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La formation, seule réponse efficace contre le chômage

Plutôt que de remettre en cause la libre circulation avec l’UE en oubliant ses bénéfices, il serait plus efficace d’investir sur la main-d’oeuvre potentielle

Le taux de chômage continue de progresser. En moyenne annuelle, il atteindra 5,2% en 2010 selon le Secrétariat d’Etat à l’économie (seco). La faute à la libre circulation des personnes tonne l’UDC, pour qui tout accord avec l’Union européenne fait figure d’épouvantail. Et le parti du splendide isolement d’exiger la dénonciation de cet accord, sans évoquer bien sûr les avantages que procure à la Suisse un marché du travail libéralisé et les dégâts que provoquerait une rupture unilatérale.

Il est vrai que les autorités ont tout à la fois sous-estimé l’attractivité de notre pays pour les travailleurs européens – 6’000 immigrants chaque mois, en baisse de 25% depuis l’éclatement de la crise – et surestimé l’impact de cette crise sur le retour dans les pays d’origine. Par ailleurs, en 2009, le Conseil fédéral a renoncé à faire usage de la clause de sauvegarde qui lui aurait permis de limiter cette immigration, une possibilité qui ne se représentera plus d’ici 2014, date d’expiration de cette disposition: en effet, il faudrait que le nombre d’autorisations de séjour dépasse de 10% la moyenne de celles délivrées au cours des trois dernières années.

Reste que la libre circulation a dopé l’économie helvétique et par conséquent le marché du travail: 35’0000 actifs supplémentaires entre 2005 et 2008. Alors qu’on craignait un afflux de travailleurs non qualifiés roumains et bulgares, ce sont majoritairement des ressortissants européens bien formés qui sont venus. Avant 1990, plus de la moitié des immigrés ne disposaient pas d’une formation professionnelle et 20% seulement avaient suivi une filière académique. Aujourd’hui, le rapport est inversé. Comme le rappelle l’économiste bâlois Georges Sheldon (Tages Anzeiger, 18 janvier 2010), les besoins des entreprises en personnel qualifié ont profondément changé à cause de la délocalisation des activités à faible valeur ajoutée et des progrès technologiques. Ou les entreprises, en particulier dans l’hôtellerie-restauration, ont remplacé leur main-d’oeuvre peu qualifiée par des migrants européens mieux formés. Rendre plus difficile le recours à cette nouvelle immigration aurait des conséquences négatives sur l’activité économique et n’améliorerait en rien la situation des chômeurs.

Ces travailleurs étrangers sans formation constituent aujourd’hui le gros du contingent de chômeurs. Et cette tendance va perdurer puisque 20% des enfants d’immigrés terminent leur scolarité sans formation professionnelle. Nous payons maintenant le prix d’une politique d’immigration trop longtemps centrée sur une main-d’oeuvre bon marché. Ce prix, certains veulent le faire payer aux chômeurs qui pèsent sur les comptes de l’assurance-chômage et de l’aide sociale. Mais le temps n’est plus où l’on pouvait renvoyer sans problème les travailleurs dans leur pays. La libre circulation crée des droits, à juste titre. la solution ne réside pas dans un protectionnisme appliqué au marché du travail. Elle passe par une offensive massive dans la formation en faveur des personnes non qualifiées, Suisses aussi bien qu’étrangers, une dépense qui constituerait en fait un réel investissement.

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Discussion

  • 1
    Luc Recordon says:

    Ne pas oublier non plus que nous épargnons les frais élevés de formation des médecins, des ingénieurs, des biologistes et aussi dans les métierss non académiques qui vont avec. Cela en important en nombre et sans vergogne les spécialistes de ces domaines que d’autres ont formés (pas seulement l’Allemagne, car par un effet de domino elle se « réapprovisionne » en Europe de l’Est ou dans les pays du Sud). La périlleuse contrepartie, c’est que, le jour où par hypothèse les spécialistes d’Allemagne et des autres pays ne viendront plus, pour une raison quelconque, nous serons gravement le bec dans l’eau; nous tolérons une fragilité à long terme qui nous rapporte pour l’instant, mais pourrait nous coûter cher (on ne forme pas un médecin en moins de dix ans, un ingénieur ou un biologiste ne moins de cinq ans).

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