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Le combat syndical à l’échelle internationale

Sur la difficulté d’être l’interlocuteur du capitalisme mondialisé: un recueil de textes de Dan Gallin

icone auteur icone calendrier 3 janvier 2010 icone PDF DP 

Thématiques

Les multinationales jouent, faisant tourner le planisphère, de la diversité des sites; elles localisent et délocalisent. Au siège, l’état-major de direction prend les décisions stratégiques et centralise les bénéfices ou les investit sur place. Le souci d’efficacité voudrait que les syndicats s’organisent symétriquement. D’une part le terrain, celui des conventions collectives négociées; d’autre part, en interlocuteurs de la holding, les questions générales. Mais ce schéma est théorique. Si le capital accepte (non sans réticences, selon les lieux de production) la discussion des conditions de travail, il ne tolère pas que soit contestée sa planification.
 
Le syndicalisme international face aux structures concentrées du capitalisme est un contre-pouvoir nécessaire, mais difficile. Dan Gallin s’y est consacré pendant trente ans. Dans un ouvrage édité avec goût et grand soin par le Collège du travail, il présente son combat et ses expériences: Fil rouge. Expériences et écrits sur le syndicalisme international, 2009.
 
Formation

Toute société offre, pour accéder aux postes de responsabilité, une échelle sociale et un cheminement éprouvé. Mais ce parcours correct émousse l’inventivité. D’où l’apport précieux de ceux qui ont eu à connaître et à choisir d’autres cultures. Dan Gallin est de ceux-là. Ce qui justifie quelques repères biographiques.
 
Les enfants de diplomate sont contraints de subir le nomadisme de la fonction paternelle. Le père de Dan Gallin représentait la Roumanie comme consul général d’abord à Lwow (Pologne), puis à Hambourg, et enfin à Berlin en 1940. Mais pour que son fils n’ait pas à subir une éducation sous influence nazie, il l’inscrivit dans une école française et catholique, quoique sa famille fût de religion orthodoxe et sa mère de culture allemande. En fin de compte, mieux valait fuir l’Allemagne. En 1943, ses parents choisirent Le Rosey, l’internat rollois où furent (sont) formés les enfants de la haute société européenne et orientale. Dan Gallin dit y avoir reçu une éducation «pointue». Puis, rejoignant les filières traditionnelles, il prépara à Lausanne à l’Ecole Lémania une maturité fédérale. Attiré, hors programme, par le surréalisme et le trotskisme.
 
Boursier de l’Université du Kansas, il bourlingue aux USA qu’il parcourt… en autostop, et entre en contact avec une branche du trotskisme, l’ISL (Independent Socialist League). Ce qui lui vaudra d’être repéré par le FBI. Son visa échu et non prolongé, il rentre à Genève «chez ses parents», adhère au parti socialiste suisse, après avoir écarté l’idée de faire une carrière politique. Le mouvement syndical, en revanche, offre de manière plus directe des possibilités d’action face au capitalisme. Après quelques contestations et l’achèvement de ses études de sociologie, il devient secrétaire de l’UITA (Union internationale des travailleurs de l’alimentation). Il s’y consacre entièrement, y apportant et son originalité hors des cheminements battus et son réalisme.
 
Les sigles et les grandes victoires

Qui, lisant un ouvrage scientifique ou politique, n’a pas eu recours occasionnellement à la table des sigles? Mais pour suivre l’histoire du syndicalisme international, il faut s’avancer dans une jungle de majuscules et savoir distinguer le CESA du CES, ou la CISC de la CISL, quand ce n’est pas la CIA, elle, universellement connue. Ce jeu de sigles a un sens, il traduit la guerre des centrales. D’abord, reflet de la guerre froide, l’opposition entre les appareils d’obédience soviétique et les syndicats libres, mais encore il traduit la méfiance des Américains envers les syndicats qui, en Amérique latine notamment, sont surveillés par la CIA.  On lit aussi dans les sigles la volonté de Bruxelles de soutenir des syndicats qui seront les interlocuteurs privilégiés de la Commission européenne. Et dans ces luttes de pouvoir des appuis sont décisifs, par exemple celui des syndicats nord-américains des bouchers, des boulangers.
 
Mais l’alimentation a vu se constituer des géants de la production et de la distribution. L’UITA fut amenée à les affronter pour défendre l’existence de syndicats locaux. Des batailles furent gagnées parce que ces multinationales étaient mondialement connues sous leur nom, porteur de leur publicité – Coca-Cola, Nestlé – et donc exposées à une détérioration d’image. Les plus belles victoires furent celles où joua la solidarité syndicale. A citer, celle remportée sur Nestlé qui voulait la dissolution d’un syndicat au Pérou et qui céda sous la menace d’une grève illimitée dans son usine-phare de fabrication de lait en poudre… en Nouvelle-Zélande.
 
L’UITA ne négocie pas directement mais veille à ce que les droits syndicaux soient respectés. A l’interne, il faut s’assurer que les décisions sont prises démocratiquement, que les femmes sont associées aux décisions. Dans ce combat, le syndicalisme international peut aussi s’appuyer sur l’OIT (Organisation internationale du travail) qui, issue des Nations Unies, veille par le droit international à faire respecter la dignité des travailleurs.
 
Quel socialisme?

En décembre 2000, répondant à un tous-ménages de Christoph Blocher, Dan Gallin publie un essai Qu’est-ce que le socialisme? Il parut dans Domaine Public et fut encarté dans Le Temps.

Les simplismes blochériens consistaient à affirmer que le socialisme était essentiellement liberticide, de la même famille que le fascisme ou le stalinisme.  Il était nécessaire de corriger les erreurs de fait, voire les contre-sens dans l’interprétation des textes cités.

Mais à l’occasion de cette rectification, au sens fort du terme, Dan Gallin rend hommage aux socialistes qui ont inspiré son propre engagement. Notamment à ces hommes, tel Victor Serge, qui eurent, avec un courage intellectuel exceptionnel, à faire front contre le stalinisme, et contre l’ordre capitaliste. Les Mémoires d’un révolutionnaire de Victor Serge demeurent un témoignage capital de cet engagement. Quelque chose de cet esprit, et libertaire et organisationnel, se retrouve, trace trotskiste, chez Gallin. On pourrait la définir: une intransigeance non sectaire.

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