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Pourquoi nous aimerons peut-être payer pour des routes qui étaient gratuites

La taxe sur la mobilité proposée par Moritz Leuenberger: une idée intéressante qui fonctionne ailleurs

Le refrain est connu: la Suisse doit construire de nouvelles infrastructures. Les lignes de chemin de fer du XIXème et les autoroutes des années 60 ne sont plus adaptées. Pour le court terme, le Conseil fédéral vient d’adopter des mesures pour tenter de résorber les goulets d’étranglement. Le rapport sur les infrastructures du département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication tente de voir plus loin que le bout du bouchon: construire de nouvelles infrastructures est nécessaire mais insuffisant. Un changement de paradigme sera à terme indispensable pour éviter la saturation.

Une suggestion qui figure dans ce rapport – même si celui-ci n’y consacre pas plus d’une page – a déjà fait couler beaucoup d’encre: il s’agirait d’introduire une taxe sur la mobilité perçue sur tous les moyens de transport. Le montant de cette contribution varierait en fonction des heures: il faudrait payer plus pour se déplacer à l’heure de pointe qu’au moment creux de la journée. Une idée qui suscite des réactions majoritairement négatives de deux types. L’une que l’on qualifiera d’égoïste: pourquoi devrais-je payer pour quelque chose qui est actuellement gratuit? L’autre que l’on qualifiera de généreuse (du moins à première vue): pourquoi faire payer ceux qui sont obligés de se déplacer à l’heure de pointe et qui n’ont pas nécessairement un revenu élevé? Politiquement, le succès n’est pas assuré, c’est le moins que l’on puisse dire.

Pourtant, beaucoup d’économistes (notamment les auteurs du livre Freakonomics – c’est aussi le titre français –, qui tiennent un blog auprès du New York Times et dont cet article s’inspire largement)     et d’ingénieurs spécialisés plaident depuis longtemps pour cette solution.

L’idée lancée par Moritz Leuenberger n’est pas vraiment nouvelle. Un magistrat presque aussi expérimenté que lui – un certain Jules César – avait déjà interdit aux chars de circuler de jour pour tenter de réguler la circulation infernale de la ville éternelle.  Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts du Tibre sans que les problèmes de circulation n’aient été vraiment résolus. Plus près temporellement de nous, plusieurs Etats américains ont rendu payantes les voies supplémentaires créées sur des axes routiers très utilisés, avec un certain succès.

Nos sociétés modernes considèrent la mobilité comme un droit fondamental. Mais aujourd’hui, ce droit est mis à mal: l’axe Lausanne – Genève, par exemple, est très encombré sur rail comme sur route. Les temps de parcours augmentent considérablement aux heures de pointes; les trains sont bondés et le moindre incident crée des grosses perturbations.

La gratuité actuelle est donc largement une illusion. Les utilisateurs payent déjà un prix différencié selon l’heure pour l’utilisation des moyens de transport, même pour les routes: pas en espèces sonnantes et trébuchantes mais en précieuses minutes (voir l’article de René Levy).

L’introduction d’une taxe sur la mobilité pose d’abord la question de son montant. S’il est trop bas, les moyens de transport continuent à être encombrés à l’heure de pointe. S’il est trop élevé, les habitudes changeront trop radicalement. L’idéal est de fixer le prix en temps réel en fonction de l’état effectif du trafic, ce que la technologie rend tout à fait possible.

Pour peu que le prix soit juste, l’effet incitatif est réel: les utilisateurs qui le peuvent voyagent à d’autres moments ou renoncent à des déplacements inutiles. La taxe sur la mobilité bénéficiera donc d’abord à ceux qui souffrent le plus des embouteillages parce qu’ils n’ont d’autres choix que de voyager à cette heure. Les études menées sur les voies payantes américaines ont démontré que les personnes disposant d’un revenu plus faible n’hésitaient pas à passer à la caisse pour pouvoir gagner du temps. Autre résultat à première vue surprenant: ces voies sont en proportion plus utilisées par les femmes. Car devinez quelle moitié de la population souffre le plus de perdre du temps dans les embouteillages à ces moments cruciaux de la journée que sont l’heure du petit-déjeuner et les instants précédant le repas du soir! Gagner du temps a un prix et la plupart des gens sont prêts à le payer.

L’introduction d’une telle taxe inciterait non seulement chacun à remettre en question les nécessités et les horaires de ses déplacements – et donc le dogme de la mobilité à tout prix (DP 1844) – mais entraînerait d’autres modifications. A commencer par la flexibilisation d’une organisation du travail souvent héritée en Suisse du XIXème siècle ou de l’armée dans son fonctionnement. Comme si le développement du secteur tertiaire, la généralisation de l’informatique et la féminisation de l’emploi n’avaient jamais existé.

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Discussion

  • 1.
    Christiane Roh
    17 novembre 2009 à 9:20
    Permalien

    Pour les routes: OUI, mais pas pour les chemins de fer ou les transports publics!

    Où est la logique, alors que l’on veut diminuer le trafic automobile et favoriser l’utilisation d’énergie propre et renouvelable?

Rétroliens

Les commentaires sont fermés.

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