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Les insoutenables écarts salariaux

Le sursalaire de quelques-uns n’est pas seulement un accaparement mais le mépris affiché du travail de tous

Qui brasse des milliards veut, sans gêne, gagner des millions. Dans l’ordre décimal, le million est une miette de milliard. L’on ramasse les miettes.
 
Mais la crise financière, le ralentissement économique, la montée du chômage ont rendu aux chiffres, ceux des salaires patronaux, ceux des indemnités de chômage, leur poids arithmétique. La contestation des trop bien nantis en est résulté, spontanée.
 
Certes la critique est souvent confuse, brassant dans le même rejet des notions pourtant distinctes: les bonus, le trading, les parachutes dorés, les participations, etc. Mais l’essentiel est dans la critique, le refus d’une société trop inégalitaire. Il faut alimenter ce débat comme on alimente un feu. La réduction des écarts se fera difficilement, hormis le recours à l’impôt, par voie réglementaire. Tout dépendra de ce que la société, selon ses critères de cohésion, juge acceptable ou rejetable.
 
Apparat

Les sociétés ne sont pas spontanément égalitaires. Partout, dans tous les temps, a été vécue ou mythifiée la geste du champion. Sous toutes les latitudes, il est récompensé, ses vœux sont exaucés, la fille du roi lui est promise. Certains se réfèrent aux revenus des grands du sport ou du spectacle pour justifier ceux de la finance et des multinationales. Mais le salaire des managers n’est en rien comparable à la récompense, partout reconnue, de l’exploit du champion, qui, par définition, demeure unique. Le champion est seul sur la plus haute marche du podium.
 
Il en va de même des dépenses d’apparat. Tant qu’elles ne sont pas balayées par un orage révolutionnaire, ces dépenses affichées ont une vertu institutionnelle. Le carrosse de la reine d’Angleterre a une fonction qu’on ne saurait attribuer à un paquet de stock-options.
 
Plus-value

L’ampleur des «salaires» des managers, c’est-à-dire de tous les états-majors de direction, dépasse largement la rétribution des services rendus, pour atteindre le niveau d’un accaparement partiel de la plus-value (DP 1738). Mais au moins, dira-t-on, les responsables de l’entreprise affrontent le marché où la concurrence est sans pitié. Ils créent des emplois. Leur réussite est de portée nationale.
 
En réalité, le dirigeant n’est jamais seul. Son succès dépend de tous les collaborateurs de la société, quelle que soit leur tâche. Sa réussite suppose un ordre juridique stable, tout un environnement propice au développement de l’entreprise. De même qu’en urbanisme on calcule la densité d’occupation par le rapport entre m2 construits et m2 au sol, il faudrait en économie calculer le rapport entre le chiffre d’affaires et la dépense publique qui le rend possible.
 
La justification des sursalaires est en soi une dénégation de l’apport de chaque contributeur.
Ces sursalaires sont indécents par l’avidité et le besoin d’accaparement qu’ils révèlent. Mais, surtout, ils ravalent au rang de quantité négligeable le sacrifice pourtant égal «de son repos, de sa liberté et de son bonheur» (A. Smith) que consent tout travailleur. Ils avilissent.
 
L’exigence égalitaire, telle que J. Rawls l’a exposée, n’est donc pas égalitarisme mais reconnaissance, dans le travail, de la dignité de l’homme. Un homme est un homme.

DOMAINE PUBLIC

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Discussion

  • Ce que vous dites n’est finalement qu’une collection de faits assez basiques, jusqu’à la conclusion:

    A mon avis ce que vous qualifiez de mépris du travailleurs de base serait plutôt une forme d’indispensable motivation pour le low et midlle management en lui faisant miroiter des sommets (qu’il n’atteindra jamais).

    Parce que soyons sérieux, même si vous privez tous les CEOs de leurs salaire pour le redistribuer a l’ensemble des « salariés meritants » ça ne changera strictement pas leurs vies, faites le calcul svp (42 mios de Vaselas sur les env 100’000 employé de Novartis = 35 Frs chacun par mois de plus!). Et si ça ne finit pas en peanuts dans la poche des salariés ça finira en peanuts dans la poche des actionnaires… belle victoire en perspective.

    Alors soyez honnête avec vous-même, surtout qu’il est assez ironique que la gauche se batte contre des salaires trop elevés… Lol.

  • « Le Champion est seul sur la plus haute marche du podium » Faux le champion de football n’est pas seul, il y a beaucoup de sportifs de haut rang qui gagnent énormement. Faux les vedettes de cinema ne sont pas uniques, il y a une foultitude de stars du spectacle qui gagnent des pactoles. De ceux là personne n’est jaloux, tout de même très curieux, mais des managers, les locomotives de l’économie qui boostent l’activité humaine et qui permettent à un tas de gens de vivre grâce à leur travail acharné et à leurs dons alors là la populace se déchaine, crève de jalousie parce qu’ils s’assimilent en quelque sorte à ces champions de l’économie qui font partie de leur monde. Ils sont salariés comme eux alors ils sont un peu comme eux, la base, et il n’y a pas pire jalousie qu’entre semblables alors que ceux du spectacle voguent dans l’olympe, ils sont inatteignables pour le bon peuple c’est pour eux une autre catégorie,un autre monde donc la jalousie ne peut pas les mordre.

  • M. Gavillet vous avez un style magnifique. Mais pourquoi cette notion d' »exigence égalitaire »?

    Les sursalaires des managers sont choquants, d’accord avec vous. Non pas parce qu’ils blessent une idéologique exigence égalitaire. Plutôt parce qu’ils sont inéquitables, ce qui est bien différent.

    Dans la foire d’empoigne entre les trois facteurs de la création de richesses que sont le capital, le travail, et la direction qu’on appelle aujourd’hui management, les directeurs-managers des grandes sociétés cotées abusent de façon déshonnête de leur position qui leur permet de fixer eux-mêmes la clé de répartition du résultat. Ils s’en attribuent la part du lion au détriment tant du capital qui a pris le risque, que du travail qui a fourni sa peine. C’est d’autant plus choquant quand des contrats léonins négociés dans la surenchère entre « chasseurs de têtes » leur garantissent des rémunérations exorbitantes même en cas d’échec du à une gestion hasardeuse.

    Il faut remédier à ces abus, mais la notion d’égalité n’apporte pas la moindre solution là où il est question d’équité certes, mais aussi de décence, et surtout d’efficience dans la gestion à long terme des grandes entreprises et de financement sain de l’économie pour le bien commun.

  • Que diriez-vous si votre voisin, suisse moyen, engageait une aide de ménage à plein temps et qu’il la paye 9 francs par mois. ?

    Vous diriez que c’est un salaud, c’est indécent.

    Votre voisin a peut-être un revenu de 5800 Fr/mois, il ne peut donc pas décemment payer son employée 9Fr qui correspondent à 1/650 de son salaire.

    Pourtant lorsque un patron de multinationale s’octroie 42000000 Fr de salaire annuel, c’est ce qu’il fait. Il estime admissbe d’être payé 650 fois le salaire du suisse moyen.

    Les revenus de certains dirigeants et traders sont très clairement indécents. D’autre part cette caste de super riches est nuisible (ils polluent avec leur mazeratti et 4×4 géants, ils font exploser le prix de l’immobilier, ils détruisent les équilibres économiques en spéculant etc).

    La solution doit être fiscale car toute autre solution sera bancale. L’état pourrait par exemple taxer à 90 % la part de revenus (= salaire+bonus+stock options et autres avantages) qui dépasse un certains montant. Disons 20 fois le salaire médian. Ainsi toute la partie du revenu d’un salarié qui dépasse 1,3 millions annuel serait taxée à 90%. Cela laisse tout de même plus de Fr 100’000 par mois pour vivre, ça n’est pas la misère.

    Ce mécanisme ne toucherait pas les revenu hors salaire tel que des droits d’auteurs ou royalties sur des brevets, afin de ne pas décourager la création.

  • Si 35 francs par employé ne signifie rien en regard des millions si mérités de M. Vasella, pourquoi M. Alan ne suggère pas que les 100’000 subalternes du grand patron ne lui envoie pas régulièrement 35 francs de prime supplémentaire en reconnaissance de ses immenses capacités. Puisqu’il n’est plus dans le coup, qu’ils le fassent à son successeur.

  • 6
    Giorgio Zürcher

    les différences retributives actuelles (même dans le sport d’élite) sont excessives; elles ne peuvent nullement être justifiées avec des raisons économiques. Il s’agit d’une questione de pouvoir: le management exerce un pouvoir exessif à détriment des travailleurs et de la collectivité publique. (les haut retributions des sportifs d’élite devraient servir à justifier en quelque sorte celles des managers). Leurs retributions (salaires fixes, bonus, etc) ne se trouvent en relation avece le succès de l’entreprise.

    Mais la chose principale c’est le critère de mensuration de ce succés: la cotation boursière et le profit net. En revanche – et ceci a été proclamé maintes fois par des entrepreneurs – la conservation et le dévelopment de l’entreprise ne sont pas pris en considération.

  • Que pensent DP et M. Gavillet de la proposition commune Minder-Blocher pour réguler les salaires abusifs des managers?

    Personnellement je pense que c’est une excellente solution, disons la meilleure solution POSSIBLE.

    En effet je trouve absurde la proposition socialiste de limiter les écarts de salaires par un coefficient arbitraire, (par exemple 12 x le salaire le plus bas). Si elle était adoptée elle ferait partir de nombreuses multinationales. Déjà M. Brabeck de Nestlé l’a fait savoir. Cela signifierait à la fois des pertes de places de travail, et de recettes fiscales. On se demande comment le PS peut faire des propositions aussi contreproductives.

    J’espère que cette intelligente proposition de compromis sera acceptée par le Parlement. Faute de quoi je voterai l’initiative de M. Minder.

  • 8
    Victor Giordano

    Les hauts salaires vous choquent. Vous oubliez de relever qu’ils produisent une masse fiscale non négligeable.

    Ce qui est bien davantage choquant, ce sont les bas salaires dans les entreprises. C’est cela que vous devriez dénoncer et pour l’amélioration des bas salaires que vous devriez lutter. DP se trompe de cible. Pour 10’000 salaires excessifs, il y a un million de travailleurs mal payés en Suisse. Ni la presse bourgeoise ni DP n’y font allusion. Voilà ce qui me choque. Jadis, la gauche défendait les petits. Aujourd’hui elle les ignore et s’attaque (mal) aux gros. C’est affligeant.

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