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L’école dans le collimateur des conservateurs

Harmos gagne à Fribourg, mais l’UDC poursuit son offensive réactionnaire

«Harmos», le concordat intercantonal en matière de scolarité obligatoire, a souverainement passé le test référendaire en terre fribourgeoise. Ce succès n’est en rien anodin; douze cantons ont maintenant adhéré à ce concordat qui harmonise l’âge de l’entrée à l’école, la durée de la scolarité obligatoire, les objectifs et les passages entre les niveaux d’enseignement et la reconnaissance des diplômes. Mais six autres (LU, OW, UR, ZG, TG et GR) l’ont refusé et les sept derniers doivent encore se prononcer. Fribourg donne un signal positif, après une série d’échecs en Suisse centrale et orientale.

L’obligation de fréquenter l’école dès l’âge de 4 ans – une obligation déjà largement répandue en Suisse – déplaît à certains parents. Cette réticence, mais aussi l’inquiétude face à des réformes pédagogiques pas toujours bien comprises n’ont pas échappé à l’UDC. Le retour à l’école de grand-papa est devenu l’un des piliers de son action, au même titre que l’immigration et la menace européenne. Le parti a déclaré la guerre à une instruction publique prétendument dirigée par des gauchistes. Une guerre en priorité contre Harmos et qui a valu quelques beaux succès cantonaux à l’UDC. 

Mais la défaite d’Harmos ne suffit pas aux conservateurs. Ils dénoncent les gouvernements de Lucerne et d’Uri qui veulent imposer aux communes l’ouverture d’écoles maternelles non obligatoires: une manière d’introduire Harmos de manière rampante, accusent les députés UDC de Suisse centrale.

Inspiré par Ulrich Schlüer, le très réactionnaire conseiller national zurichois, principal moteur de l’initiative anti-minarets, un programme-manifeste sur l’éducation a été élaboré qui esquisse l’école idéale selon l’UDC. Une école qui exile les élèves handicapés, difficiles et faibles dans des classes spéciales, de manière à ne pas freiner les meilleurs; après Harmos, l’UDC mobilise ses troupes cantonales contre le concordat sur la pédagogie spécialisée. Exil également pour les élèves étrangers qui ne maîtrisent pas l’allemand. Usage exclusif du dialecte à l’école enfantine pour favoriser le développement de la capacité linguistique! Plus de travaux manuels et moins de langues pour les élèves faibles du degré secondaire, pour mieux les préparer à l’apprentissage professionnel. 

Bref un programme solidement construit sur des idées reçues et ignorant des connaissances pédagogiques empiriquement établies. Sur l’étendard scolaire de l’UDC sont inscrites les valeurs de responsabilité et d’effort, sanctionnées par des notes aptes à sélectionner les meilleurs. Un programme peu apte à promouvoir scolairement la progéniture de l’électorat de ce parti. Mais qu’importe à l’UDC. Tel un parasite, elle se nourrit des problèmes ressentis par telle ou telle partie de la population et, le cas échéant, n’hésite pas à les attiser. Leur résolution ne l’intéresse pas.

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Discussion

  • « Un programme peu apte à promouvoir scolairement la progéniture de l’électorat de ce parti. »

    Il est bien connu, en effet, que les meilleurs votent à gauche, et que les électeurs de l’UDC sont à la fois des feignants et des primaires, pour ne pas dire des primates…

  • Je suis désolé mais, né en 1959 et ayant eu la chance de faire ma scolarité avant toutes ces réformes absurdes et ratées, je ne vois absolument pas le progrès qu’elles ont apporté.

    Il me semble, en effet, que ça a été une orgie de foutaises idéologiques soixante-huitardes débridées, pour le plus grand désavantage des élèves et surtout de ceux de familles défavorisées qui en ont pâti plus que les autres.

    En effet la seule manière d’aider les enfants intelligents de familles modestes à prendre l’ascenseur social consiste à leur transmettre des connaissances sérieuses avec des méthodes rigoureuses. C’est à dire à pratiquer une pédagogie de grand papa comme vous dites. Avec ces réformes le niveau a baissé et ceux qui en ont pâti sont bien entendu les moins favorisés. Les fils à papa ont pu aller dans des écoles privées et de toute façon ils ont des relations. Les gens de milieux modestes sont livrés sans bagage solide à la concurrence acharnée de plus riches et plus pistonné qu’eux.

    Le résultat est donc une société incomparablement plus inégalitaire qu’avant. Comme résultat d’une idéologie qui prétendait favoriser l’égalité des chances ce n’est pas brillant.

    Pas étonnant que le public ressente un malaise profond et accepte des initiatives, peut-être un peu simplistes, comme celle pour le retour des notes. Trop c’est trop. Il y a un ras le bol profond et on ne peut absolument pas avoir confiance. Les pédagogistes nous ont tellement prouvé leur dangerosité incompétente que peut-être on en est arrivé à se méfier d’eux, même quand ils font de bonnes choses. Mais dans ce cas, à qui la faute?

    Enfin, pour l’entrée à l’école à quatre ans, si c’était facultatif pourquoi pas? Mais que ce soit OBLIGATOIRE, c’est bien la PREUVE de l’intention collectiviste et totalitaire qui est à la base de la réforme. Il s’agit de faire des enfants des ilotes de l’état communiste que l’on espère réaliser, en douce, par la contrainte scolaire, puisque les gens n’en veulent pas si ce projet leur est proposé à visage découvert.

    Non merci! Ca ne passe pas et la population a nettement marqué son refus de cette évolution rêvée par mai 68.

    Si on prétendait m’obliger à mettre mon enfant à l’école dès 4 ans et interdire à ma femme de s’en occuper jusqu’à 6 ou 7 ans, ce qui est bien asssez tôt pour aller à l’école, j’estimerais que c’est une raison suffisante pour déménager et installer mes pénates dans un pays de liberté.

  • Oui, enfin un succès dans les urnes pour HARMOS! Bon, vu que la loi scolaire était déjà largement compatible, l’enjeu était biaisé. Reste que le populisme primaire n’a pas pris, c’est une bonne nouvelle en soi!

    L’école est un sujet trop important pour être simplement brandi comme oriflamme électoraliste. Si quelqu’un veut discuter du fond, c’est avec plaisir, mais cela ne semble malheureusement pas être le cas… Le symbole central est l’entrée à l’école dès 4 ans, qui est déjà appliqué dans de nombreux cantons, et seule une petite minorité profite du statut facultatif des premières années. Pour ceux qui seraient à ce point effrayés, de nombreux cantons permettent de prendre en charge l’éducation de ses enfants à la maison: http://www.cruxmove.com/KantonalSummary.html.

    L’école se doit de s’adapter à la société, et même anticiper les enjeux auxquels ses élèves seront confrontés. Le sujet n’est pas simple. Mais pour trouver et ajuster au mieux un équilibre qui permettra de faire progresser l’école, il est nécessaire que chacun entre dans le débat dans une optique constructive, pas simplement avec des bougonnements: « orgie de foutaises idéologiques soixante-huitardes », « pédagogistes [dangereux et incompétents] », « intention collectiviste et totalitaire », « état communiste » (surenchère au gouvernement de centre gauche…).

    J’aimerais encore signaler à M. Curieux que sa conception du Pays de Liberté semble en exclure 50% de la population, une autre conception d’un autre âge qui a encore la cote de l’inertie!

  • L’auteur semble se donner plus de peine à dénigrer les conservateurs avec de vieux clichés (l’école de grand-papa) qu’à argumenter en faveur d’Harmos.

    Un débat similaire, avec le même genre d’arguments, se déroule dans le canton de Vaud. On est en droit de se demander, après plus de 20 ans de réformes, pourquoi il faut à nouveau tout chambouler. Les réformes d’il y a 20 ans étaient-elles donc si mauvaises? On peut le penser, mais pourquoi alors reprendre les mêmes réformateurs, la même idéologie idéaliste? C’est ce que le citoyen aimerait comprendre, pour un peu retrouver confiance dans ses autorités.

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