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Faut-il interdire la vente directe de médicaments par les médecins?

Deux points de vue sur la dernière consultation lancée par Pascal Couchepin

Séparer les rôles pour éviter la tentation

Tel un paratonnerre, Pascal Couchepin a toujours montré un penchant prononcé pour les foudres de l’opinion ou de telle ou telle corporation. Il confirme à la veille de son départ avec le projet d’interdire aux médecins de fournir eux-mêmes les médicaments prescrits à leurs patients. Les médecins, furieux de voir disparaître une source de revenu non négligeable, brandissent la menace d’un référendum.

En fait la mesure annoncée s’inscrit dans la deuxième révision de la loi sur les produits thérapeutiques que le Conseil fédéral soumet à consultation.

Cette conjonction de la prescription médicale et de la dispensation des médicaments – la «propharmacie» ou le médecin-pharmacien – est inconnue en Suisse romande, mais répandue de l’autre côté de la Sarine, particulièrement en Suisse centrale et orientale. Cette double casquette peut éventuellement se justifier dans les zones rurales où les apothicaires se font rares. Mais on peut difficilement ignorer le conflit d’intérêt qu’elle recèle, surtout quand on connaît la gigantesque entreprise de séduction qu’exerce l’industrie pharmaceutique sur les médecins: dans quelle mesure le thérapeute intéressé financièrement à la vente d’un médicament peut-il encore prescrire en toute objectivité?

La solution paraît pourtant simple. Si vraiment les médecins veulent conserver cette double casquette au nom du service à la clientèle, qu’ils acceptent de vendre les médicaments prescrits par eux sans marge bénéficiaire. Plus de conflit d’intérêt, plus de soupçon.

Jean-Daniel Delley

Là où la propharmacie existe, l’effet est positif

Comment réduire les coûts de la santé lorsque le médecin qui les prescrit gagne aussi sur la vente des médicaments: en bonne logique économique, il devrait prescrire plus pour gagner plus. J’y ai cru longtemps en m’indignant qu’un médecin, au centre ville, avec trois pharmacies à sa porte, donne lui-même les antibiotiques stockés dans son armoire.

Et si c’était faux? Le prix de revient du médicament remis par le médecin est plus bas, sa marge également: il a peu de frais généraux, pas de magasin, peu de stocks, et peu d’invendus. Il se limite aux quelques produits les plus courants, alors que le pharmacien doit tenir compte des habitudes de prescription de nombreux médecins différents. Les statistiques confirment cette hypothèse: les médicaments remis par le médecin coûtent moins cher et, contrairement aux théories économiques, la consommation de médicaments est plus basse là où sont autorisés les propharmaciens. Tout cela, Santé suisse aussi bien que Jacques de Haller, président de la FMH, le disent mieux que moi.

Mais ce qui est finalement déterminant, c’est l’effet revenu induit par la propharmacie: l’argent gagné sur la vente de médicaments permet au médecin de financer son cabinet et de s’assurer un revenu satisfaisant avec un volume d’actes médicaux inférieur. Le médecin, lorsqu’il facture ses consultations, saura que s’y ajoute son bénéfice sur la vente de médicaments. Il pourra donc travailler à moindre coût pour les patients ou leur caisse maladie sans remettre en cause le financement de son cabinet. Il n’est dès lors pas étonnant que dans les cantons autorisant les médecins à vendre des médicaments, la valeur du point TARMED est inférieure, les différences allant jusqu’à 20%.

La proposition Couchepin de supprimer la propharmacie conduira les médecins concernés à vouloir facturer davantage pour tenter de maintenir leur revenu, qu’ils demandent une adaptation de la valeur du point TARMED ou qu’ils multiplient les actes médicaux. Enfin, le système de santé devra financer également les nouvelles pharmacies.

Ce qui devrait réduire les coûts de la santé risque donc bien plutôt de les augmenter.

Lucien Erard

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Discussion

  • 1
    Victor says:

    Les arguments de Lucien Erard me sidèrent. Ils se fondent sur des statistiques qu’il interprète à sa façon. Rien ne démontre que les coûts inférieurs de la santé dans les cantons où la propharmacie existe proviennent de celle-ci.

    le Jura a interdit la propharmacie dans les années 80. Les médecins se sont adaptés et aucun n’a fait faillite. Pleurer sur la rentabilité de leur cabinet me fait bien rire. Quant à « travailler à moindre coût » si vous connaissez un médecin de ce type, donne-moi son adresse.

    L’argument de JD Delley est pertinent: que les toubibs vendent les médicaments au prix de revient. Les coûts de la santé (et de la maladie!) baisseront…

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