Genève: quand la défense des locataires sert de cache-sexe à l’opportunisme politique

Le 7 mars, les Genevois votent aussi sur les économies d’énergie

La vie politique genevoise se caractérise depuis longtemps par la présence marquée des extrêmes, présence alternée plutôt que simultanée. A la gauche de l’échiquier, le parti du Travail supplanté ensuite par Solidarités; à droite, Vigilance dans les années 70, puis l’UDC. Et, nouveau venu brouillant habilement le repère gauche-droite – la défense de la veuve et de l’orphelin côtoie la dénonciation des frontaliers –, le Mouvement citoyen genevois (MCG). Ces formations, quand bien même leurs références idéologiques divergent, partagent une même stratégie populiste. Tous les mécontentements réels ou potentiels sont bons à exploiter, sans souci de cohérence politique. La révision de la loi cantonale sur l’énergie, soumise au peuple le 7 mars prochain, illustre à la perfection cette convergence des extrêmes.

Genève se décide enfin à prendre les mesures qu’implique une politique énergétique responsable. Si le projet est adopté, toutes les constructions nouvelles devront respecter le standard Minergie. et être équipés de capteurs solaires thermiques. Cette dernière exigence vaudra également lors de la rénovation des toitures. L’obligation de procéder à des améliorations énergétiques s’appliquera également à la rénovation des immeubles. Enfin les propriétaires des bâtiments les plus gourmands en énergie seront contraints de prendre des mesures d’amélioration.

Cette politique a un coût. Le propriétaire pourra augmenter le loyer à hauteur maximum de la baisse prévisible des charges énergétiques du locataire et, si les frais engagés le justifient, au maximum de 10 francs par mois et par pièce. A noter que la hausse prévisible du prix des combustibles fossiles devrait atténuer rapidement cette dernière hausse, seule véritablement réelle. Les éléments permettant de déterminer le montant de la hausse sont fixés par voie règlementaire. Le Conseil d’Etat disposera annuellement d’un crédit de 10 millions de francs pour couvrir la partie des frais non répercutables sur le loyer. Ces mesures, à condition d’être effectivement appliquées, devraient produire des effets substantiels. En effet le chauffage et la production d’eau chaude engloutissent à eux seuls 50% de la consommation de combustibles fossiles et produisent les deux tiers des émissions de CO2 du canton.

L’occasion était rêvée pour les formations populistes de se profiler en défenseurs des locataires – environ 85% de la population résidente. Et c’est ainsi qu’on retrouve l’extrême gauche, le MCG et l’UDC dans le front des opposants à cette révision législative. Un front dans lequel curieusement ont pris place les socialistes. Ces derniers croient-ils conjurer leur déclin en se ralliant à l’opportunisme des extrêmes?

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Discussion

  • 1.
    benoit genecand
    18 février 2010 à 23:00
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    Dans cette discussion, on évoque peu la responsabilité individuelle: il n’y aura pas d’économie d’énergie si les utilisateurs des logements (locataires ou propriétaires) ne modifient pas leurs habitudes en parallèle avec les travaux de rénovation. Si les fenêtres restent ouvertes, les lumières allumées, l’eau gaspillée (sans mentionner les week end à Barcelone…), il n’y aura pas grand progrès. On part de la prémisse que le locataire ne doit sentir aucun effet financier. Une manoeuvre neutre pour lui. Avec l’impression que l’environnement peut être sauvé gratuitement: sentiment erroné. Désolé pour les amateur de schémas répétitifs mais l’avenir de la planète, pour employer cette expression ampoulée, ne se laisse pas enfermer dans le prisme très genevois proprio-locataires.

  • 2.
    Carlo Sommaruga
    22 février 2010 à 16:23
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    Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir s’il faut s’engager pour sauver la planète. A l’exception de quelques milieux réactionnaires, tout le monde est d’accord sur l’urgence de la sauver. Ce qui est en jeu c’est les moyens pour le faire et qui doit payer.

    A ce propos, il est intéressant de voir comment les milieux immobiliers et économiques sont versatiles. A Neuchâtel, opposition totale à la nouvelle loi cantonale sur l’énergie, A Genève plein soutien à une loi qui ressemble beaucoup à la loi neuchâteloise.

    La différence entre les deux lois c’est d’une part l’ampleur des déductions fiscales et les subventions en faveur des bailleurs et d’autre part la remise en question d’un système de protection cantonal contre les augmentations abusives de loyer (LDTR).

    Les concessions financières obtenues déterminent l’engagement écologique des milieux immobiliers. Pourquoi la défense des locataires devrait-elle réagir différemment. Il n’est pas acceptable que l’assainissement se fasse sur le dos des locataires déjà fortement pressurisés par les plus hauts loyers d’Europe.

    Les milieux immobiliers genevois le savent bien. La fameuse LDTR permet déjà de dépasser les plafonds de loyer après travaux qu’elle fixe si les loyers ne procurent pas un rendement abusif. Mais les bailleurs ont voulu exclure cette vérification.

    Cela ne suffisant pas, ils ontobtenu de la majorité du Grand Conseil coordonnée par les Verts deux moyens d’augmenter les loyers sans devoir prouver que son rendement n’est pas abusif. Quelle aubaine pour les bailleurs du canton qui compte les loyers les plus élevés de suisse avec Zurich.

    Mais ce qui plus est, les bailleurs ne doivent même pas prouver l’efficacité des travaux entrepris sur la baisse des charges. Ils obtiennent quel que soit le rendement, une majoration des loyers sur le calcul théorique de la baisse des charges. Or, une étude du canton de Vaud montre qu’en la matière les calculs sont à 2/3 inexacts.

    Il y a plus, la modification de la LDTR prévue dans la loi modifiant la loi sur l’énergie empêche les contestations gratuites des loyers augmentés devant la commission de conciliation en matière de baux et loyer.

    Dans ce contexte, défendre les locataires, comme le font l’ASLOCA et le parti socialiste genevois, ne relève pas du populisme. Que des partis populistes les rejoignent n’est aucunement surprenant, car de fait ces forces défendent les intérêts des petites gens, soit la majorité des locataires du canton. Il appartient aux forces progressistes, comme le parti socialiste, de renforcer leur présence et leur action politique en faveur de cette catégorie de la population pour éviter que des forces populistes ne prennent le dessus dans le débat politique et les élections.

    La position du parti socialiste genevois qui invite à voter NON le 7 mars est ainsi tout à fait cohérente et juste.

Les commentaires sont fermés.

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