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Règlementation du secteur bancaire: où est donc passé le pilote politique helvétique?

Barack Obama propose, le G20 s’active, mais en Suisse seul le président de la BNS s’exprime. C’est faire le jeu des populistes

Pour répondre à la crise financière et économique qui a secoué la planète, les Etats ont rapidement et massivement soutenu les banques et les branches industrielles touchées. Par contre c’est avec lenteur et hésitation qu’ils planchent sur les mesures à prendre pour contraindre les banques à plus de prudence et éviter une nouvelle crise. Quant aux banques, la plupart ne semblent pas avoir pris la mesure de la situation. Partout elles se mobilisent contre les projets de règlementation plus sévère et n’hésitent pas à renouer avec les anciennes pratiques – bonus princiers et objectifs de rentabilité démesurés. Alors que valsent les milliards, le nombre des chômeurs croît et les dépenses sociales sont menacées par les mesures d’économie.

Barack Obama s’est enfin décidé à donner de la voix – l’échec démocrate lors de l’élection sénatoriale complémentaire dans le Massachusetts n’y est probablement pas pour rien – et se déclare prêt au combat contre Wall Street. La Suisse par contre, tétanisée par son conflit avec le fisc américain et la gestion d’un secret bancaire en voie de dilution, se distingue par la discrétion de ses autorités et des partis politiques. Non pas que rien n’ait bougé au pays de Guillaume Tell. Déjà la Finma, l’autorité de surveillance des marchés financiers, a règlementé le mode de distribution des bonus et peut contraindre une banque à diminuer leur montant au cas où la stabilité de l’institution serait menacée. Le ratio de fonds propres a été relevé pour les deux grandes banques.

La Suisse ne peut certes faire cavalier seul. Le chantier de la régulation financière a été ouvert en 2009 par le G20: niveau des fonds propres, transparence des transactions interbancaires, rémunérations du personnel, structures des établissements bancaires présentant un risque systémique et leur éventuel démantèlement, tous ces dossiers devraient déboucher sur des règles communes. Mais ce qui frappe, c’est le silence des politiques helvétiques. Seul Philipp Hildebrand, le nouveau président du directoire de la Banque nationale (BNS), occupe le terrain. Seul il estime que la Suisse devrait pousser la régulation plus loin que d’autres pays, puisque le bilan d’UBS et de Credit Suisse représente sept fois le PIB national, un record mondial. C’est encore lui qui trouve intéressante l’idée de Barack Obama de restreindre les activités de négoce pour compte propre des grands groupes bancaires, en clair d’exiger des banques qu’elles se concentrent sur leur mission première, récolter l’épargne pour assurer le crédit.

La complexité du problème comme sa dimension internationale exigent une coordination entre les Etats et des compétences techniques pointues. Ce qui ne dispense pas les autorités politiques comme les partis de prendre clairement position, de faire savoir à l’opinion publique que le temps du grand casino est terminé, que la collectivité publique ne veut plus être prise en otage par des spéculateurs de haut vol, que le «marché» n’est pas à même d’assurer les grands équilibres économiques et sociaux. Leur discrétion, voire même leur silence, ne peut que faire le jeu des populistes, habiles à détourner la colère populaire vers des boucs émissaires tels que les étrangers ou les musulmans. Un phénomène qui, dans la foulée de la crise, prend des proportions inquiétantes comme le relève Philipp Löpfe dans le Tages Anzeiger (Backlash, le 14 janvier).

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Discussion

  • 1
    benoit genecand says:

    Les Etats ont au contraire réagit vite et de manière variée: taxe sur les bonus, récupération fiscale immédiate des sommes versées, limite de taille et d’activités pour les banques, faisant preuve d’un mélange de créativité et de rapidité qui rappellent les comportements des banquiers d’affaires. Et qu’on ne vienne pas leur réprocher! Dans la partie politico financière, les Etats ne peuvent se contenter de courir derrière les banques avec des règles du jeu toujours dépassées. Ils doivent participer, quitte à modifier sans prévis les aiguillages qui départagent succès et échecs des acteurs privés. Du moins tant que ceux qui réclament un Etat passif – simple poseur de règles – n’auront pas débrouillé de manière convaincante l’histoire récente et expliqué pourquoi la règle de base du système libéral – succès pour ceux qui font les bons choix, faillite pour les autres – a été mise brutalement entre parenthèses pour donner un joker doré à ceux qui ont le plus profité des avantages du système.

    Alors, si l’Etat devient joueur, mieux vaut compter sur Hildebrand que sur Merz dans le camp étatique…

  • 2
    Giorgio Zürcher says:

    Bien sûr.la Suisse ne peut faire rien à elle seule. Mais il faudrait que les parties politiques prennent l’occasion pour examiner seriusement au moins les deux questions suivantes.

    - Comment faire prospérer le système bancaire sans le fameux secret.

    - Si la perspective « Suisse hors de l’UE » a encore des chances, et si oui dans quelle direction faudrait aller.

    (A propos de l’UE: elle présente aussi le même défaut grave que notre pays – voire une évolution démographique suicidaire avec la conséquente tendence à l’irrationalité-, donc il faut pas attendre trop d’elle. )

    Pour faire ça problablement un accord entre les partis serait nécessaire pour éviter les fuites démagogiques. En particulier il faudrait que l’UDC modères sa création de faux problèmes (le patois obligatoire dans les écoles maternelles, les minarets etc.)

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