La double leçon de la votation sur le taux de conversion

Le deuxième pilier mérite mieux qu’un bricolage. Et la majorité bourgeoise doit se convertir à la négociation et au compromis

Le verdict est sans appel. Rares sont les projets émanant des autorités qui rencontrent une opposition aussi vigoureuse. L’analyse Vox dira les motifs précis qui ont conduit à ce rejet. Mais on peut déjà, sans grand risque d’erreur, imputer cette vague de fond d’abord au mécontentement populaire engendré par la crise financière et économique, par l’arrogance et l’impunité des dirigeants qui ont contribué à son éclatement, par le relatif laxisme des pouvoirs publics à l’égard de ces derniers. Dans ce contexte, l’austérité exigée du plus grand nombre passe mal. D’autant plus que le Parlement avait déjà adopté une première baisse du taux de conversion, entrée progressivement en vigueur en 2005 pour déployer tous ses effets en 2014. Revenir à la charge en chemin, sans attendre de mesurer l’impact de la première baisse, n’a guère contribué à rendre crédible ce nouveau tour de vis.

Ce résultat laisse pourtant entière la double question du rendement du capital épargné et de l’espérance de vie à la retraite, les deux paramètres qui déterminent le montant de la rente: si le rendement s’amenuise et l’espérance de vie continue de progresser, la rente ne peut que diminuer. Le dossier reste donc d’actualité. Mais son traitement nécessitera plus de sérieux et de transparence que les autorités n’en ont manifesté jusqu’à présent: la fixation des minima – taux de conversion et taux d’intérêt – proposés par une commission d’experts non désintéressés selon des critères obscurs, puis corrigés le cas échéant et adoptés par le pouvoir politique, n’offre pas la garantie d’objectivité indispensable à leur acceptation par les assurés et les rentiers. D’autres modèles fonctionnent ailleurs.

La dispute sur ces minima n’épuise pas la liste des points problématiques de la prévoyance professionnelle. Le débat référendaire a permis de mettre en évidence des déficiences dans le fonctionnement du 2e pilier, déficiences qui coûtent cher aux assurés. La gestion des caisses de pensions s’insère dans un contexte financier fort différent de celui qui prévalait en 1985, lorsque fut rendue obligatoire cette assurance. Ces caisses se retrouvent aujourd’hui en charge de placer des centaines de milliards sur un marché financier d’une extrême complexité. Dirigées de manière paritaire par des miliciens, elles doivent recourir à une armée d’experts et conseillers en placement grassement rémunérés. Le Conseil fédéral leur a récemment ouvert le marché des produits structurés et autres hedge funds aux promesses de rendements aussi rémunératrices que hasardeuses. Les sociétés d’assurance, gérantes des fondations collectives, aspirent une part trop importante du rendement des placements des cotisations, avec la bénédiction du Conseil fédéral. Sur tous ces points, les réformes doivent contribuer à remettre au centre du dispositif les intérêts des assurés.

Le modèle du 2e pilier a été conçu dans l’idée d’un emploi stable dans la même entreprise tout au long de la vie active. Ce modèle est périmé. Ainsi l’augmentation du taux de cotisation en fonction de l’âge de l’assuré constitue un handicap pour les travailleurs de plus de 40 ans à la recherche d’un nouvel emploi comme pour les entreprises qui voudraient les engager. Alors que la mobilité professionnelle est aujourd’hui nécessaire, le salarié continue d’être dépendant de la caisse de retraite de son entreprise et se trouve pénalisé lorsqu’il est dans l’obligation de trouver un nouvel employeur.

Plus fondamentalement se pose la question de l’épargne forcée que représente le deuxième pilier et de son impact sur l’économie. La fourmi helvétique n’en fait-elle pas trop et toute cette liquidité ne contribue-t-elle pas à un emballement boursier sans rapport avec l’évolution de l’économie réelle? Un rééquilibrage entre le premier et le deuxième pilier permettrait de dégonfler cette bulle d’épargne. Et de faire de l’AVS une assurance de base garantissant un revenu minimum décent.

Le verdict de ce dimanche constitue un camouflet pour la majorité bourgeoise et les organisations de l’économie qui ont pris la mauvaise habitude de tenter le passage en force, négligeant la négociation seule à même de produire des solutions équilibrées. Elles en avait fait la cuisante expérience en 2004 avec le rejet d’un paquet fiscal ficelé en faveur des privilégiés et d’une 11e révision de l’AVS boiteuse. Elle poursuit sur ce chemin périlleux avec la révision de l’assurance chômage et la nouvelle mouture de l’AVS. Sauront-elles tirer la leçon de ce nouvel échec?

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Discussion

  • 1.
    Galopin
    8 mars 2010 à 21:26
    Permalien

    Un des gros problèmes de notre pays tient dans la composition des Chambres fédérales. La preuve est faite qu’elles ne représentent absolument pas la volonté populaire, mais les intérêts de quelques lobbys. Ne conviendrait-il pas de publier les noms des conseillers nationaux et aux Etats qui ont voulu l’abaissement des rentes et d’avoir ainsi, pour les prochaines élections, une liste d’individus à ne réélire en aucun cas?

Les commentaires sont fermés.

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