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A quand la révolution verte?

Prix du lait ou revenu paysan ne doivent pas occulter la question de la conformité de l’agriculture moderne avec un développement durable

Le prix du lait et le projet d’accord de libre-échange avec l’Union européenne monopolisent l’actualité. A moins d’un franc le litre, Uniterre, l’organisation agricole la plus remuante, voit pointer le crépuscule de la production laitière. Quand à l’Union suisse des paysans, elle rejette catégoriquement tout accord agricole avec Bruxelles, sans même en connaître le futur contenu.

On peut comprendre les inquiétudes du monde rural dont les conditions de production ont connu de profonds bouleversements ces dernières années. Les prix garantis ont fait place aux paiements directs liés à des prestations écologiques. Aux restrictions à l’importation, qui protégeaient la production indigène, se sont substitués des droits de douane, en conformité aux règles de l’OMC. Lesquels droits ont été progressivement abaissés, tout comme le soutien aux prix. Enfin la suppression du contingentement laitier a conduit à une surproduction et à une chute des prix (DP 1821). Pourtant une menace bien plus grave se profile et qui n’est pas propre à l’agriculture helvétique. La production agricole moderne se fonde sur une consommation intensive de facteurs – eau, pétrole et engrais – non renouvelables et la destruction des sols arables. A terme, ce pillage ne peut se poursuivre sans mettre en péril les bases même de l’agriculture.

La Constitution fédérale (art. 104) impose à l’agriculture une production durable qui doit contribuer tout à la fois à la sécurité alimentaire, à la conservation des ressources naturelles et à l’entretien du paysage et à l’occupation décentralisée du territoire. Dans son message concernant l’évolution de la politique agricole 2011, le Conseil fédéral présente une première évaluation. En matière écologique, certains résultats (p. 21 ss.) sont encourageants: les intrants phosphorés et phytosanitaires sont en baisse et les surfaces de compensation écologique en forte hausse. Par contre la consommation d’énergie reste stable et l’on n’observe aucune substitution d’énergie fossile. Les terres arables continuent de diminuer et les pertes enregistrées sont définitives à cause de l’imperméabilisation des sols (constructions, infrastructures). Pas de données par contre sur l’évolution de la consommation d’eau et la pollution aquatique, tout comme sur l’appauvrissement des sols.

La Constitution stipule également que la production agricole doit répondre aux exigences du marché. Plus d’écologie certes, mais aussi plus de marché et de compétitivité. A terme on voit difficilement comment ce mariage pourra évoluer de manière harmonieuse. Ainsi, pour assurer sa compétitivité, la production animale recourt à des importations de fourrage en hausse. Le marché commande. Alors que le cheptel bovin compte plusieurs dizaines de milliers de têtes superflues en regard de la demande de lait. Le marché résiste. Produire à des coûts compétitifs se conjugue difficilement avec l’exigence de durabilité.

Le débat sur le prix du lait et le revenu des agriculteurs ne doit pas occulter celui, plus vital encore, portant sur les types de production et la manière de produire conformes à une agriculture durable.

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Discussion

  • 1
    R. Lecoultre says:

    Il a fallu des années aux grands sorciers du capitalisme pour imposer « la main invisible » du marché à tous les jobards de l’économie. Combien faudra-t-il attendre encore de lustres jusqu’à ce que les « souverains consommateurs » ouvrent les yeux?

Rétroliens

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