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La crise écologique et la «rivalité ostentatoire»

Hervé Kempf développe une réflexion autour des changements nécessaires  pour sauver une civilisation du piège dans lequel elle s’enferme

Le journaliste Hervé Kempf était l’invité du «Café décroissance»  mercredi 20 janvier au Café-Théâtre «Pois chiche» à Lausanne. Pourtant, l’auteur n’est pas un habitué des marges politiques: depuis une vingtaine d’années, il traite des questions environnementales pour le quotidien français Le Monde.
 
Hervé Kempf a publié dernièrement deux essais remarqués: Comment les riches détruisent la planète en 2007 et Pour sauver la planète, sortez du capitalisme en 2009. Si ses titres sont assez provocateurs, le propos de Kempf s’exprime avec beaucoup de modération et sans dogmatisme, au risque de décevoir une partie du public acquis à la remise en cause de la croissance. Et après deux heures d’exposé et de questions-réponses, Hervé Kempf n’avait toujours pas prononcé le mot «décroissance».
 
L’auteur de ces deux ouvrages s’applique à redéfinir le capitalisme. Il ne tient pas particulièrement à la définition traditionnelle basée sur l’accumulation et l’exploitation des classes laborieuses. Il préfère se référer à Karl Polanyi et propose une approche philosophique du système: une société composée d’individus essentiellement motivés par la recherche de leur intérêt individuel et toujours en compétition. Au fond, peu lui importe la forme politique que prend le capitalisme. Il précise d’ailleurs que la forme actuelle ne ressemble plus à celle qu’ont connu les générations précédentes. Ces trente dernières années ont marqué une rupture de l’ordre de «la grande transformation» de Polanyi.
 
Lorsque Kempf parle de «sortir du capitalisme», il n’envisage pas de renoncer pour autant à l’économie de marché. Celle-ci reste selon lui un système relativement efficace pour organiser la production et la répartition des richesses. Mais elle doit alors être «strictement bornée» et respecter des règles en rapport avec la protection de l’environnement, le droit du travail ou la prise en compte des générations futures. Des domaines comme l’environnement, la santé ou l’enseignement doivent impérativement échapper à la dictature du marché. Or, justement, le marché ne connaît plus de limites: commerces du sexe, retour du travail des enfants, marché des organes, brevets sur le vivant, marché des émissions de carbone, polices et armées privées, etc.
 
Constatant les dérèglements liés à la spéculation financière, à la montée des inégalités, à la criminalisation de l’économie et à la crise écologique et énergétique, Hervé Kempf estime qu’une époque touche à sa fin. Notre génération est ainsi la première à se heurter aux limites de la biosphère terrestre. C’est ici qu’intervient une notion centrale dans la démarche du journaliste français: le monde développe une tendance à l’uniformisation autour de la «rivalité ostentatoire». Le  modèle culturel de consommation de l’élite mondiale tend à imprégner toutes les sociétés. Il s’agit pour lui avant tout d’une question de psychologie collective. Et l’influence des médias électroniques tend à développer et à étendre cette forme d’addiction à une surconsommation sans limites.
 
Le système capitaliste n’est plus capable de répondre à la crise écologique qui s’aggrave, car sa logique est opposée par nature à une limitation des besoins. Il faut donc compter sur le développement d’alternatives. Selon Kempf, «tout existe déjà» et 12 % du PIB de l’Union européenne serait déjà le fait de l’économie coopérative. Etant donné qu’il est impératif de réduire l’impact des activités humaines sur l’environnement pour affronter avec succès la crise écologique et énergétique, la priorité est de changer de modèle en développant des activités à impact écologique faible comme l’enseignement, la culture, la santé ou l’agriculture de proximité. Mais cela ne sera pas possible si on ne commence pas par les pays riches et, au sein de ceux-ci, par la limitation des revenus et de la «consommation ostentatoire» des classes aisées.
 
En somme, les propositions d’Hervé Kempf ressemblent à un programme social-démocrate basé sur la reconnaissance des limites de la planète. Rien de particulièrement utopique. Mais une double difficulté à faire avancer un tel projet au sein de «démocraties perverties»: d’une part contrer la mainmise des pouvoirs économiques et politiques sur des médias chargés de diffuser une idéologie de la surconsommation; d’autre part affronter les tendances autoritaires générées par les tensions d’une crise qui s’aggrave. Kempf a souhaité terminer sur une note optimiste mettant en exergue la prise de conscience croissante du danger: il faut parier sur «l’âme de la démocratie».

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Discussion

  • 1
    Luc Recordon says:

    Outre les activités ayant une faible empreinte écologique, celles qui tendent à réorienter la production industrielle vers un meilleur respect de l’environnement, soit l’écologie industrielle ou « clean tech »(la dépollution, les énergies renouvelables, etc.), sont très intéressantes aussi, y compris par leurs effets de levier plutôt sains: compétences pointues, exportabilité de compétences, surtout durabilité (même s’il est vrai que le recours à des matériaux rares ou polluants par leur processus d’obtention pose certains problèmes encore non résolus).

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