Sur la base d’une étude qu’elle a elle-même commandée, l’industrie pharmaceutique helvétique bombe le torse. Poids lourd de l’économie, première exportatrice, cette branche contribue de manière significative à la croissance et à l’emploi. Mais à quel prix? Et pour quel bénéfice?
Le tableau est impressionnant. Les médicaments représentent à eux seuls plus du quart des exportations. Si la branche n’occupe que 0,8% des personnes actives, elle contribue à 2,7% de la plus-value de l’économie helvétique et sa productivité s’élève à plus du triple de la productivité moyenne. Par ailleurs la branche se montre particulièrement résistante aux aléas de la conjoncture et offre des salaires élevés. Que demander de plus à ce fleuron industriel? Qu’il contribue de manière efficace et efficiente à la santé publique. Et de ce point de vue, le projecteur révèle de moins spectaculaires exploits.
En matière de prix tout d’abord. Dans un marché qui fonctionne, un produit nouveau ne peut s’imposer que s’il est meilleur ou meilleur marché. Une règle qui ne prévaut pas sur le marché des médicaments. Protégés par l’interdiction des importations parallèles, les pharmaceutiques imposent aux assurés helvétiques des prix nettement supérieurs à ceux qui prévalent dans les pays voisins (DP 1772). Et à l’échéance d’un brevet, elle n’hésitent pas à mettre sur le marché un produit semblable vendu au prix fort comme une nouveauté (DP 1742). Une pratique favorisée par le laxisme de l’autorité d’accréditation des médicaments. On sait la pression exercée par l’industrie pharmaceutique sur le corps médical pour imposer ses médicaments et les sommes colossales dépensées pour la publicité – entre 600 et 900 millions de francs pour le seul marché helvétique. Il n’en faut pas moins pour convaincre le quidam des bienfaits d’un produit qui n’aura qu’un impact limité, voire aucun effet sur son état de santé. On connaît les liaisons dangereuses entre l’industrie et la recherche clinique, le manque de transparence des essais et l’absence de publicité de l’ensemble des résultats obtenus.
A l’heure où les pharmaceutiques cherchent à polir leur image, il faut relire des ouvrages tels que Le prix des médicaments, publié aux Editions d’En Bas en 2006 (DP 1757) et Hold-up sur la santé (DP 1682). Ils documentent à foison la face sombre de cette industrie dont l’objectif premier reste le profit et non la santé publique. Pour preuve les efforts qu’elle déploie pour influencer les pouvoirs publics ici – on se souvient de la volte-face du président des démocrates-chrétiens sur les importations parallèles après une visite à Bâle – et ailleurs, par exemple aux Etats-Unis pour torpiller le réforme de l’assurance maladie (DP 1682). Resterons-nous longtemps encore longtemps éblouis par la bonne santé économique de cette industrie pour laquelle nous payons le prix fort?


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