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Initiative «poste forte»: le meilleur et le pire

Pourquoi inclure une disposition incompatible avec une adhésion à l’Union européenne?

La récolte des signatures en faveur de l’initiative «Pour une poste forte» a débuté le 24 novembre. Le Syndicat de la communication qui en est l’auteur n’a aucun souci à se faire pour trouver l’appui de 100’000 citoyennes et citoyens.

Chaque bureau qui disparaît provoque la grogne des usagers. La suppression du monopole de la distribution des lettres actuellement en débat au Parlement, fait craindre que, pour maintenir son équilibre financier, La Poste rationalise à outrance et démantèle son réseau. Claude Béglé, le nouveau président du conseil d’administration dément ce charcutage dans une interview à la presse dominicale. Mais ses propos ne sont pas rassurants pour le personnel de la poste. Le courrier électronique a fait chuter cette année les envois postaux de 5%. Ils seront coupés d’un tiers d‘ici 2015, ce qui entraînera la suppression de milliers d’emplois.
 
Le combat du Syndicat de la communication est donc compréhensible et légitime. Reste à savoir si les solutions qu’il propose dans son initiative sont adéquates. Enumérons-les.

1.- La définition d’un service postal universel est plus précise. Ce service n’est pas seulement suffisant comme dans le texte actuel de la Constitution (art 92). Il doit être d’un accès facile et rapide.

2.- Le service postal doit être exclusivement assuré par du personnel appartenant à l’entreprise La Poste. D’apparence anodine, cette exigence est lourde de sens. Elle  interdirait, comme c’est de plus en plus fréquemment le cas, de confier des activités postales à un commerce local, à l’Office du tourisme ou au secrétariat municipal. Or les avantages de cette nouvelle formule sont reconnus. Les heures d’ouverture sont plus généreuses. Les services et commerces locaux d’un accès facile et rapide font des économies ce qui permet de les maintenir en activité.

3.- La création d’une banque postale générerait des bénéfices permettant de financer une partie des activités non rentables. Inscrire cette exigence dans la Constitution permettrait de briser le verrou que le lobby bancaire met à un projet défendu pourtant par Claude Béglé et Moritz Leuenberger.

4.- La Poste garderait le monopole de la distribution des lettres. L’absence de concurrence lui garantirait une partie de ses ressources actuelles. Mais ces revenus sont basés sur une activité en forte décroissance. L’ancrage du monopole dans la Constitution a, en outre, l’inconvénient d’être incompatible avec la législation européenne qui prévoit la libéralisation totale du marché postal en 2011 pour les anciens membres et en 2013 pour les nouveaux. En cas d’adhésion, la Suisse devrait abolir ce verrou constitutionnel. Le parti socialiste, officiellement partisan de l’adhésion, soutient, sans véritable cohérence, l’initiative du Syndicat de la communication. Et pourtant, une alternative existe pour compenser le manque à gagner d’une libéralisation du marché. Si La Poste ne peut pas rentabiliser le service universel, la loi actuelle permet de prélever une redevance chez les opérateurs concurrents.

L’initiative constitutionnelle «Pour une poste forte» propose le meilleur et le pire. On peut lui souhaiter franc succès afin que surgisse un contre-projet ambitieux et moins passéiste.

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Discussion

  • Je n’ai jamais compris la frénésie de tous les partis, y compris de gauche, contre la Poste.

    Cette institution est digne de respect au même titre que l’armée. Il faut la défendre.

    Que le démantèlements de ces institutions ne puisse que péjorer les conditions de vie de nos concitoyens, tout le monde s’en fout! Pourquoi? Peut-on me le dire?

    Vous nous dites que cette initiative est incompatible avec notre appartenance à l’UE. Excellent! Tout ce qui peut bloquer notre adhésion à ce machin infernal est bon.

    Je vais donc signer cette initiative et voter « Pour une poste forte, dans une Suisse forte, avec une armée forte, une démocratie directe forte, un secret bancaire fort », et toutes les bonnes choses fortes auxquelle je tiens fortement, comme la majorité des Suissesses et des Suisses.

  • Cette initiative me semble devoir être lue comme une opposition à l’actuelle représentation des échanges de biens matériels et immatériels, à savoir l’économie.

    La libéralisation à tout va, l’abolition des règles pour favoriser une concurrence débridée… nous ont conduits à une crise révélatrice de pratiques financières et commerciales préjudiciables au plus faibles. Il en résulte une augmentation de la pauvreté dans des proportions effarantes, le démantèlement du tissu social au profit de l’individualisme qui fragilise… Le lobbyisme, la corruption et même le crime organisé international gangrènent nos modes de vie au point que nombre de citoyens abandonnent leurs devoirs civiques sur des sentiments d’impuissance.

    En fait, il s’agit d’un état de belligérance, d’une sorte de «Troisième Guerre Mondiale» dans lequel le vocabulaire a changé. On ne parle plus de conquête de territoire, mais de conquête de marché et les stratèges déploient autant d’énergie et de hargne que les grands capitaines, les grands conquérants. Les combats ne produisent plus des morts, des blessés des mutilés de guerre et autres destructions de biens et de récoltes; mais des chômeurs de longue durée, des invalides et des personnes qui finissent par se suicider pour échapper à cet enfer; autant que des atteintes gravissimes à l’agriculture locale, les forêts et les paysages, ce qui conduit à un nouveau fléa : la crise climatique.

    La Poste — version étatique — participait à la cohésion sociale, ses offices et ses cars postaux étant lieux de rencontres, comme les magasins de quartiers ou de village. Le facteur maintenait une interaction humaine avec des personnes isolées. Cet ensemble de prestations participait à un capital social commun, nécessaire à la vie humaine. Sans oublier que les fonctionnaires postaux incarnaient le « secret postal » et une déontologie professionnelle qui faisaient d’eux des personnages singuliers.

    Il ne s’agit pas pour moi de défendre une image d’Épinal et passéiste. Mon point de vue cherche à rappeler l’importance des besoins humains fondamentaux, dont ceux de manger à sa faim, se sentir en sécurité autant que contribuer à la vie sociale et mettre du sens à son existence. À l’instar de Moustaki, les poètes ne s’y étaient pas trompés.

    Ce qui inquiète beaucoup de personnes — et peut-être même le plus grand nombre — est qu’en libéralisant totalement le marché postal, ce sont les dernières protections de La Poste que l’on enlève et d’aucuns peuvent légitimement craindre de l’envoyer au massacre.

    Je pense que si dans une première phase, une Paix économique mondialisée était négociée (projet ECCE : Espace Collaboratif vers une Constitution pour l’Économie…) la question se poserait différemment, parce que l’on pourrait remplacer «concurrence» (qui implique de battre un adversaire) par «émulation» (qui implique de se surpasser) et coopération. Des règles du jeu des échanges serviraient à nouveau de garde-fou. Ce ne serait plus un jeu à somme nulle (ce que l’un gagne est nécessairement perdu par l’autre), mais un espace de transaction dans lequel «coévolution» et «profit pour tous» forment les règles premières.

    Lire cette initiative avec ces lunettes-là et corriger ses faiblesses par un contre-projet qui lui serait supérieur, apporteraient certainement une plus-value à la vie communautaire. C’est donc avec gratitude que cette initiative doit être accueillie et soutenue.

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