Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963
Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant, différent, réformiste depuis 1963

Conférence sur le climat: au-delà d’une position d’attente

La Suisse face aux enjeux de la conférence de Copenhague

Du 7 au 18 décembre 2009 aura lieu la conférence de Copenhague des parties à la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique. Le but est de trouver un successeur au protocole de Kyoto dont la validité court jusqu’en 2012. Si ce dernier a joué un rôle symbolique, ses résultats sont restés très décevants. Début novembre, les délégations des 175 Etats se sont réunies à Barcelone pour une semaine de négociation sur les textes censés permettre des décisions en décembre.

Les enjeux de la conférence concernent la fixation des niveaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), le financement de mesures d’adaptations pour les pays en développement et le transfert de technologies. Selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), il resterait entre 10 et 20 ans pour inverser les tendances en terme de réchauffement dû aux GES et cet organisme recommande une réduction de 25 à 40% des émissions pour les pays développés d’ici 2020, puis de 80 à 95% pour 2050 ainsi qu’une réduction de 50% d’ici 2020 pour les pays plus pauvres. Le but de la manœuvre est d’éviter impérativement un réchauffement de plus de deux degrés au-delà duquel les dégâts ne seraient plus maîtrisables. Alliance Sud, qui réunit six organisations suisses actives dans la coopération au développement et qui préconise une réduction de 40% pour notre pays d’ici 2020, semble plutôt craindre que la montagne accouche d’une souris.

En effet, l’enjeu est de convaincre les pays en voie de développement de s’engager dans des réductions sans lesquelles l’objectif global ne pourra être atteint. Etant donné l’historique et l’importance des émissions actuelles des pays développés (sans compter que c’est bien la consommation des pays riches qui explique une grande partie des émissions des pays émergents), seuls des engagements réellement ambitieux de ceux-ci pourront convaincre les pays en voie de développement, ce qui n’est pas gagné d’avance (on apprend notamment que les Etats-Unis souhaitent que l’année 2005 soit adoptée à la place de l’année 1990 habituellement retenue comme référence, ce qui permettrait d’occulter les errements de l’ère Bush). Un des principaux enjeux de la conférence sera de réussir à obtenir des engagements contraignants au lieu de simples accords politiques de principe. A cette aune, le risque d’échec est loin d’être nul.

La Suisse n’est pas inactive sur ce terrain. Avec l’Union européenne et d’autres Etats, elle s’est engagée à une réduction d’émissions de 20% d’ici 2020, voire 30 % selon l’issue de la conférence. Elle a également proposé une taxe mondiale sur le CO2 à Barcelone. Toutefois, les pays qui souhaitent progresser rapidement restent pour l’instant minoritaires.

En Suisse, la loi sur le CO2 est actuellement en cours de révision en vue de l’après-2012. Parallèlement, une initiative populaire Pour un climat sain préconisant une réduction de 30% des émissions d’ici 2020 devrait passer en votation en 2011. D’autres processus encore sont en cours, en particulier une initiative Pour les transport publics qui pourrait contribuer à concrétiser certains efforts climatiques. La Suisse ne fait donc pas particulièrement partie des Etats les plus à la traîne dans ce domaine, même si on constate que tous les Etats ont tendance à garder leurs cartes sans les abattre avant les autres en attendant le dernier moment pour montrer leur jeu. Et il est certain que la nature incertaine des négociations ne favorise pas la confiance.

Mais on pourrait se demander si tous les Etats, et en particulier la Suisse, ont réellement intérêt à freiner. En effet, notre pays bénéficie d’une situation de départ relativement avantageuse: réseau ferré développé, faibles distances intérieures, localisation au milieu de ses marchés d’exportation, finances publiques relativement saines, énergie électrique peu carbonée, recherche de haut niveau. Contrairement aux pays producteurs de pétrole ou exportateurs d’automobiles, on peine à mettre en avant un intérêt impératif à prolonger l’ère des hydrocarbures. Au contraire, on peut concevoir sans trop de peine les gains potentiels d’une économie qui se tournerait avec une relative précocité vers l’économie du XXIe siècle en prenant ouvertement le parti d’une diminution rapide des émissions de GES.

Une période de stagnation de l’activité est attendue en Europe par de nombreux économistes et un projet global favorisant la mise sur pied d’une économie durable pourrait offrir une substitution stimulante à l’économie de la consommation effrénée. Les propositions ne manquent pas et concernent tous les aspects de la vie économique et sociale: construction, aménagement du territoire, fiscalité écologique, relocalisations d’activités, recherche, agriculture, alimentation. Des projets qui permettraient à la Suisse de se positionner avantageusement sont légion. A l’heure où on envisage de taxer la mobilité des pendulaires, on devrait aussi oser remettre en question le dogme de la mobilité à tout prix et chercher des solutions qui privilégient une mobilité maîtrisée. On peut en particulier se demander jusqu’à quel point il est souhaitable de continuer à favoriser la déduction fiscale des longs déplacements professionnels et des voyages en avion.

Bien sûr, un certain nombre d’intérêts économiques feront tout pour s’opposer à cette démarche à l’instar du premier parti de Suisse, l’UDC, qui considère toujours le réchauffement climatique comme un non-problème. Mais on peut aussi montrer que les reconversions coûteront tôt ou tard très cher, comme l’a montré le rapport Stern et qu’un engagement écologique est de nature à économiser des moyens financiers titanesques. Il ne faudrait pas oublier que les premiers qui mettront en place une économie moins vorace en énergie en retireront des bénéfices à terme.

DOMAINE PUBLIC

Analyses, commentaires et informations sur l'actualité suisse
Indépendant et différent depuis 1963
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch
Newsletter gratuite chaque lundi: les articles, le magazine PDF et l'eBook
En continu, avec liens et réactions sur http://www.domainepublic.ch

Lien vers l'article: http://www.domainepublic.ch/articles/10226
logo creative commmons Republier
La reproduction de cet article est autorisée et gratuite, mais selon les modalités du présent contrat Creative Commons: activer un lien vers la page ou citer l'URL de celle-ci, http://www.domainepublic.ch/articles/10226 - Merci

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Articles par courriel

Flux RSS

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook.
Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus).
Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site.

Si vous avez apprécié cet article, ne manquez pas les prochains en vous abonnant gratuitement au moyen d'une des trois options suivantes.

L'hebdomadaire

Recevez tous les lundi par courriel le sommaire des nouveaux articles et le lien vers l'édition PDF ou l'édition eBook. Je m'abonne

Articles par courriel

Recevez chaque article dès parution (un courriel par jour au plus). Je m'abonne

Flux RSS

Lisez les articles dans votre agrégateur, ajoutez les sur votre blog ou site. Je m'abonne

Discussion

  • L’idée d’une taxe mondiale, qu’elle soit due au prof. Tobin ou à un autre, même justifiée par un prétexte hypocrite ou plutôt par une nouvelle RUSE DU POUVOIR comme la lutte contre le réchauffement climatique qui, soit-il du réellement à l’action humaine ou pas, peut et doit être combattue par une collaboration libre entre pays indépendants, cette idée de taxe mondiale donc, prélevée par des bureaucrates mondiaux, totalement ignorants des réalités et générant une manne financière mondiale qui sera distribuée par des canaux opaques, soumis aux intrigues de couloirs de l’ONU, et donc deviendra nécessairement un facteur de corruptions, enrichissements, scandales, dysfonctionnements, trafics, abus de toutes sortes, bref le début d’un Etat mondial, cette seule idée est absolument insupportable.

    Que des représentants de la Suisse plaident pour une telle horreur et une telle tarte à la crème du conformisme idéologique prêt à porter du moment est une honte. Nous sommes vraiment mal gouvernés.

    En plus, concernant cette affaire de « peak oil » et/ou « global warming », etc., c’est très intéressant de constater à quel point tout l’establishment politique international, et les médias, gobent ces immenses bobards qui ont été élaborés par une agence de l’ONU appelée IPCC Intergovernmental Panel on Climate Change, truffées de savants achetés par des intérêts économiques liés à l’industrie pétrolière US, aux grands intérêts financiers anglo américains ainsi qu’au complexe militaro industriel américain pour légitimer leur « full spectrum dominance ».

    Toujours la ruse du pouvoir!

    Ceux qui désirent prendre connaissance d’une démonstration de cette manipulation planétaire peuvent consulter un exposé de l’expert indépendant William Engdahl à l’adresse suivante:

    http://www.dailymotion.com/video/x79wik_engdahl-vortrag_news

    C’est en allemand.

  • Pour ceux qui ont de la peine avec les incessantes théories du complot qui fleurissent sur Internet (voir le commentaire précédent), on peut aussi se reporter à ce petit exposé du climatologue Jean Poitou répondant aux climato-sceptiques.

    Je me permets aussi de noter que le GIEC (ou IPCC) n’impose pas une « vérité révélée », mais qu’il s’est borné à chiffrer la probabilité de ses conclusions (à 90 %) après de nombreux débats contradictoires. C’est tout autre chose que de s’exprimer par anathèmes (« immenses bobards ») en croyant démontrer ainsi une manipulation planétaire.

    La question du changement climatique est bien trop sérieuse pour se satisfaire de discussions aussi vaines. A ceux qui veulent à tout prix « croire » que le réchauffement n’a pas d’origine humaine (si cela devait être avéré), il faut rappeler que ce serait beaucoup plus inquiétant !

Les commentaires sont fermés.

Accueil

Les auteur-e-s

Les articles

Les publications

Le Kiosque

A propos de DP