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Ce n’est pas en limitant les bonus qu’on évitera la prochaine crise financière

«Lernen aus der Krise – auf dem Weg zu einer Verfassung des Kapitalismus», une réflexion stimulante d’universitaires suisses

Les bonus et autres rémunérations exorbitantes des dirigeants bancaires et industriels, outre qu’ils n’ont aucune justification économique (DP 1738), constituent un objet commode de fixation. L’opinion publique trouve là une occasion tangible d’exprimer une indignation par ailleurs justifiée. Une indignation à laquelle les autorités peuvent répondre à bon compte: en imposant des limitations plus ou moins substantielles à la cupidité de ces dirigeants, ils ne touchent pas aux causes profondes de la crise économique et financière.

Ces causes, il faut aller les chercher dans les dérives d’un capitalisme émancipé du contrôle politique et enivré par la spirale du profit. Kontrapunkt, un groupe d’universitaires qui ambitionne d’analyser l’actualité économique et sociale sur la base des connaissances scientifiques, vient de publier un ouvrage éclairant. Conjuguant les approches de différentes sciences sociales, Kontrapunkt tente de disséquer la crise pour en rechercher les causes profondes et esquisser les mesures susceptibles d’en éviter la répétition. Survol rapide.

Comment caractériser simplement le capitalisme? C’est un système économique condamné à la croissance. L’investissement doit fructifier, sans quoi personne ne serait prêt à faire crédit. Ce profit est à son tour réinvesti et génère du profit, et ainsi de suite.

Dans cette «spirale de la croissance», pour reprendre le terme de l’économiste saint-gallois Hans Christoph Binswanger, l’inégalité dans la répartition des profits conduits à l’apparition de fortunes et de revenus colossaux. La croissance des fortunes privées n’a plus aucun rapport avec l’évolution économique. Ainsi entre 1950 et 1995 en Allemagne, la fortune financière a été multipliée par 461, le PIB par 141 et le revenu net des salariés par 18. 

Si l’on ajoute les vannes grande ouvertes du crédit bancaire, on aboutit à une énorme concentration de moyens financiers à la recherche d’un rendement. La pression à l’investissement est telle que les véhicules classiques – actions, obligations, foncier – ne suffisent plus. Les banques imaginent alors des produits sophistiqués tels que les dérivés, censés assurer profit élevé et sécurité. Ces produits représentent aujourd’hui le double de la valeur des formes classiques de la fortune. 

Parallèlement l’intensité et la rapidité des transaction financières ne connaissent plus de limites, un phénomène qui se traduit par le gonflement du bilan des banques. Mais ces dernières n’adaptent pas pour autant le volume de leurs fonds propres, ce qu’exigerait pourtant une gestion adéquate du risque. Le succès apparent de l’industrie financière n’est pas sans effet sur l’économie réelle qui se voit soumise à des attentes de rentabilité insensées.

Tous les acteurs – banques, agences de notation, pouvoirs publics, économistes – participent de cette euphorie et de cet aveuglement. Les quelques esprits critiques parmi les spécialistes sont moqués.

On connaît l’épilogue: insolvabilité des propriétaires immobiliers pauvres des Etats-Unis; effondrement des produits financiers à haut rendement et truffés de titres hypothécaires pourris dont s’étaient gorgées les banques, amortissements gigantesques imposés à ces dernières qui ferment le robinet du crédit, crise économique, endettement sans précédent des Etats pour relancer la machine.

Pour certains, la tempête est passée, tout peut reprendre comme avant: n’a-t-on pas entendu les patrons d’UBS et de Credit Suisse envisager un taux de rendement de 15 à 20% sur fonds propres? Et les mêmes rejeter un durcissement des prescriptions qui ne ferait qu’empirer la situation?

Or le besoin de règles apparaît évident. C’est leur absence ou leur insuffisance ainsi qu’un contrôle public laxiste qui ont permis ces dérives. Kontrapunkt fixe d’abord l’objectif: faire revenir la finance au principe de réalité. Car ce secteur économique n’a qu’une fonction, soutenir l’économie réelle. L’argent ne crée pas l’argent. Les propositions de relever de manière substantielle le niveau des fonds propres et de ralentir le rythme des transactions (taxe Tobin ou une autre forme dissuasive de pénalisation) sont connues, même si leur adoption et leur mise en oeuvre sont loin d’être acquises. Mais ces mesures sont encore à mi-chemin de la source de la dérive financière, à savoir la concentration de la richesse. C’est donc à la répartition actuelle des revenus et de la fortune qu’il faut s’attaquer. En augmentant la part du travail dans l’affectation du profit. En prélevant une proportion beaucoup plus significative des revenus élevés grâce à une fiscalité progressive.

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Discussion

  • 1
    uranus says:

    Pourqui ne parle-t-on jamais d’interdire les placements à haut risque comme les produits dérivés qui peuvent décupler les gains mais le pertes aussi??

  • 2
    jessiekay says:

    Il faut d’abord examiner la composition des produits financiers: les décortiquer jusqu’à la base aurait permis d’éviter la « formation » des subprimes et autres CDS.

    Leur complexité est devenue telle que pratiquement plus personne n’y comprend quoi que ce soit.

    Et disons aux actionnaires d’arrêter cette spirale infernale du profit à tout crin: en donnant des consignes claires et précises aux dirigeants de ces entreprises, histoire d’éviter une UBS 2!!!

  • 3
    Luc Recordon says:

    Une nuance cependant: tous les produits dérivés ne sont pas à diaboliser. Ainsi, ceux qui servent à une simple couverture d’opérations à terme peuvent être utiles et non parasitaires; ils permettent par exemple d’offrir des taux hypothécaires fixes plutôt que variables et cela contribue à une stabilité des loyers et des annuités des propriétaires de leur propre logement.

  • 4
    phosphore says:

    Intéressante contribution. La cupidité humaine est hélas avérée: des acteurs visant des profits immédiats sur le dos de l’industrie et des travailleurs, qui n’hériteront pas à couler le redressement occidental en transférant leurs portefeuilles dans des continents plus productifs, et qui chargeront les états de la mission de maintien de l’ordre public. Si cela a bien réussi une fois, pourquoi ne pas recommencer?

    Pourquoi ne pas envisager un frein à cette cupidité en rendant obligatoire pendant au moins 6 mois-1année la détention d’un titre de propriété financière avant sa revente. Avec bien sûr les exceptions nécessaires, liées à l’utilisation industrielle immédiate des capitaux.

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Les commentaires sont fermés.

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