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Encore un voisin champion olympique!

Des médailles d’or qui jouent à saute-mouton sur la frontière franco-suisse

Les Jeux Olympiques permettent de réviser géographie et histoire de notre coin de pays. Il y a quatre ans (DP 1678), le Haut-Savoyard Antoine Dénériaz – originaire du Faucigny, territoire qui faillit être rattaché à la Suisse il y a 150 ans comme le rappelait récemment Joëlle Kuntz dans Le Temps – remportait la descente olympique. A Vancouver, c’est un Jurassien, Jason Lamy-Chappuis, qui remporte l’or olympique au combiné nordique, sport emblématique du massif transfrontalier qui mêle saut et ski de fond.

S’il s’en est fallu de peu que le sacre de Defago tombe de l’autre côté du Pas-de-Morgins et de la frontière, celui du combiné est aussi emblématique des liens transfrontaliers. Lamy-Chappuis, natif des Etats-Unis, vit depuis l’âge de quatre ans à Bois-d’Amont, village situé en amont de la Vallée de Joux, laquelle voit la frontière franco-suisse la couper en deux. En aval, du côté helvète, le lac de Joux et les célèbres manufactures horlogères; en amont, du côté français, le village tout en longueur de Bois-d’Amont et la station touristique des Rousses, et de nombreux ouvriers qui traversent la frontière pour aller travailler de l’autre côté. La vie quotidienne n’a jamais tenu si grand compte de la ligne géographique qui coupe la Vallée de Joux en deux depuis 1536 et la conquête du Pays de Vaud par LL.EE de Berne mais selon des limites qui ont fait l’objet de nombreuses contestations.

Le village de Bois-d’Amont présente en outre la particularité d’avoir été amputé d’une partie de son territoire située sur son versant sud, en direction du Léman. En effet, la France a cédé cette portion de territoire à la Suisse en échange de la vallée des Dappes, située plus à l’ouest en amont. Cette vallée a fait l’objet de nombreuses contestations entre la France et la Suisse. Napoléon Ier l’avait obtenue en échange du Fricktal argovien pour y construire la route toujours en fonction qui devait assurer la liaison de Paris à Milan par Genève en passant par le col de la Faucille. Au Congrès de Vienne, la Confédération obtient la restitution de la vallée des Dappes après la défaite de l’empereur. Mais les Français ont continué à revendiquer ce territoire et la Confédération helvétique a fini par céder aux exigences de Napoléon III en signant le traité de la vallée des Dappes du 8 décembre 1862 qui cède définitivement le territoire à son grand voisin.

S’il satisfaisait les dirigeants français, ce traité – toujours en vigueur – fâcha nombre des ancêtres du nouveau champion olympique. En effet, ils étaient les principales victimes des concessions faites par leur pays à la Confédération en échange de la vallée des Dappes. Alors que l’ancien tracé de la frontière suivait la ligne de crêtes du Jura du côté des sommets connus des randonneurs du Mont Sâla et du Noirmont, le tracé fixé en 1862 et toujours actuel longe à quelques dizaines de mètres la route qui traverse Bois-d’Amont. Par cette vicissitude de l’histoire, nombre de ces terrains situés dans une nature préservée sont ainsi situés sur territoire suisse – ceux des communes d’Arzier et Saint-Cergue – alors même qu’ils ne sont accessibles que depuis la France et qu’ils sont pour l’essentiel propriété de ressortissants français. Le Tribunal fédéral a d’ailleurs dû admettre une exception à la lex Koller sur l’acquisition d’immeubles par des étrangers pour tenir compte des particularités de ce territoire rattaché à la Suisse mais dont les propriétaires, pour citer l’arrêt de la Haute Cour, «n’ont guère accepté [l]‘abandon de la souveraineté française»!

Cette médaille d’or vient aussi récompenser les efforts d’une région moins économiquement favorisée que sa voisine helvétique mais qui sait faire preuve de dynamisme. Albert Tille rappelait récemment (DP 1856) la moyenne d’âge élevée des Combiers côté suisse. Elle explique certainement que l’on ait détruit il y a quelques années le mythique tremplin de saut de la Chirurgienne au Brassus, peu propice aux loisirs de retraités. Pendant ce temps, les Français ont construit de nouvelles installations dans la vallée des Dappes précisément et à Chaux-Neuve pour l’entraînement de leur jeunesse et de leur futur champion. Bravo à lui!

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Discussion

  • 1
    curieux says:

    C’est que toutes ces contrées font partie du même pays, un royaume médiéval appelé Haute-Bourgogne ou Bourgogne transjurane, qui couvrait presque toute la Suisse actuelle, (à l’exception des zones vraiment alémaniques de Suisse orientale), à quoi s’ajoutait l’actuelle Franche comté, la Savoie, le Val d’Aoste, etc. Ce royaume vivait en symbiose avec le duché d’Alémanie ou Souabe, qui regroupait quand à lui la Suisse orientale actuelle, le Vorarlberg, le Brisgau, une bonne partie du pays de Bade et de Würtemberg, l’Alsace et dont notre reine Berthe était issue, puisque cette princesse avait été donnée en mariage par le duc Bourcard d’Alémanie au roi Rodolphe II de Bourgogne pour se réconcilier avec lui après l’avoir battu à la bataille de Winterthur (919).

    Plus tard après 1032 la dynastie de Bourgogne s’éteignit et le royaume fut inclus dans le Saint Empire de Conrad le Salique. Son territoire fut disputé par plusieurs grands lignages dont celui de Guillaume-Otton un carolingien descendant des rois d’Italie qui domina la Comté de Bourgogne (Franche-Comté actuelle). La maison de Savoie tenta aussi de regrouper à son profit l’ancien royaume, avec certains succès dans le Pays de Vaud et en Valais avant d’en être chassée par les Bernois. Les Hohenstaufen par le mariage de Frédéric Barberousse et de Béatrice de Bourgogne rassemblèrenet toute la Bourgogne sous leur sceptre mais durent laisser un certain pouvoir aux Zähringen qui fondèrent Berne et Fribourg sans pouvoir s’imposer vraiment en Bourgogne. Beaucoup plus tard l’héritage de la transjurane sur le plateau suisse fut raflé principalement par les Bernois qui en laissèrent des mroceaux aux Fribourgeois et aux Valaisans lors des guerres de Bourgogne puis l’expédition de Nägeli en 1536. Dans ces actions Berne et Fribourg poursuivaient la vieille « politique bourguignonne » des Zähringen, leurs fondateurs.

    Ce qui est de l’autre côté du lac resta à la maison de Savoie, dont les domaines jouxtaient Morgins. C’est pourquoi le Valais a des familles savoyarde comme Chappaz. La Franche-Comté, par héritage, passa aux Habsbourgs et donc à l’Espagne. Il reste des bornes dans votre vallée de Joux qui nous le rappellent.

    C’est dommage que l’ensemble de la Haute-Bourgogne ne soit pas devenue suisse. Les Bernois avaient des vues sur la Franche-comté mais ils ont du se faire une raison à cause de Louis XIV. Après le traité de Plombières quand la maison de Savoie a lâché son duché ancestral, la Suisse aurait eu le droit d’occuper la Haute Savoie. Le conseiller fédéral Stämpfli, radical bernois, (toujours l’héritage des Zähringen) était pour mais Alfred Escher et les milieux d’affaires zurichois n’en voulaient pas, trop risqué.

    Il n’en reste pas moins que tout ça, c’est le même pays, dont des morceaux nous manquent. Voilà pourquoi ces skieurs dont vous nous parlez jouent à saute-mouton sur la frontière suisse. Mais ils appartiennent tous au royaume de Haute Bourgogne auquel reviennent toutes leurs médailles.

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