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Repositionnement

La Suisse peut vouloir se distinguer, mais ce ne peut être qu’à la loyale

Le monde a changé. Forte affirmation, à placer dans un discours de comices agricoles à la Flaubert, ou dans une allocution présidentielle du 1er août helvétique.

Le monde a changé, mais pas la Suisse. Elle vit toujours à l’heure du XIXe siècle, neutre, gardienne des cols alpins, ouverte sur les plaines européennes au fil des fleuves qui naissent de ses glaciers, fière, égoïste, humanitaire, hallebardière, et bancaire.

Hélas, se désole Henri Torrione, professeur de droit fiscal à l’Université de Fribourg (Le Temps, 18.1), «la mentalité du réduit national domine encore le dossier du secret bancaire». Et cet immobilisme, ou nos adaptations, bougonnes quand elles ne sont pas tardives et sous contrainte, sont ressentis ou dénoncés comme insuffisants et passifs. A citer, au hasard des lectures de presse, des forums, chacun dans son style et sa sphère de compétences, Xavier Oberson, Bertrand Piccard, Nicolas Hayek, Philipp Hildebrand… Quand des jugements se renforcent sans concertation, ce recoupement est révélateur et significatif. On ressent la nécessité d’une mise à l’heure. Mais on ne voit pas qui pourrait en prendre l’initiative avec l’autorité requise. D’où le malaise. Ceux qui parlent de réformes imaginent un Conseil fédéral regroupé, renforcé, mais chacun sait qu’il est divisé et fatigué.

Imaginons, coup de sac, que les Chambres soient dissoutes et les élections avancées. La consultation du peuple se traduira par le déplacement au Conseil national d’un petit nombre de sièges, limité par le quorum des circonscriptions cantonales. Pour le Conseil des Etats, la règle, à l’exception du Jura, est celle du système majoritaire. La réponse à la question du repositionnement suisse ne peut donc pas être donnée par l’alternance.

Il y a les prises de position sur les sujets qui préoccupent les citoyens: assurances sociales, impôts, affectation des dépenses. A ce niveau-là un compromis est concevable, souhaitable même sous la forme d’un programme minimum de législature, que DP préconise depuis ses premiers numéros il y a plus de quarante ans.

Mais l’enjeu, capital, historique même, tient à l’orientation de nos relations extérieures. Il s’énonce dans une règle fondamentale: agir et légiférer de manière que notre singularité, quand nous souhaitons la défendre, ne soit pas de nature à porter préjudice déloyalement à d’autres pays.

Ce principe doit permettre de distinguer ce qui est compétition régulière ou compétition avec handicap avantageux et faussé. C’est un impératif catégorique. Il faut en débattre dès maintenant. Choix irréversible sur lequel les partis ont à se déterminer.

Le repositionnement de la Suisse passe par ce débat fondamental à anticiper.

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Discussion

  • Le problème, que certains ne veulent pas voir, c’est que l’abandon pur et simple du secret bancaire n’est pas une option. Le poids économique de cette industrie est trop lourd.

    D’autre part, il y a encore un grand débat philosophique qui n’a pas encore été tranché par le souverain populaire. C’est la question suivante: existe-t-il une liberté publique, comparable à la liberté de conscience, comme au droit des journalistes à protéger leurs sources, permettant au citoyen de préserver une part de son avoir à la curiosité du fisc? (Ce qui comporte l’obligation du banquier de se taire s’il ne s’agit pas d’une affaire criminelle).

    Jusqu’ici cette liberté est bel et bien légalement reconnue au citoyen, et elle est entrée dans les moeurs.

    Maintenant les pressions internationales tentent de contraindre la Suisse à modifier sa pratique et sa culture dans ce domaine.

    La question sera soumise au constituant par l’initiative de l’UDC visant à sceller la conception actuellement en vigueur dans le marbre pour obliger le monde à la respecter.

    Cette votation aura lieu et elle sera cruciale. Elle se jouera non sur l’évasion fiscale étrangère mais sur le droit du citoyen suisses à détenir, oiu non, un bas de laine.

    Jusqu’à maintenant des dirigeants incapables ont fait à la fois trop de concessions, parce qu’ils n’osent pas affirmer fermement la conception suisse de la vie, et trop peu, parce qu’aucune concession ne satisfera jamais les fiscs prédateurs de pays qui ne connaissent pas nos libertés.

    Tant que le vote de principe n’a pas eu lieu le débat n’est que littérature. Même les TDI devront être ratifiés par le peuple.

    Bien que les « élites » semblent faire mine de capituler, il se pourrait que le citoyen soit encore attaché à son droit au bas de laine. Nul ne saurait préjuger de son vote.

    S’il refuse l’initiative UDC, et donc donne son consentement à la liquidation programmé du secret bancaire, alors la messe sera dite. On entrera dans une autre époque.

    Si l’initiative est acceptée en revanche, le calme reviendra après un magnifique tollé international qui fera admirer la Suisse dans le monde entier, comme le vote sur les minarets. Les empiètements de l’étranger seront stoppés car ils se heurteront à la légitimité difficilement contestable, du vote d’un peuple libre.

    Même la classe politique sera bien ennuyée. Encore une fois le peuple l’aura désavouée dans sa volonté de bradage et d’Anpassung. Même les banquiers seront gênés que le peuple leur donne une telle leçon, alors qu’eux-mêmes étaient prêts à se coucher.

    Alors bien sur il y aura des remous. Ca « isolera » un peu la Suisse, pour un temps, et rendra pratiquement impossible son adhésion à l’UE. (Quelle bénédiction!) Mais il y aura des limites aux rétorsions possibles contre un pays qui est le troisième partenaire économique de l’UE qui ne peut pas s’en passer.

    La place financière et la prospérité qu’elle génère sera sauvée pour plusieurs générations.

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