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Le marché malmené par la réalité

Chemins de fer, déchets, eaux usées, électricité, restauration, médicaments…: pourquoi ces exceptions à la loi de l’offre et de la demande?

icone auteur icone calendrier 18 novembre 2009 icone PDF DP 

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La loi de l’offre et de la demande est au cœur de la théorie économique. Plus la demande augmente et/ou l’offre diminue et plus le prix monte. Et vice et versa.

Pourtant cette loi connaît bien des exceptions. L’industrie du luxe sait qu’il faut être cher pour bien vendre. Mais il est d’autres mécanismes encore plus pervers et qui nous concernent tous: Martin Hüfner dans un article du Temps du 13 novembre sur l’inflation s’étonne qu’en Allemagne  «Les prix des transports progressent malgré la diminution de la demande». Il y voit la main d’un gouvernement qui veut réduire ses dettes. Or que peuvent faire d’autre les chemins de fer, dont l’essentiel des coûts sont fixes, que d’augmenter leurs tarifs lorsque le nombre de voyageurs diminuent puisque l’Etat exige des comptes équilibrés. Autre exemple, des plus classiques, celui de l’introduction, il y a quelques années, de la taxe sur les sacs poubelles en ville de Bienne.  Très efficace, elle a permis de réduire de beaucoup le volume des ordures, donc le nombre de sacs achetés, ce qui a contraint la commune à augmenter le montant de la taxe pour respecter la loi: l’élimination des déchets doit être financée par ceux qui les produisent. Là aussi, l’essentiel des coûts sont fixes, peu dépendants de la quantité de déchets à éliminer.

En y regardant de plus près, on s’aperçoit que les tâches confiées traditionnellement à l’Etat et financées par l’impôt sont précisément de celles qu’on ne peut faire payer à l’utilisateur parce qu’elles impliquent d’importants investissements ou la mise en place de services accessibles au plus grand nombre. Cela engendre des frais élevés, mais qui varient peu en fonction de l’évolution de la demande. La mode du moins d’Etat et du moins d’impôts a conduit à la privatisation de certaines de ces tâches. Ou on tente de les mettre à la charge de l’utilisateur, croyant que ce pseudo marché en améliorera l’efficacité. Et de s’étonner que cette innovation fonctionne si mal. On peut multiplier les exemples: la taxe sur l’eau couvre les infrastructures pour l’alimentation en eau ainsi que l’élimination des eaux usées. Une réduction de moitié de la consommation n’entraînera quasi aucune économie et la taxe au mètre cube devra donc être augmentée.

Dans tous ces exemples où l’essentiel des coûts sont fixes, une augmentation de la demande augmente les recettes, donc souvent les bénéfices et permet quelquefois une baisse des prix. Mais à l’inverse, une diminution de la demande oblige à augmenter les prix. C’est le cas pour les transports en commun, la poste, mais aussi pour l’eau ou l’électricité. Plus généralement, en période de récession, la plupart des opérateurs économiques se trouvent confrontés à la nécessité de couvrir leurs frais fixes – loyer, intérêts, assurances, publicité etc. – avec un chiffre d’affaires en diminution. Combien se risqueront à baisser leurs prix avec l’espoir de vendre plus qu’avant? Les cafés restaurants en sont un bon exemple. Les marges sur les boissons et la nourriture doivent couvrir les  frais fixes – loyer, investissements – et les salaires qui, à court terme, ne varient que difficilement avec le chiffre d’affaires. On s’en sort manifestement mieux en évitant une concurrence suicidaire, d’où des prix (élevés) pratiquement partout les mêmes. Là aussi une réduction du chiffre d’affaires incite la branche à suggérer des augmentations de prix. Dans la presse écrite, lorsque le nombre de lecteurs diminue, ont fait également le même raisonnement.

Ces effets pervers, on les retrouve également dans le secteur de la santé. Un hôpital, une pharmacie, un cabinet médical ont des coûts fixes importants. Une diminution du nombre de malades, une réduction de la durée des traitements inciteront à augmenter les prix et à prolonger les traitements. 

L’industrie pharmaceutique doit répartir des coûts fixes, notamment de recherche, sur quelques produits phare. Plus la demande est forte, plus elle pourrait baisser ses prix. Mais pourquoi le faire lorsque la demande dépend des décisions des médecins prescripteurs et non du prix. Même les assurances maladie n’ont pas vraiment un intérêts économique à la diminution du prix des soins. D’où l’obligation, pour les pouvoir publics et pour les acteurs de la santé, d’intervenir sur ces prix et sur le volume de l’offre: prix des médicaments, planification sanitaire, Tarmed, forfaits hospitaliers etc.

Le marché n’est donc pas toujours un bon régulateur. L’expérience incite à voir d’un autre œil les interventions de l’Etat. Et à manifester peu de méfiance à l’écoute des chantres du libéralisme.

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