoir absorbé des milliers de mots français pendant le moyen-âge il est en train maintenant d’en absorber des milliers de toutes les régions du monde sans qu’aucune académie s’en mêle. L’italien non plus n’as pas d’académie comparable à la française, à l’école on m’a toujours dit que le standard est plus ou moins calqué sur la pratique des écrivains.

    4- Il me paraît qu’on exagère les problèmes liés au Schwiitzertüütsch. Moi, sans le parler j’ai fais mes études à Zurich, où j’ai eu une vie sociale fréquentant des alémaniques et même vivant quelques ans avec une Zurichoise. Je n’ai jamais parlé le zurichois et ce ne m’a pas posé des problèmes sérieux. La même chose vaut pour les alémaniques et les romands qui vivent en Suisse italienne sans apprendre le dialecte local. Si on maitrise la langue standard ce n’est pas une grande difficulté d’arriver à comprendre avec le temps le dialecte local, que ce soit au Tessin, aux Grisons ou à Zurich. Mais pourquoi vous les Romands vous êtes si mauvsais pour les langues? Expliquez-moi. Vous êtes bien les français de Suisse! Même l’anglais vous n’arrivez pas à l’apprendre décemment, à juger par l’exemple donné par les speakers de la RSR et de la TSR.

  • Une solution simple serait d’apprendre la langue parlée par nos concitoyens, c’est à dire le Suisse-allemand, puisque l’Allemand N’EST PAS la langue maternelle outre Sarine. Rien n’empêche d’apprendre le Hochdeutsch à côté, si nécessaire.

    Les avantages sont que 1) c’est bien plus facile à apprendre (la grammaire et la construction des phrases est bien plus familière pour un francophone que le datif-accusatif) et que 2) l’interlocuteur Suisse-alémanique sera bien plus heureux de pouvoir parler dans SA langue.

    Considérer le Suisse-allemand comme un dialecte et non une langue semble une erreur. Le Néerlandais (inclus le Flamand) est une langue à part entière, alors qu’il descend du bas allemand comme le Suisse-allemand, et qu’il y a certaines similitudes entre ces 2 langues.

    Mon avis rejoint d’ailleurs celui de « curieux », et j’en suis heureux: chaque fois qu’un débat sur cette problématique a lieu dans mon entourage, et que je fais part de cette théorie (ci dessus), on me regarde comme si c’était une utopie!

    L’utopie n’est elle pas d’essayer depuis si longtemps d’imposer une langue qui n’est pas celle de 2 habitant sur 3 dans ce pays, vainement d’ailleurs?

  • Joel, je crois qu’on y viendra. Le Suisse allemand a une telle prégnance. C’est tellement une langue nationale, pour tout un peuple, qui n’est pas du tout à l’aise en Hochdeutsch, et qui l’est de moins en moins, que je suisà peu près convaincu que le jour viendra où l’on finira par reconnaître officiellement que l’Alémanique est une langue à part entière et non un dialecte.

    Il y a seulement un certain complexe culturel bourgeois, pas indigne de considération d’ailleurs, qui reste très attaché à l’allemand, langue de culture. Evidemment, le Suisse allemand paraît une sorte de patois, un parler de culs terreux. Et il l’est d’ailleurs un peu. Mais il faut donner au Suisse allemand les lettres de noblesse auxquelles il a droit, et qu’il peut encore acquérir d’ailleurs. Il n’est jamais trop tard pour accéder à la noblesse.

    J’ai cité une brochette de beaux écrivains. On ne pourra peut-être pas rivaliser avec Goethe, Schiller. Mais ceux que j’ai cités sont plus qu’honorables. La Suisse allemande a d’ailleurs produit des génies mondiaux indiscutables, comme Jeremias Gotthelf et Robert Walser. Bien sur ces deux là ils ont été un peu contraints à écrire en Hochdeutsch, sous peine d’être condamnés à une diffusion réduite. Mais ce sont des auteurs alémaniques et si le Suisse allemand devient une langue à part entière les nouveaux talents seront plus incités d’écrire en Suisse allemand, leur langue maternelle.

    A propos, quels sont les grands génies littéraires néerlandais, d’importance mondiale? A vrai dire j’avoue que cela ne me vient pas tout de suite à l’esprit, alors que c’est le cas pour les peintres: Jérôme Bosch, van Eyck, Quentin Metsis, Patinir, Ruysdael, Jordaens, Vermeer, Rubens, van Dyke, Rembrandt, Franz Hals, van Gogh pour ne citer que ceux qui me viennent à l’esprit immédiatement.

    Evidemment, c’est que la diffusion d’un grand peintre n’est en rien limitée par la peinture, langage sans paroles, alors qu’un écrivain est limité par sa langue. Il doit bien y avoir quelques grands écrivains néerlandais, il faudra que je me renseigne.moins que les Hollandais, si doués pour la peinture, ne soient pas du tout prédisposés pour la littérature. Mais le norvégien n’est pas une langue très parlée, et la Norvège a bien eu Knut Hamsun, qui écrivait en norvégien, je pense, pas en allemand. Et Hans-Cristian Andersen, qui écrivait en danois, est mondialement connu. Donc pour les futurs génies littéraires alémaniques, tous les espoirs sont permis du moment qu’ils oseront écrire dans leur langue maternelle et non plus dans une langue étrangère comme avaient été contraints de le faire Dürrenmatt, Frisch, Gottfried Keller & Cie.

    Je vous suggère Joel de lire le livre de Dante Alighieri intitulé: de l’éloquence en langue vulgaire. Dans cet essai, ECRIT EN LATIN ! « De vulgari eloquentia », il appelle de ses voeux ce qui pourrait devenir une langue italienne « illustre », « royale », « aulique », « curiale », si on pouvait la débarrasser de ses défauts dialectaux, municipaux, régionaux qui cachaient des fulgurances de pierre précieuse comme une gangue.

    Il dit pis que pendre, par exemple du Toscan, qui a pourtant fini par devenir l’italien classique. Il se moque de la prétention des Toscans, à l’époque déjà, d’avoir la plus belle langue d’Italie. Il dit « presque tous les Toscans sont hébétés par leur horrible parler ». Il descend en flamme tous les dialectes particuliers: Le romain « lugubre jargon, le plus laid de tous les vulgaires italiens ». Il n’est guère plus tendre pour le sicilien, le milanais, le bergamasque, et tous les autres dialectes qu’il passe revue. Il donne sa préférence au vulgaire de Bologne, tout en lui contestant la « préférence absolue ».

    Finalement, dans cet essai inachevé, il esquisse les règles de grammaire, rhétorique, et les réformes qu’il y aurait lieu de considérer pour que l’Italien devienne enfin une langue « illustre ».

    Eh! bien les « vulgaires » italiens étaient exactement dans le même état pitoyable du temps de Dante que les multiples dialectes alémaniques, descendant de la langue parlée à la cour des Hohenstaufen qui a dégénéré en patois par suite de l’absence d’un état alémanique comparable à la France ou à l’Espagne.

    Je suis convaincu que tout comme l’Italien « vulgaire » de Dante, du latin dégénéré, l’alémanique vulgaire et guttural d’aujourd’hui va redevenir une langue littéraire, poétique, et politique officielle, « illustre » et même « royale ».

    Cette LANGUE a un brillant avenir devant elle.

  • Voici, pour ceux que cela intéresse, les recommandations auxquelles concluait une étude empirique (« Le plurilinguisme de la Confédération. Représentation et pratiques linguistiques dans l’administration fédérale » réalisée dans le cadre du Programme de recherche national 56 «Diversité des langues et compétences linguistiques en Suisse» (www.nfp56.ch):

    1. Investir dans la formation linguistique du personnel fédéral pour améliorer la maîtrise des langues minoritaires. L’usage des langues minoritaires dans un office fédéral est déterminé par les connaissances (défaillantes) de la communauté majoritaire. Dès lors, pour accroître l’usage des langues minoritaires au sein de l’administration fédérale, il faut améliorer les connaissances (du moins passives) du français et de l’italien pour les germanophones, ainsi que de l’italien pour les francophones. Dans ce but, la Confédération devrait d’une part mettre en place un programme de formation interne, adapté aux besoins spécifiques de son personnel aussi bien en termes d’organisation qu’en termes de vocabulaire. D’autre part, la Confédération devrait s’engager à promouvoir l’enseignement des langues nationales dans les cursus de formation scolaire sur l’ensemble du territoire helvétique.

    2. Renforcer le travail de sensibilisation interne à l’administration. Les dynamiques menant à la discrimination des minorités linguistiques au sein des offices fédéraux ne sont pas intentionnées, bien au contraire. Un premier pas pour l’élimination de ces mécanismes discriminatoires consiste dès lors à améliorer la sensibilité du personnel (notamment germanophone) à cet égard. Une meilleure sensibilisation des cadres est particulièrement importante. Ainsi, la Confédération devrait renforcer les mesures de sensibilisation pour cette thématique à l’intérieur de l’administration. Il faut inciter, davantage que par le passé, la mise en place de programmes de promotion du plurilinguisme par les départements et les offices fédéraux. De même, il faut valoriser davantage le rôle des délégués au plurilinguisme. On peut imaginer aussi la formulation de guides contenant des « best practices », la conduite de campagnes de sensibilisation, l’organisation de séminaires de sensibilisation interculturelle, etc. Enfin, il serait souhaitable d’évaluer régulièrement les effets de ces mesures de sensibilisation et de rendre les résultats de ces évaluations publiquement accessibles.

    3. Eliminer le biais linguistique dans le recrutement du personnel. Un biais de sélection linguistique est introduit dans le processus de recrutement lorsque celui-ci est géré en une langue du côté de l’unité administrative qui recrute. Puisque les germanophones sont plus nombreux dans l’administration fédérale, il y a une probabilité plus grande que les processus de recrutement soient gérés en allemand, ce qui joue en défaveur des candidatures issues des communautés linguistiques minoritaires. Pour éliminer les biais de sélection linguistiques dans les processus de recrutement, il faut que ceux-ci soient gérés de façon réellement plurilingue. La Confédération doit donc veiller au caractère plurilingue des processus de recrutement. Ainsi, on peut imaginer la mise sur pieds de commissions de recrutement linguistiquement mixtes, qui ont la charge d’assurer un traitement linguistique égal des candidats issus des différentes régions linguistiques, en ce qui concerne la mise au concours des postes à repourvoir, la pré-sélection des candidatures, ainsi que la conduite des entretiens d’embauche.

    4. Recommandation structurelle: mettre en place un centre de promotion du plurilinguisme interne à l’administration. En comparaison internationale, la Confédération n’investit que faiblement dans la promotion du plurilinguisme au sein de son administration. Il est donc évident que la mise en place des mesures 1 à 3 proposées ci-dessus nécessite des investissements supplémentaires. Afin d’éviter un éparpillement des ressources à l’intérieur de l’administration, mais aussi afin d’assurer une meilleure planification et une coordination de ces mesures, il nous paraît souhaitable de créer un Centre de promotion du plurilinguisme (CPP) pour l’administration fédérale. En analogie au Commissariat des langues officielles qui existe au Canada, le CCP devrait être doté de ressources et de compétences importantes en matière de promotion du plurilinguisme. L’importance et le caractère transversal de la tâche requièrent un statut institutionnel fort du CCP ; il serait ainsi souhaitable qu’il soit rattaché directement à la direction d’un département – et non pas situé à l’intérieur d’un office fédéral.

    5. Recommandation de processus: envisager une démarche contraignante au niveau de la représentativité linguistique du personnel. Notre recherche a montré que la représentation équitable des communautés linguistiques minoritaires au sein des offices est un élément déterminant pour la pratique effective du plurilinguisme dans l’administration fédérale. Or, cette représentation équitable est loin d’être atteinte pour tous les offices. En dépit des instructions de promotion de plurilinguisme, décidées par le Conseil fédéral en cinq versions successives depuis les années 1950, il existe encore de nombreux offices fédéraux dans lesquels les minorités linguistiques sont sous- représentées de façon éclatante. A notre avis, le moment est donc venu – et la nouvelle Loi sur les langues le permet – que le Conseil fédéral envisage de prendre des mesures contraignantes à l’égard des unités administratives défaillantes en matière de représentativité linguistique. Plus concrètement, on peut penser à un plan d’action en deux étapes. Dans un premier temps, il s’agira d’obliger les offices qui n’atteignent pas les valeurs cibles en matière de représentativité linguistique à formuler des plans de promotion de plurilinguisme et à mettre en place des mesures concrètes. A cet effet, ils seront soutenus par le CCP. Si malgré ces mesures, les valeurs cibles ne sont pas atteintes après l’écoulement d’une certaine période, les offices en question seront contraints, dans un deuxième temps, à appliquer une politique de discrimination positive à l’égard des communautés linguistiques sous-représentées. Cela veut dire qu’ils ne seront autorisés à recruter que des candidats appartenant aux communautés linguistiques sous-représentées jusqu’à ce que les valeurs cibles soient atteintes.

  • Que voilà un sujet qui réveille les Welsches et les autres! La propagation d’une langue dépend plus de la puissance de l’Etat qui l’impose que de sa beauté: le latin sous l’empire romain, l’espagnol du temps de Philippe II, le français avec les Bourbons et jusqu’à Napoléon, avec une longue prolongation au XIXe siècle, l’anglais dès la guerre de 14-18, avec l’arrivée en force des Etats-Unis. N’oublions pas que les Américains de Roosevelt rêvaient de mettre la France défaite en régie et que le français a été admis comme langue officielle de l’ONU à une voix près.

    Il y a cinquante ans, la république de Chine publiait des revues et des calendriers en français, quelques années plus tard, ils étaient en français et espagnol, et maintenant?

    Ce n’est certainement pas en acceptant que la bibliothèque de l’EPFL s’appelle Rolex learning center que les Welsches vont sauver leur langue.

    En attendant d’être obligés d’apprendre le chinois pour survivre, balayons devant notre porte.

  • 10
    Pedro del Río

    Curieux, en prenant l’évolution de l’italien pour soutenir tes arguments à faveur du Suisse allemand, tu te fais un mauvais service. L’italien standard est aux dialectes régionaux ce que le Hochdeutsch est aux dialectes allemands, compris les alémaniques. Il y a au moins la même distance linguistique, si pas plus. Jusqu’à la fin du 19ème siècle l’italien n’était parlé en Italie que par une petite minorité de gens cultivées. On a estimé qu’en 1860 peut-être 10% des italiens comprenaient l’italien et 5% le parlait, les dialectes étant les langues maternelles des italiens, pas l’italien. Je te rappelle que les dialectes italiens sont en partie inintelligibles entre eux; essaie de parler milanais à Rome et personne ne te comprendr ; essaie de comprendre le génois ou le napolitain après avoir grandi au Tessin et tu verras que tu ne piges pas un mot. Le premier roi d’Italie parlait piémontais et français, pas italien. Les italiens on donc adopté l’italien, langue semi-artificielle parlé nulle part telle quelle, même pas en Toscane, pour se comprendre entre eux. Les italiens sont donc passés de la langue locale à la langue standard, tout en gardant dans la plupart des régions la première. Ceci est le contraire de ce que tu postules pour les alémaniques qui devraient abandonner la langue standard pour rester avec la locale. Moi, en huit ans de vie à Zurich et 5 de travail à Berne j’ai toujours refusé de parler activement le suisse allemand. Je n’ai jamais accepté que les tessinois vivant en Suisse alémanique soient censé apprendre le suisse allemand quand les alémaniques qui vivent au Tessin n’apprennent pas le tessinois. Je suis pour la réciprocité des droits et des devoir entre les communautés linguistique et tant que moi, étant italophone, je n’ai pas les mêmes droits que les francophones et les alémaniques, je continuerai à détester la Suisse. Je pourrais même jeter le passeport suisse si j’en avais un autre.

  • Merci Curieux et Joel! Je me sens moins seul avec mes propositions qui font sourire mon entourage…

    Pourquoi s’énerver à apprendre une langue inutilisable dans la vie courante? Pourquoi obtenir des certificats Goethe que, pour ainsi dire, aucun Suisse allemand n’est capable de passer (véridique!!!)? A quoi servent tous ces diplômes si nous ne sommes pas capable de commander une bière ou un billet de bus?

    A Zürich où j’ai déménagé en 1987 pour apprendre « le » Suisse Allemand (je croyais qu’il n’en existait qu’un…), aucun cours de Suisse Allemand n’était disponible (en fait si, mais uniquement pour les Suisse Allemands!!!). Grâce aux réunions du ZEF (Zürich en Français), j’ai pu apprendre les bases me permettant de mettre le pied à l’étrier (les plus importants: tout ce qui se termine par « -ung » se dit « -ig », « gsii » signifie « gewesen » et « gsee » signifie « gesehen »). A partir de là, il m’a enfin été possible de comprendre un peu plus les phrases.

    En deux mots: apprenez l’Allemand jusqu’à ce que vous abordiez les formes passives. Rien ne sert d’aller plus loin pour vous débrouiller en Suisse Allemande.

    Quant au Bärndütsch, il a l’avantage de résoudre certaines difficultés de l’allemand… mis à part certains mots, c’est la forme de politesse (« Ihr » et « Sie ») qui nous est tellement difficile à apprendre, alors qu’elle est utilisée en Bärndütsch de la même manière qu’en français (« merci à vous » se dit à ZH: « danke Ihnen » et à BE: « danke Euch »)… En deux ans, maximum, nous pouvons acquérir le Bärndütsch de sorte à pouvoir commander une bière ou un ticket de Bus…

    En deux mots: vive le Bärndütsch, apprenons tous le Bärndütsch!!!

  • Antonio (del Rio), même si ce n’est pas poli de tutoyer quelqu’un qu’on ne connaît ni d’Eve ni d’Adam, je le ferai avec toi puisque tu en as pris l’initiative.

    Tu as peut-être raison de dire que ma comparaison ne tient pas, entre le propos de Dante souhaitant élever au rang de langue littéraire la langue « vulgaire » qu’était à son époque l’italien dialectal par rapport au latin, langue noble que tous les clercs, dont lui, pratiquaient quotidiennement, et l’inévitable destin du suisse allemand qui à mon avis deviendra fatalement une langue officielle, tôt ou tard.
    Je pensais à l’Italien vulgaire devenant langue littéraire par opposition au latin, par analogie avec le Mundart suisse allemand par rapport au Hochdeutsch.

    Je prévoyais la disparition du Hochdeutsch comme langue parlée en Suisse, et l’élévation du niveau du suisse allemand, qui pourrait devenir une langue littéraire, ou plutôt le redevenir, car il l’a déjà été au Moyen-Âge sous le nom de Mittelhochdeutsch, langue de la cour des Hohenstaufen.
    Le Mittelhochdeutsch survit sous la forme de patois et dialectes locaux appelés Bärntütsch, alsacien, alemannisch, Züritütsch, Baslertiitsch, Wallisertiitsch, etc. C’est une langue alémanique archaïque qui a retrouvé une forme classique et littéraire déjà avec la grand poète Johan-Peter Hebel au XVIIIe siècle.

    Comme M. Lecoultre le rappelle très justement, c’est l’absence d’un état centralisé comme celui de Philippe II en Espagne, ou de Louis XIII et Richelieu en France, qui explique que l’ancienne langue courtoise de l’Alémanie ait dégénéré en dialectes. Mais le processus peut avoir lieu au XXIe siècle. Ce n’est pas trop tard, du moment que la Suisse reconnaîtrait enfin à cette langue un caractère officiel, constatant ce fait incontournable: le Hochdeutsch est une langue étrangère mal aimée par la population.
    Donc ce que j’entrevois – je le vois plus comme une évolution inévitable que comme un souhait – c’est la naissance future d’une nouvelle langue standard alémanique, qui supplantera le « bon allemand » comme la langue satndard italienne a supplanté le latin.

    Bien sur cette nouvelle langue ne tuera pas les dialectes, pas plus que l’italien standard n’a tué les dialectes locaux italiens dont tu nous rappelles à quel point ils sont restés forts.

    Enfin, puisque tu craches ton venin contre la Suisse, ce pays que tu détestes, je ne vois pas ce qui t’empêche de demander la nationalité italienne.
    Tu auras alors la possibilité d’être gouverné par la Lega Nord, qui propose quant à elle, la création d’une langue nouvelle: le Padan, issu des dialectes du nord de l’Italie.

    Toi qui n’aimes pas le provincialisme suisse allemand, je suis sur que tu adoreras, en revanche, le « campanilisme » (esprit de clocher) padan. Dans cette ambiance particulièrement ouverte au monde et large d’esprit, tu pourras certainement t’épanouir mieux qu’au milieu de ces lourdauds de Suisses allemands qui ne te reconnaissent pas, estimes-tu, à ta juste valeur!

  • Je ne comprends pas l’argumentation de l’article.

    S’il est vrai que les alémanique parlent généralement mieux le français que les romands ne parlent l’allemand, dans l’administration fédérale il en va autrement : les romands la plupart du temps maîtrisent l’allemand et ce par nécessité ; les alémaniques qui n’ont pas cette nécessité maîtrisent souvent bien le français mais souvent aussi très mal. Le résultat est que les romands qui doivent lire l’essentiel de la documentation en allemand, souvent assister à des séances où les alémaniques s’expriment en suisse-allemand, doivent en plus s’adresser à leur compatriotes en allemand s’ils veulent être compris.

    S’assurer que les alémaniques de l’administration fédérale maîtrisent le français paraît donc juste et équitable. « L’inverse » de fait est moins nécessaire car les romands n’ont pas le choix.

    Je pense qu’il serait intéressant que M. De Buman puisse exposer sa position dans Domaine Public

  • Je lis à réitérées reprises que les alémaniques maîtrisent mieux le français que les romands l’allemand. En est-on si sûr ? Je crains qu’il s’agisse-là d’une idée reçue parmi tant d’autres.

    J’ai vécu pendant plusieurs années en Suisse alémanique (à Zürich) et j’ai trouvé bien peu de gens avec qui la conversation était plus commode en français qu’en allemand (sans que j’aie un niveau d’allemand extraordinaire…). En fait, la génération alémanique qui a aujourd’hui plus de 50 ans maîtrise effectivement particulièrement bien notre langue. De même, les alémaniques des régions limitrophes (Berne, Bâle, Soleure, Fribourg, Valais) sont souvent brillants en français. Mais une petite visite à Zürich, Winterthour ou St-Gall, en particulier auprès des jeunes, permet de remettre quelque peu en cause la belle idée reçue.

    Une recherche, il y a quelques années, avait mis en évidence que les romands avaient tendance à sous-estimer leurs connaissances linguistiques et les alémaniques à les surestimer (dans les CV). Ce qui n’aide pas à sortir des idées reçues…Mes expériences dans des associations nationales auraient tendance à corroborer cela : les romands gardaient toujours les écouteurs sur les oreilles pour la traduction alors que les alémaniques écoutaient directement les orateurs francophones, en comprenant parfois fort mal. Nous l’avions très bien compris : les interventions vraiment importantes, nous les répétions en deux langues !

    Au fond, s’il y a des confédérés à admirer pour leurs connaissances des langues, ce sont les suisses-italiens et les romanches. Mais c’est peut-être aussi une idée reçue…

    Cette question mériterait une enquête nationale pour évaluer sérieusement les connaissances linguistiques des Suisses.

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