Vécu: le réaménagement d’un quartier de la capitale du Costa Rica

Vue de Suisse, San José est à la fois très proche et très différente

Charlotte Robert
26 février 2010
DP 
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L’autre soir j’ai assisté à la présentation publique du plan d’aménagement de mon quartier. Le journal dominical l’avait annoncée: une pleine page avec des photos. Et le cinéma qui se trouve à 100 mètres de chez moi avait généreusement prêté sa salle pour la présentation.
 
D’abord important service d’ordre parce que les parkings du cinéma n’étaient de loin pas suffisants pour toutes ces voitures. Ce n’est pas tant que les Joséphins soient paresseux mais ils ont tellement peur d’être attaqués, en particulier la nuit, qu’ils ne font pas 50 mètres à pied. Le cinéma était archicomble, probablement 400 personnes. L’atmosphère était très conviviale, pour beaucoup c’était le premier couronnement d’années de travail. Le président de l’association se reconnaissait tout de suite parce qu’il saluait tout le monde. Le maire se reconnaissait à son ventre et l’architecte à sa tenue vestimentaire «décontractée».
 
Le président de l’association a ouvert la réunion en disant: «l’individualisme est mort avec le 20ème siècle; le 21ème siècle est celui du travail en équipe.» Pour preuve, pendant cinq ans, avec deux autres personnes, il a fait du porte à porte pour présenter ses idées et recueillir celles de ses voisins. Le plan ne parle pas seulement des espaces publics, de la circulation et des parcs. Il s’attaque à la sécurité, aux manifestations artistiques, aux ordures, aux maisons à protéger, à la mixité, à un couloir écologique, aux arrêts de bus et de train, aux handicapés. Du reste toute la présentation a été traduite en langage des signes. Et, selon l’Ecole d’architecture de Barcelone, on ne parle plus d’opérations majeures mais d’acupuncture urbaine.
 
L’objectif est de repeupler le quartier (environ 1,5 km2) que se sont approprié des études d’avocats, des bureaux d’architecte, des ateliers de bijouterie, une maison d’enregistrement de disques. Et également de le rendre aux piétons. Pour cela toutes les rues seront mises à sens unique et les entrées dans le quartier seront limitées. Les trottoirs seront élargis. Pas moins de 700 arbres seront plantés. Mais surtout des bancs seront installés partout, encadrés d’un lampadaire et d’un arbre. L’association veut sortir les gens de leur maison et donner aux enfants – 20% des résidents – des espaces de jeu et la possibilité d’aller à l’école à pied.
 
La sécurité est un thème majeur ici. Deux mesures sont envisagées: améliorer l’éclairage public et installer sept caméras de surveillance. Selon un cercle vertueux, le plan vise à augmenter le nombre de piétons à toute heure. Moins on a peur de déambuler dans la rue, plus on va déambuler, moins on a peur, etc.
 
Sur le plan artistique, l’association aimerait non seulement protéger les bâtiments intéressants mais les signaler pour que les gens se rendent compte du patrimoine culturel qui les entoure. Le quartier est bordé par l’Ancienne Douane, un long bâtiment en briques qui n’a rien à envier à l’Arsenal de Venise. En face de chez moi se trouve la plus vieille maison de San José, avec des murs en terre et un  grand toit en tuiles romaines. Il n’y a plus guère de maisons bourgeoises de la fin du 19e mais pas mal de maisons de petits planteurs de café. Il faut pouvoir y pénétrer pour admirer les carreaux de céramiques des couloirs, les parquets en bois précieux, les puits de lumières qui éclairent les chambres du centre et évidemment le patio avec des bas-côtés couverts où tout peut se faire par temps de pluie.
 
L’architecte a réalisé un plan pour chaque aspect à travailler. Il a proposé des emplacements pour poser des sculptures et des petites estrades pour les musiciens de rue ou des voisins qui auraient envie d’enchanter le quartier, mais aussi pour des marchands de journaux ou de glaces.
 
Tout cela va coûter 800′000 $. En Suisse, il faudrait probablement ajouter un zéro. La municipalité va payer la moitié de la somme. L’autre moitié est divisée en deux entre les entreprises et les habitants. Imaginez-vous que des familles ont déjà versé leur participation et se sont engagées à continuer à verser 25 $ par mois pour l’amélioration de leur quartier. Je rêve.

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