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Bio: bon pour l’image, bon pour les marges

Ni les producteurs, ni les consommateurs ne se retrouvent dans le prix élevé des produits bio

icone auteur icone calendrier 20 février 2010 icone PDF DP 

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Belle performance de Coop! Malgré la crise et l’arrivée en force des grands distributeurs allemands, le groupe coopératif bâlois est parvenu, en 2009, à augmenter son chiffre d’affaires et sa part de marché en Suisse. La vente des produits bio est la pièce maîtresse de ce succès.

Coop récolte les fruits de sa politique de développement durable menée depuis plus d’une décennie: promotion des produits ménageant l’environnement et de ceux provenant du commerce équitable. Le groupe a reçu en 2007 le prix de bonne conduite économique décerné par Public Eye. Pour parfaire la promotion de son image positive, il publie en février 2010 le premier numéro de Verde, le Magazine du bio et du développement durable.
 
Félicitons-nous de constater que la pratique du commerce responsable peut aller de pair avec la performance économique. Ce succès de la vertu nous rappelle celui des équitables pionniers de Rochdale fondateurs des coopératives pour venir en aide aux consommateurs besogneux et mal payés du 19e siècle. Mais force est de remarquer que Coop a changé de cible. Au 21e siècle, l’entreprise veut sauver la planète sans trop d’égard pour les consommateurs.

C’est en tous cas ce qui ressort d’une enquête menée par la Fédération romande des consommateurs. Un panier de 46 produits bio coûte 71% plus cher que le même panier de marchandises conventionnelles. Migros, englobé dans l’enquête, fait à peine moins avec un écart de 64%. La FRC ne conteste pas le fait qu’une production respectant les critères biologiques coûte plus cher. Mais l’écart est énorme et se fait à l’avantage du distributeur-transformateur bien plus qu’à celui de l’agriculteur. L’exemple du lait est frappant. Pour un litre bio, le paysan reçoit un supplément de 18 centimes et les intermédiaires de 37 centimes.

Cet étalage de chiffres explique l’engouement de Coop pour le bio, il est bon pour l’image et bon pour la marge. Le consommateur, attiré par les vertus biologiques et conforté dans son choix par une publicité insistante, achète bio sans réserve et paie le prix fort. Bravo les artistes du marketing!

L’agriculture biologique marque le pas en Suisse. Ses méthodes exigeantes ont un coût élevé qui n’est pas suffisamment couvert par les prix. La production indigène étant insuffisante, les grands distributeurs s’approvisionnent de plus en plus à l’étranger. Pour parfaire son image vertueuse, on pourrait suggérer à Coop de sacrifier une partie de ses marges au profit des agriculteurs et, pourquoi pas, des consommateurs.

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Discussion

  • La stagnation de l’agriculture biologique en Suisse est une conséquence directe d’une approche idéologique et dogmatique du concept même d’ « agriculture biologique ». Basés sur une philosophie écologiste fondamentaliste et parfois foncièrement religieuse (agriculture biodynamique) les carcans que s’impose cette méthode de production agricole conduit à un échec programmé. Le refus absolu d’intégrer les progrès de la génétique moderne (plantes hybrides, OGM) est un sérieux handicap. Confrontée à de réelles difficultés de maîtrise de certaines pathologies végétales, à des problèmes de perte de fertilité des sols, à un déficit chronique de productivité, l’agriculture BIO n’est sauvée aujourd’hui que par la grande distribution, les multinationales de l’alimentaire et la publicité: ironie des choses pour les purs qui rêvaient d’un monde débarrassé du grand capital et d’une société proche de la nature. Il n’y a qu’une porte de sortie possible: une remise en cause, non pas des objectifs de l’agriculture BIO mais des méthodes qui permettrons d’atteindre ces objectifs. Une production de proximité, respectueuse de l’environnement n’est-elle pas en fin de compte le but à atteindre? Il existe une science agronomique qui offre un monde plus vaste et plus efficace que celui étriqué de la doctrine BIO d’hier.

  • 2
    R. Lecoultre says:

    L’enquête démontre que la vente de produits alimentaires biologiques sert surtout à gonfler les bénéfices de grands distributeurs et la vente d’organismes génétiquement modifiés aussi (Monsanto et Cie ne sont pas des oeuvres de charité). Le consommateur est maintenant renseigné, à lui de réagir avant que les paysans « biologiques » ne soient ruinés.

  • A grand renfort de publicité et de déclarations, Coop annonce sa volonté de > au titre du développement «durable». Ces efforts s’inscrivent dans un souci de préserver notre environnement (on peut du moins l’espérer) et … dans une optique marketing très tendance.

    La logique marchande reprend en effet vite le dessus. COOP vient en effet de lancer, en plein hiver, ses ventes annuelles d’asperges… du Pérou ! Bientôt viendront, comme chaque année en avril, le raison indien et les poires sud africaines.

    COOP incite ainsi ses clients à un comportement irresponsable ; une véritable aberration écologique, quand on sait que ces asperges sont transportées par avion sur des milliers de km. Les coûts (externes) de la pollution par le CO2 et autres oxydes d’azote qui accompagne ce type de transport devraient à tout le moins être ajoutés au prix de vente de la botte d’asperges en application du principe du «pollueur payeur»

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