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Pas de sécurité alimentaire sans une véritable politique agricole

Ce n’est pas l’autarcie mais le commerce et les échanges qui viendront à bout de la faim dans le monde

icone auteur icone calendrier 16 décembre 2009 icone PDF DP 

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Les pays développés gaspillent la  nourriture, titre Le Monde du 12 décembre: selon une étude, 40% de l’alimentation disponible aux Etats-Unis est jetée! Un scandale alors que la faim est encore une réalité dans certains pays en développement. Pourtant si demain ce gaspillage cessait, comme le demande l’éditorial  du Monde, cela ne résoudrait en rien le problème de la sous-alimentation. Renoncer à l’élevage et à la viande, gros consommateurs de céréales non plus. En réalité, le niveau de production agricole dépend de la demande solvable de produits alimentaires et pas des besoins. Et la faim dans le monde est due avant tout à l’insuffisance des revenus de larges couches de la population.

Produire suffisamment pour nourrir sa population implique une politique agricole garantissant une certaine stabilité des prix, et prévoyant donc de financer des stocks pour les années de pénurie et de racheter les surplus en cas de bonne récolte. Un processus coûteux conduisant presque toujours à des stocks pléthoriques qu’il est tentant de brader sur le marché mondial ou de donner à des populations affamées. Or les pays en développement ont rarement les moyens d’une telle politique. Cela explique que les pertes de denrées alimentaires peuvent, toujours selon Le Monde, y atteindre jusqu’à 60%, faute de marché, de moyens de stockage et de transport. S’y ajoute les importations à prix cassés des surplus des pays riches qui achèvent de saboter tout effort national pour créer un marché pour les agriculteurs indigènes. Et ce sont ces agriculteurs qui, faute de débouchés pour vendre leur production, sont forcés d’abandonner leurs terres pour la ville. Ils vont alors grossir les populations des bidonvilles, sans revenus permanents et premières victimes de la faim et de la malnutrition.

Il n’y a pas de sécurité alimentaire et de politique agricole sans surplus très vite excessifs. Il faut donc trouver des débouchés à ces surplus. C’est sur ce problème que bute le cycle de Doha de l’OMC. Les pays industrialisés veulent continuer d’exporter leurs excédents agricoles et refusent d’abaisser leurs droits de douane à l’importation alors que les pays en développement veulent pouvoir exporter leurs produits.

Pourtant sont en train d’apparaître d’autres alternatives à l’utilisation de ces surplus: le Brésil produit de l’éthanol carburant avec ses excédents de sucre, les Etats-Unis avec leur maïs. A condition d’être intelligemment menées, de telles solutions pourraient permettre de renforcer les politiques agricoles, de créer de nouveaux emplois et, pour autant que la priorité reste à l’alimentation humaine, de garantir l’achat de l’ensemble des récoltes, condition du maintien, à long terme, d’une agriculture forte et prospère.

Lutter contre la faim, c’est produire suffisamment. Mais c’est surtout faire en sorte que chacun dans le monde ait un revenu qui lui permette de nourrir sa famille, en créant des emplois, mais aussi des aides aux plus défavorisés pour qu’ils puissent acheter des produits locaux plutôt que de leur distribuer nos surplus agricoles.

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