La campagne de votation du 7 mars sur le taux de conversion minimal dans la prévoyance professionnelle bat son plein. Comme lors de toutes les consultations, des arguments en forme de slogans reviennent de part et d’autre : «Non au vol des rentes», «Chaque année, un trou de 600 millions…». Il n’est toutefois pas sûr que ce genre d’arguments ou une gigantesque bataille de chiffres suffise lors d’un débat aussi complexe et technique.
On ne gagne pas une votation comme on réunit une majorité parlementaire. L’explication des enjeux constitue l’une des difficultés majeures. La brochure officielle contient sept pages sur ce sujet, dont une seule à disposition des comités référendaires. Des médias comme L’Hebdo ou Bon à Savoir, et bien sûr DP, proposent des dossiers spéciaux, mais il n’est pas certain qu’ils touchent de nombreux votants.
Alors, un nouveau type d’outil de campagne fait son apparition, et pas du côté des référendaires mais des partisans de la baisse du taux de conversion: une bande dessinée. Fruit d’un partenariat entre le dessinateur Christophe Badoux et le professeur Martin Janssen, elle émane d’une «idée discutée au sein d’Avenir Suisse depuis quelques temps» comme l’indique l’intérieur de la couverture. L’intrigue tourne autour d’administrateurs d’une fondation de prévoyance qui suppriment physiquement des assurés de 64 ans sans conjoint ni héritier pour bénéficier de «gains de mutation» (avoirs de vieillesse qui restent alors à la caisse de pension, permettant de faire monter artificiellement le taux de couverture de la fondation). La cinquième variable, titre de l’ouvrage, est l’espérance de vie!
L’histoire est amusante, mais la bande dessinée commence par trois pages plutôt déroutantes où un fonctionnaire de l’OFAS explique à un commissaire de police qu’il faut absolument baisser le taux de conversion à cause de l’évolution de l’espérance de vie. La suite se charge de le confirmer en montrant que la situation s’améliore lorsqu’on porte atteinte à cette espérance de vie, ce que personne ne souhaite évidemment dans la réalité. La bande dessinée est accompagnée d’une brochure d’Avenir Suisse qui s’ouvre d’emblée sur un premier chapitre intitulé «Problèmes structurels du 2ème pilier» et qui tente de présenter la baisse du taux de conversion comme une nécessité objective. Le professeur Janssen va même jusqu’à préconiser idéalement un taux de 4,48%. Cet ouvrage qui sort opportunément à quelques semaines de la votation fait partie intégrante de la stratégie de campagne massive des milieux économiques. Et elle évite soigneusement d’évoquer toute autre mesure substantielle de consolidation du 2ème pilier autre qu’un «replâtrage» du taux de conversion.
Une autre publication explicative vient également de paraître. Il s’agit cette fois d’un livre d’une centaine de pages intitulé tout simplement Le 2ème pilier et proposé par les éditions Loisirs et pédagogies (LEP) réputées pour leurs ouvrages de vulgarisation. Elle est l’Å“uvre d’actuaires respectés et bénéficie des illustrations rafraîchissantes de Mix&Remix. Il s’agit d’un panorama complet de la question avec un chapitre consacré aux «défis d’avenir» qui envisage diverses solutions. Cet ouvrage ne prend pas position sur les enjeux politiques, ni sur la question du taux de conversion. C’est donc l’ouvrage qu’il convient de recommander à tous ceux qui aimeraient simplement y voir un peu plus clair.
Le 2e pilier en dessins, pour faire campagne ou pour informer
La BD tente d’innover entre slogans et dossiers arides
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