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Le retour aux sources et le choix européen

«Quand la gauche s’éveillera», de Jean-Claude Rennwald, illustre la contradiction européenne des socialistes

Ce fut d’abord un livre-tract, publié sur le net. Jean-Claude Rennwald y défendait sa candidature au Conseil national. Et, comme on sait, il fut réélu. Quant au livre, revu et augmenté, il fut édité papier (Favre, 2009, sous le titre Quand la gauche s’éveillera). La matière s’était augmentée de l’échec électoral du parti socialiste suisse. Perte de neuf sièges aux élections fédérales. Rennwald y voit «un des plus graves échecs» de l’histoire du PSS, «une débâcle». Il faut, dit-il, définir les conditions stratégiques de «survie». D’où le livre.

Situation suisse et schéma traditionnel

Partout la social-démocratie connaît des fortunes diverses. Paradoxalement elle ne sort pas renforcée de la crise économique et financière, alors que le rôle de l’Etat social, de la régulation, du service public sont des outils et des concepts qu’elle a défendus.

Dans ce tableau général, la crise suisse a des traits spécifiques. Les analyses révèlent qu’une partie de son électorat a été séduite par les slogans de l’UDC ou par les innovations des Verts. L’UDC a pu se greffer sur l’ancien parti des Paysans, Artisans et Bourgeois, ce qui lui donne une respectabilité historique. Devenue premier parti de Suisse, elle siège au gouvernement, même si son leader n’y fut pas réélu; le PSS acceptant cette cohabitation imposée.

Il faut, dans ces circonstances, selon Rennwald, retrouver un langage et un programme qui parlent «aux couches populaires» – l’anachronisme de la formule étant gage de pureté.

Demandez le programme

Conçu primitivement comme préélectoral, le livre n’élude pas la question: comment gouverner autrement. Le lecteur peut se reporter au chapitre «Dix réformes pour 2012, ou quand la gauche gouvernera». A titre d’exemple: «Articuler travail, famille et vie sociale», «Finances et redistribution», «Démocratiser la culture et diversifier la presse». Chaque réforme mériterait discussion. Et plus généralement se pose la question: pourquoi n’ont-elles pas jusqu’ici été perçues par les «couches populaires»? La démarche de l’auteur ne laisse guère de place à l’autocritique. Ce que l’on retiendra pour le débat, ici, c’est la question européenne.

Europe

Rennwald se déclare enthousiaste de la cause européenne, et il est connu comme tel. Il reprend la critique d’un bilatéralisme qui révèle toujours plus ses insuffisances.

Les difficultés sont de deux ordres. La première – elle n’est pas éludée – est la hausse de la TVA à 15%. Mais l’on peut donner à cet impôt un caractère social en affectant au financement de l’assurance-maladie la recette supplémentaire. La deuxième difficulté est celle des services publics qui contribuent à la cohésion nationale, à l’égalité de traitement des régions périphériques. Or Rennwald affirme catégoriquement que la défense du service public passe par «l’opposition à toute forme de libéralisation du secteur de l’énergie», le «maintien d’un monopole de la Poste aussi large que possible». Or, le maintien de ces monopoles est incompatible avec le droit européen, et non négociable. Un proeuropéen convaincu devrait reconnaître la suprématie de principe du droit européen sur le droit national.

Politiquement

La raison d’être de l’UDC est son opposition à l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne. Rouvrir les négociations, c’est logiquement l’exclure du gouvernement fédéral. Le parti socialiste, le PLR, le PDC, les Verts auront l’obligation de s’entendre pour conduire cette mutation historique. Cet accord gouvernemental, négocié ou implicite, fait de concessions réciproques, est difficilement conciliable avec un programme socialiste dur.

Comment à la fois se ressourcer et préparer une autre collaboration gouvernementale? Rennwald évoque et peut-être souhaite le retrait du PS du Conseil fédéral, mais ne serait-ce pas y installer plus solidement l’UDC?

L’intérêt du livre de Jean-Claude Rennwald, plus que dans les propositions programmatiques, tient à la contradiction, laissée ouverte, sur le choix européen.

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Discussion

  • Cet article est un des plus intéressants que j’aie jamais lus dans DP car y est exposé crument un choix politique fondamental: renoncement pur et simple au programme social-démocrate au profit du projet européen.

    Or, on voit bien que ce projet européen est conçu essentiellement en faveur des intérêts des multinationales et revient à abroger radicalement toutes les protections sociales conquises en son temps par le mouvement ouvrier. (La preuve: directive Bolkenstein, arrêts de la cour de justice Rüffert, Alfa, Viking, notamment, rendant OBLIGATOIRE le dumping social dans l’UE.)

    Vous appelez de vos voeux, pour mettre à l’écart l’UDC qui résiste à l’absorption de la Suisse dans l’UE, un « … accord gouvernemental, négocié ou implicite, fait de concessions réciproques, … difficilement conciliable avec un programme socialiste dur. »

    Devant un renoncement complet à tout ce que la social-démocratie avait durement conquis, inutile de s’étonner que le PS perde inexorablement sa base électorale à chaque élection. Encore moins étonnant que l’électorat populaire – qui existe malgré tout – rejoigne l’UDC. Si ça continue, le PS va se retrouver bientôt à un étiage entre 12 et 15%, à égalité ou même au dessous des partis résiduels du passé: PDC et PRD.

    Votre critique de la position incohérente de Rennwald est pertinente. Il faut choisir entre cette europe antisociale et le socialisme. Mais, aussi molle que puisse être la ligne sociale du PS, dans le vain espoir de trouver une plateforme pro européenne et anti UDC, le résultat risque d’être l’agonie électorale du PS, d’une part, et d’autre part pour l’accord avec le centre contre l’UDC, il faudra repasser. Trop d’intérêts communs lient ces partis à l’UDC.

    Si le PS pouvait se maintenir environ à 20%, ce serait, arithmétiquement, un peu moins impossible. Le double discours d’un ouvriériste comme Rennwald, consistant à faire croire aux ouvriers qu’on ne les a pas lâchés, tout en restant pro européen, ce qui est incompatible avec la défense de l’acquis social, est donc peut-être une tentative de sauver les meubles.Vous la désavouez et vous rejetez aussi sa suggestion que le PS se refasse une santé dans l’opposition, au risque de laisser champ libre à l’UDC. Or, si ce n’est dans l’opposition, comment le PS pourrait-il espérer refaire ses forces?

    Observateur extérieur, ce dilemme insoluble me semble indiquer que le PS est dans une phase de déclin historique irrémédiable, où, quoi qu’il fasse, il ne peut que perdre. Quand aux chances d’exclure l’UDC elles paraissent de plus en plus minces dans une situation où les différends vont se tendre et s’aigrir de plus en plus avec le monde extérieur (secret bancaire, libre circulation, minarets) et seront ressentis par la majorité comme prouvant la nécessité de défendre les avantages de la Suisse, avec un réflexe de citadelle assiégée, sans que personne ne puisse rien faire pour empêcher ce « repli identitaire »…

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